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Oser la bonté

Le dernier chapitre du livre de Michel Rondet "Résister et oser l'espérance" aborde le sujet de la bonté. Comme un écho à la bienveillance... Extraits.


OSER LA BONTE



- Au terme de nos entretiens, que peut-on dire à une société stressée, embarquée dans une course folle à l’indice d’écoute et à la réussite individuelle, mais dont le parcours est parsemé d’hommes et de femmes en situation d’échec et de solitude ? Quel message d’espérance et de paix peut-on faire connaître à nos contemporains?

- Nous avons dénoncé certains excès de la société actuelle que l’on peut regrouper sous trois fascinations ; l’argent avec ce que cela implique de quête effrénée du profit ; la tyrannie de la réussite individuelle ; la soif de pouvoir et de domination d’autrui. Et nous avons essayé de réveiller la conscience chrétienne pour qu’elle ne se soumette pas à ces idoles et puisse résister à leurs séductions.


- Nous l’avons fait en sachant que, même si nous ne pouvons pas tout changer par notre action, nous avions l’obligation de protester et même de crier pour appeler à la résistance.

- Oui, nous avons un devoir d’indignation et de révolte contre l’inacceptable et dans cette perspective, il faut oser l’espérance. C’est aujourd’hui une tâche difficile et je me rappelle ce texte où Bernanos disait : « L’espérance est une vertu héroïque. On croit qu’il est facile d’espérer, mais n’espèrent que ceux qui ont le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité. (…) L’espérance est un risque à courir, c’est même le risque des risques. Ce n’est pas une complaisance envers soi-même. Elle est la plus haute victoire qu’un homme puisse remporter. » (Georges BERNANOS, La liberté pour quoi faire ?, Gallimard, Paris, 1953, p.107.)

La bonté est contagieuse

L’espérance demande donc que l’on prenne sur soi, face à toutes les raisons objectives que l’on aurait de se décourager et de désespérer. Et j’aime beaucoup cette formule de Saint-Exupéry qui souligne bien le côté constructif de l’avenir en nous disant qu’il ne nous est pas demandé « de prévoir l’avenir, mais de le permettre ». Par nos décisions et nos choix, bien sûr.


- Cela veut dire que l’espérance ne tombe pas du ciel comme un cadeau bien ficelé et emballé ?

- Non, elle dépend de choix qui découlent de notre foi au Christ ressuscité, mais ces choix volontaires n’ont pas seulement une dimension individuelle. Dans sa Théologie de l’Espérance ( Jurgen MOLTMANN, Théologie de l’Espérance, Cerf-Mame, 1971.), Moltmann avait déjà souligné le caractère contestataire de l’espérance. Pour le chrétien, la Résurrection du Christ n’est pas seulement une consolation dans une vie mise à l’épreuve et condamnée à mourir. C’est la contradiction apportée par Dieu à la souffrance, à l’humiliation, à l’offense du méchant. Et celui qui croit au Christ ne peut plus s’accommoder de la réalité difficile de la vie qu’il a sous les yeux. Par la résurrection de son fils, Dieu a cassé un monde où semblent régner le péché et la mort et il a fait surgir une création nouvelle.


- Mais construire l’avenir dans l’espérance n’est-ce pas, à notre niveau, choisir la bonté ?

- Certainement, même si la bonté n’a pas toujours bonne réputation. Quand on parle d’un « bon » type, on pense à quelqu’un de brave, qui ne fait pas d’histoire mais n’a pas de relief. Choisir la bonté, comme l’espérance, c’est un choix courageux. Les drames du monde n’engendrent pas nécessairement des comportements inspirés par la bonté, car ils nous portent plutôt à nous replier sur nous-mêmes et à élever des barrières défensives pour nous protéger. On le voit dans la société actuelle avec l’extension du principe de précaution qui peut paralyser de nombreuses initiatives, souvent généreuses.


La bonté crée un monde nouveau

Donc choisir la bonté n’est pas une faiblesse mais un choix courageux, car c’est choisir de porter un regard bienveillant sur les personnes, sur le monde et sur l’avenir. Un tel regard suscite chez l’autre l’ouverture, le dynamisme et le désir de vivre. En ce sens, la bonté est contagieuse et peut favoriser la naissance d’un monde plus humain. On dit que la beauté sauvera le monde, mais c’est encore plus vrai de la bonté.


- On comprend bien ce que peut vouloir dire avoir une attitude de bonté dans nos relations individuelles; mais comment peut-on pratiquer la bonté dans la vie sociale et politique, où l’emportent souvent ceux qui parlent haut et fort et qui ont de l’argent et du pouvoir pour imposer leurs idées ? Pourtant la bonté ne doit pas être exclue du champ des décisions collectives. Alors comment s’y prendre ?

- La bonté n’est pas la naïveté et ne se déploie pas dans un monde artificiellement repeint en rose. Non, la bonté, c’est la volonté de poser un regard positif sur la vie, sur autrui, sur le monde et par là de susciter et de mettre en action les possibilités de progrès et d’humanisation auxquelles nous croyons. C’est vouloir créer, par étapes progressives, une terre nouvelle.


- Quels sont les passages de l’Evangile où le Christ insiste sur la bonté ?

- Il y en a beaucoup, mais je pense à l’attitude du Christ vis-à-vis de la femme adultère (Jean 8, 2-11). Il refuse de la juger et porte un regard bienveillant sur cette femme en lui disant : « Moi-même je ne te condamnerai pas … va en paix ».

- En contrepoint, que penser de l’attitude des scribes et des Pharisiens qui s’en vont ?

Le péché fondamental

- Ils n’ont vis-à-vis de cette femme qu’une attitude négative : ils ne la regardent que pour la punir et l’enfoncer, mais devant une situation humainement douloureuse, ils n’ont rien à proposer pour l’aider. Alors ils s’en vont.
L’insistance sur la bonté est fortement soulignée, aussi, dans la parabole du fils prodigue (Luc 15,11-32). Cet épisode, illustré par Rembrandt, puis par Arcabas, a mis en valeur la bonté radicale de cet homme qui ne juge pas son fils car il l’aime envers et contre tout, même si son enfant l’a méprisé et trahi. Le père ne regarde pas l’offense, mais la détresse de ce garçon et son regard de bonté le sauve.


- Dans la société actuelle, quand on parle de bonté, on se fait souvent traiter de ringard, mais on ne peut accepter les paroles de dérision qui disqualifient les gestes de bonté. Pourtant ce sont réellement des comportements qui peuvent sauver le monde en évitant la spirale de la violence et du désespoir.

- C’est vrai que le désespoir est une tentation permanente et Moltmann dit avec raison que « le péché fondamental de l’humanité », c’est de ne pas répondre positivement à l’espérance que Dieu a pour nous. Le péché fondamental, c’est ce manque d’espérance.


-Ne faut-il pas que les hommes arrivent à se voir avec le regard de Dieu qui n’est pas un regard qui juge ou condamne, mais un regard qui valorise l’homme ?

- On fait souvent un contresens quand on compare la justice de Dieu à notre justice humaine punitive. Au contraire, la justice de Dieu ne condamne pas, car elle nous sauve, nous sanctifie et nous recrée. Le regard de Dieu sur l’humanité est foncièrement positif, c’est un regard infini d’amour, un amour que rien ne peut lasser, un amour fidèle comme n’ont cessé de le répéter les prophètes de l’Ancien Testament.

La bonté est féconde


- Mais comment pouvons nous faire concrètement cette expérience d’un amour de Dieu qui ne se lasse pas ?

- Je crois que l’on peut y parvenir en faisant nous mêmes des gestes de bonté. On découvre alors qu’ils sont créateurs pour les autres et pour nous et, qu’avec eux, un monde nouveau est en train de naître. L’expérience, parfois très modeste de la bonté, nous permet de découvrir que la bonté de Dieu, elle aussi, est créatrice et féconde. D’ailleurs c’est ce que nous apprend la révélation chrétienne. Toute autre manière d’imaginer Dieu en ne voyant en lui qu’un être avide de puissance, seulement capable de condamner les hommes, serait idolâtrique. Donc toute expérience de bonté peut nous permettre d’entrer à la suite de la révélation chrétienne dans une vision nouvelle de Dieu.
Il nous faut avoir l’esprit suffisamment ouvert pour qu’à la lecture de certaines pages de l’Evangile, on se dise : la vérité est là. Les actes de bonté qui nous humanisent et humanisent les autres nous rapprochent de Dieu. D’ailleurs la révélation de la bonté de Dieu, cette bonté constructive qui peut transformer les hommes, nous ne la découvrons pas par nos propres forces, mais parce que Dieu nous la révèle.
C’est l’expérience du divin en nous.



Extrait de : "Résister et oser l'espérance", Michel Rondet, entretiens avec Yves de Gentil Baichis
éditions Vie chrétienne
10 euros
en vente dans toute librairie et en ligne sur notre site.

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