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Ecole de prière - Revue N°62 - Novembre 2019

Prier avec un film



Germinal Roaux, le réalisateur de Fortuna et l'actrice Kidist Siyum Beza sur le tournage du film
@Nour Films



Geneviève Roux, xavière, propose depuis près de 10 ans des « retraites-cinéma » dans lesquelles l’analyse d’un film ouvre chaque jour un chemin vers la prière. Comment le cinéma qui nous impacte par les histoires qu’il nous raconte, par les images et les sons qui éveillent nos sens et notre affectivité, peut-il nous introduire au recueillement de l’oraison ?


De prime abord il peut sembler qu’il s‘agit là d’une gageure impossible. Mais c’est ignorer la véritable nature du cinéma. 
Le réalisateur Robert Bresson affirmait dans les années 1950 que « Le vrai langage du cinéma est celui qui traduit l’invisible… » et aujourd’hui un autre cinéaste, Eugène Green écrit : « Quel que soit le sujet, le cinématographe est toujours conversion : dans les fragments de la matérialité du monde dont le film est composé le spectateur découvre une présence réelle, qui lui fait voir ce à quoi il demeurait aveugle. (1) » Ce que reprend aussi Jean Collet – grand critique de cinéma -  « Le cinéma est spirituel par nature ».

 
C’est sur cette conviction que s’appuie la proposition de prier avec ou à partir d’un film.
 
Quel film choisir ?
J’ai envie de dire : celui qui vous a touché. Et tant pis si les critiques ne lui attribuent pas d’étoiles.
S’il vous a touché, c’est qu’il a réveillé en vous une question que vous portez, une expérience enfouie qui n’est jamais venue à la parole, un désir inassouvi. Car images et sons ont cette grande capacité d’atteindre en nous des zones profondes de notre personnalité et de rendre possible une « évangélisation des profondeurs ».
 
Comment s’y prendre 
Saint Ignace propose des « manières de prier ». Il en détaille les étapes avec grand soin. Mais, ajoute-t-il, « si l’on trouve en un seul mot du goût et de la consolation qu’on ne se soucie pas d’aller plus loin. (2) »
Ainsi en est-il pour les propositions qui suivent.
 
A la manière d’une Lectio divina.
« Cherchez en lisant, vous trouverez en méditant ; frappez en priant, vous entrerez en contemplant. » écrit Guigues II le Chartreux (3) décrivant ainsi les quatre temps classiques de la Lectio divina.
Cela signifie qu’il faut prendre du temps pour prier ainsi : non pas dix minutes arrachées à un emploi du temps chargé mais au minimum une demi-heure voire une heure.
 

- Lire – lorsque nous sortons de la salle de projection nous sommes le plus souvent en proie à des impressions mêlées : enthousiasme ou déception, désir de mieux comprendre l’histoire, de trouver le fil rouge…Alors la première étape c’est de lire ou de relire ce qui s’est passé, de laisser reposer nos émotions. De laisser venir à l’intelligence ce qui nous a été donné.

Echanger avec d’autres, lire une critique… peuvent être une préparation précieuse. Je me remémore le scénario du film, ce qui m’a ouvert l’esprit et le cœur. Je peux aussi revoir les principaux personnages et leur chemin. Dans cette lecture un geste, un échange, une figure vont s’imposer à moi.

Photo extraite du film Fortuna
@Nour Films


Par exemple, j’ai vu Fortuna un film de Germinal Raoux qui aborde à sa manière la question des migrants. Dans ma lecture du film j’ai été touchée par le personnage de Fortuna, Ethiopienne de quatorze ans, déracinée, seule au monde et enceinte de l’un de ses compagnons de détresse. Au terme du film, elle va choisir d’accueillir la vie qui grandit en elle. J’ai aussi goûté l’attitude du prieur des moines du Simplon qui accueillent des réfugiés en collaboration avec les services de migrations.
 
Méditer – Le moment est venu pour moi d’entrer dans la méditation. Je choisi la figure du prieur. Deux séquences nous le montrent dans un travail de discernement, avec ses frères d’abord puis avec l’éducateur qui suit Fortuna et prône l’avortement. Je goûte sa sagesse et sa capacité d’accueillir d’autres manières de faire et de vivre et d’inventer l’avenir. Je réécoute ses propos, je revois son visage et je laisse tomber en moi ces images, ces paroles, le silence.
Me reviennent alors en mémoire ces paroles de Jésus à Nicodème écrites en exergue : « L’Esprit souffle où il veut et toi tu entends sa voix mais tu ne sais pas d’où il vient et tu ne sais pas où il va. »
 
Prier – Sans que j’en sois forcément consciente, vient le temps de la prière.
Ces images, ce texte travaillent en moi et interrogent ma vie. Peut-être vont-ils toucher en moi quelque blessure secrète, quelque blocage profond et me libérer de ce qui ralenti ma vie spirituelle. Je peux aussi être entrainée dans une prière d’intercession pour tous ces hommes et femmes pris dans la tourmente des guerres et de la misère.


Contempler – C’est le moment du lâcher-prise. Le temps où le cœur se repose en Dieu qui travaille en l’attirant. Peut-être tout cela va-t-il m’introduire dans le silence d’une rencontre profonde avec le Seigneur. Je me laisse transformer comme par le soleil auquel je m’expose.

« Le cinématographe est toujours conversion…  le spectateur découvre une présence réelle, qui lui fait voir ce à quoi il demeurait aveugle. » Cette citation d’Eugène Green faite en commençant peut s’appliquer aussi à ma prière. Il s’agit aussi de conversion, celle à laquelle m’invite l’Esprit à condition que j’y consente.

 

Geneviève Roux


(1) Eugène Green – Poétique du cinématographe – Actes sud ,2009.
(2) Ignace de Loyola – Exercices spirituels N°254
(3) Guigues II le Chartreux – Abbé de la Grande Chartreuse au XIIème siècle – Lettre sur la vie contemplative – l’échelle des moines.

Crédit phoito: Nour Films

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