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Manière d'agir - Revue N°453 - Avril 2000

Les bienfaits de la relecture :

accueillir notre mémoire et découvrir que nous sommes aimé


« On lit en avant, on comprend en arrière »
Père Joseph Thomas


« Il était une fois... une petite fille... un petit garçon »... Qui n'a pas en mémoire ce refrain qui inaugure les contes pour enfants? Lequel d'entre nous ne s'est pas laissé porter, bercer peut-être, par ces mots qui annoncent un récit? N'avons-nous pas désiré, ces paroles le soir avant de nous endormir... comprenant intuitivement qu'en essayant de relier les épisodes de la vie de nos personnages favoris, nous construisions du sens.
Que nous reste-t-il de cette expérience qui consiste à relire et à relier ce qui fait la trame d'une histoire? Nous arrive-t-il aujourd’hui de pratiquer cet exercice pour nous-mêmes? Comment écoutons-nous notre passé, la jour-née qui vient de s'écouler, l'événement que nous venons de vivre?




Nous pouvons lire notre vie comme on feuillette un calendrier et revoir se dérouler de façon chronologique - c'est-à-dire les uns après les autres - les événements qui constituent notre passé, lointain ou immédiat. Nous faisons alors la somme de ce que nous avons vécu. Certains disent: « J'ai eu une vie bien remplie» ; d'autres : « Si je fais le bilan, il ne s'est pas passé grand chose ». Avons nous conscience que, de cette façon, l'existence s'appréhende davantage sur le mode quantitatif, du plein et du vide, et qu'à la moindre absence - d'activité ou d'entourage - la vie, soudain, risque de ne plus se faire sentir? « Les événements qui ont été vécus ne sont rien par eux-mêmes. Seule compte la manière dont nous les faisons nôtres en leur donnant un sens. L'homme qui ne revient pas sur ce qu'il a vécu en reste à la surface de lui-même. Il n'y a pas d'expérience dans la pure facticité de l'événement. La relec-ture est le passage au langage et rien n'est réellement humain qui n'accède au langage. » (P. 1. Thomas, Christus n° 170).


Relire et relier les instants de notre vie

Parce que nous sommes des êtres de mémoire, pétris de passé, fondamentalement inscrits dans le présent aussi, il nous est donné, en effet, de relire notre vie autrement, en revenant par exemple, sur les effets produits en nous par ce que nous avons vécu, en reconnaissant les fruits que nos choix ont pu porter ou ne pas porter, en réentendant certains mots, regardant ce qu'ils ont pu, à une certaine époque provoquer, étant attentifs à ce qu'ils provoquent aujourd'hui.

La relecture nous permet ainsi d'accéder à notre identité narrative d'êtres de parole, car le processus de « retour sur» s'accompagne d'un choix de tels ou tels souvenirs, de telles situations, de tels visages, de telles conversations. En devenant vigilants à ce que nous retenons, nous apprenons à découvrir ce qui nous touche et de quelle manière nous sommes touchés. Qu'est-ce qui cette semaine m'a laissé dans la paix, m'a donné de la joie, que je puisse rendre grâce au Seigneur? A l'inverse, ai-je ressenti de la tristesse? Dans quelle situation? Pourquoi? Comme je rends grâce pour ce qui est bon, vais-je aussi inviter le Seigneur à me rejoindre dans les moments de lassitude, de manque, de déception? Vais-je déposer au terme de cette relecture ce qui me pèse comme ce qui me rend plus léger?

La pratique de ces interrogations nous enseigne à reconnaître ce qui favorise en nous l'ouverture, la mise en route, ce qui fait de nous des vivants. Elle nous invite aussi à percevoir ce qui nous divise et nous enferme, ce qui peut être mort dans nos vies.
« Vois, je te propose aujourd'hui vie et bonheur, mort et malheur [...]. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, t'attachant à lui ; car là est ta vie. » (Deutéronome, 30, 19-20)

Laissons-nous interpeller par la toute première parole de ce passage: « Vois »..., arrête-toi un instant, pose ton regard sur ce qui fait ta vie, sur ce qui t'entoure, fais mémoire de ce qui te fait tressaillir de joie, te dessine un sourire, te touche au plus profond... « Vois »... ce qui te relie à la Source, ce qui vient d'elle, ce qui fait naître en toi l'action de grâce, ce qui suscite une demande, un désir... « Ton désir est ta prière» (Saint-Augustin).

Le Seigneur nous montre la voie.

Il nous invite à Le convier lorsque nous relisons le temps de notre quotidien. Il nous propose de nous placer sous Son regard bienveillant. Dans cette alliance avec Lui, le parcours s'éclaire: « J'ai compris que les fausses directions que j'avais prises n'avaient pas seulement à être explorées sur le plan psychologique (..). J'ai expérimenté la puissance de la Parole de Dieu, cette vérité qui balaye nos fausses croyances. Ce jour-là, j'ai su que c'est véritablement Dieu qui sauve, le Christ qui nous libère et que l'être humain est appelé à participer à cette libération. »(1)

« C'est moi le Seigneur ton Dieu qui t'ai libéré de l'esclavage », Ex. 20, 2.

Cette parole s'adresse à nous aujour-d'hui. Relire notre quotidien sans nous placer en présence du Seigneur, c'est prendre le risque de rester toujours sur les mêmes images, les mêmes événements, qui reviennent parce qu'ils font écran. Nos pesanteurs et nos opacités ont besoin d'être déposées en Celui qui les trans-forme... « Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi », Jean 13, 8. Nos jugements hâtifs sur nous-mêmes et sur les autres sont à exposer à Sa lumière, qu'ils rencontrent le regard créateur, recréateur, de Celui qui nous rend la vue.


Relire sa journée : quelques propositions

Le désir de relire sa journée sous le regard du Seigneur appelle souvent à se poser quelques questions sur la manière dont nous allons vivre cette expérience:

Quel moment dans la journée me semble le plus favorable pour me « poser», pour faire silence et me mettre en présence du Seigneur ?

Combien de temps vais-je consacrer à cet exercice? Suis-je disponible pour vivre cette expérience régulièrement ou dois-je attendre la fin de la semaine pour relire les derniers jours passés ?

Quel lieu chez moi me semble le plus propice au silence? Ai-je le désir de me rendre dans une chapelle, de vivre parfois ce moment en présence du Saint- Sacrement?

La relecture de la journée se fait pour beaucoup le soir, lorsque après de nombreuses activités, nous pouvons disposer d'un temps dont la durée, selon chacun, peut s'étendre de dix à quinze minutes.

Nous recherchons un lieu où, dans le silence, nous allons nous rendre présent à Dieu tels que nous sommes en ce moment - fatigués ou reposés, dans la tristesse ou dans la joie, habités par la routine, motivés par des projets...parfois sans grand désir de faire cette relecture aussi !

Laissons monter en nous la demande de grâce de Sa lumière, pour regarder notre journée avec Son regard à Lui, avec Son cœur à Lui (...en nous cen-trant directement sur ce que nous avons fait, nous sommes tentés de juger selon nos critères).

Que remarquons-nous alors ? Nous est-il facile de rendre grâce pour ce que nous avons vécu ? Pour quels moments plus particuliers rendons-nous grâce ? Pourquoi ?

Nous est-il difficile de louer le Seigneur ? Pour quelles raisons ?

Quels mouvements nous habitent lors du parcours de cette relecture? Ressentons-nous de la joie, du dynamisme, de l'amour, de la tristesse ? Nous sentons-nous fermés, crispés ?
Relire notre journée, c'est partager avec le Seigneur ce qui a fait la trame de notre existence aujourd'hui, comme on se confierait à un ami. C'est L'inviter à faire mémoire avec nous, des rencontres effectuées, d'un repas savouré, d'un travail partagé, peut-être de longs moments vécus seul, aussi, d'une attente.

C'est Lui dire ce que telle parole entendue aujourd'hui a déclenché en nous, ce que telle situation a engendré d'enthousiasme ou d'amertume. Et si nous restons amers, pouvons-nous essayer avec Lui de comprendre pourquoi? Pouvons-nous associer ce que nous venons de vivre à une autre situation qui, déjà auparavant, nous avait laissés amers?

Le Seigneur nous invite à Lui remettre cette amertume, à la poser en Son cœur attentif et compatissant, en Lui demandant la grâce de nous éclairer sur nos réactions, de nous accompa-gner la prochaine fois qu'une situation similaire se présente.

Nous faisons l'expérience que TOUT peut Lui être remis. TOUT avec Lui peut être nommé - l'ombre et la lumière, ce que nous savons de nous-mêmes, ce que nous ne savons pas et qui parfois nous fait agir sans que nous comprenions très bien la motivation de nos gestes...
Et si aucun fait marquant ne ressort de notre journée, alors apprendrons-nous peut-être, à petits pas, à devenir attentifs à un coup de fil inattendu, à un coucher de soleil que le ciel aura rosi, à un intérieur chaleureux, à un sourire d'enfant croisé sur un trottoir, à un petit plat bien mijoté, à la qualité d'un silence, à la beauté d'un visage... La routine prendra alors des airs de fête... et les « petites miettes» de nos vies pourront, comme pour la femme Cananéenne, devenir festin.

La relecture est une rencontre privilé-giée au cours de laquelle tout ce qui a fait l'épaisseur de notre journée, sa pesanteur comme sa légèreté, peut être partagé avec notre Dieu, ce Dieu vivant qui nous reçoit et nous écoute.


Les enjeux spirituels de la relecture

C'est donc une invitation que Le Seigneur nous adresse: Il nous convie à Lui faire part du plus ordinaire du quotidien de nos vies afin que nous le trouvions en toutes choses.

En faisant mémoire d'un regard qui m'a apaisé, d'une parole qui m'a dynamisé, de quelqu'un qui a cru en moi, m'a fait confiance, en observant les effets produits, les fruits portés, je deviens plus disponible, plus vigilant à reconnaître Ses pas dans mes pas. Parce que je deviens plus familier de Sa Vie dans ma vie, j'identifie mieux les mots qui remettent debout, les gestes qui sauvent, les conversations qui construisent.

Incarnation.
En revenant, en Sa présence, sur une attente, une peur, une déception, en les Lui confiant, je suis plus attentif à l'action transformante de Son amour : je découvre quelques jours, parfois quelques mois plus tard, que la peur a changé de visage, qu'une porte s'est ouverte, même timidement. Un petit pas a été franchi. Les points de difficulté peuvent, en Dieu, devenir des points de progrès.

Conversion.
Expérimentant pour moi-même ce chemin, je peux alors l'espérer pour les autres. Ce qui fait obstacle chez l'autre dans ma relation avec lui, dans sa relation avec le monde, peut un jour devenir lieu de rencontre... J'apprends à vivre de Sa charité et mon regard dans la nuit s'ajuste pour guetter une étoile.

Humanisation.
Contemplons les témoins d'Emmaüs, leur lecture personnelle des événe-ments qui viennent de se passer... leur peur, leur incompréhension après la mort de Jésus: « Il faisait route avec eux, mais leur yeux étaient empêchés de Le reconnaître» (Luc 26, 16). Jusqu'à ce que Jésus s'invite à leur table. Qu'ils acceptent de partager le repas. Que Jésus relise avec eux les Ecritures. Alors, « leurs .yeux s'ouvri-rent et ils Le reconnurent ».
Vais-je Te convier. chaque jour, Seigneur? Vais-je accepter que Tu m'accompagnes, que tu relises avec moi le quotidien de mes jours et du monde, que je Te reconnaisse ?
Seigneur, Toi qui me dis « choisis la Vie »
Ouvre mon cœur à la paix, à la joie,
Fais-moi grandir dans le goût du bonheur...
Seigneur, Toi qui m'invites à écou-ter Ta voix
Ouvre mes yeux sur les visages, les mots, les gestes qui disent Ta présence...
Seigneur, Toi qui m'appelles à m'attacher à Toi
Ne laisse pas s'éteindre en moi les lieux de rencontre avec Toi...
Toi le Dieu Vivant qui m'écoutes et me rejoins
dans les petites comme dans les grandes choses
Garde-moi fidèle,
Que je ne lâche pas Ta main,
Que Ta promesse de vie s'accom-plisse en mon chemin...





(1) Simone Pacot,« Un jour, je l'ai su.. c'est Dieu qui sauve », La Croix, 18-19 Septembre 1999.
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