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Le Titien à Vienne

En complément du courrier des lecteurs sur l'aventure conjugale (voir Dossier de la revue n°12), publié dans l'Air du temps de la revue n°14, Yves Guéguen a souhaité nous envoyer ce texte. 

 

Avril 2007

Kunsthistorisches Museum, Vienne. Retournez-y quand vous pourrez. Parmi d'autres tableaux, j'ai découvert celui-ci : « Le Christ et la  femme adultère», peint vers 1520 par Le Titien.
L'Occident sort du Moyen-âge. S'ouvre une «Renaissance ».

 

 

 

 

Le tableau montre à l'horizontale Jésus avec six personnages : cinq hommes et une femme. Ils sont au même niveau, pas de figure d'un Dieu tout puissant qui dominerait tous les humains. Ils sont sept en tout, symboliquement toute l'humanité (avec une seule femme, contexte socio-culturel connu). Ils sont vus en plan de coupe rapproché, ce qui me semble inhabituel pour une peinture qui n'est pas le portrait d'une unique personne. Jésus est à l'extrémité gauche. Proche de lui et à la même hauteur, deux hommes le regardent intensément. Leur regard nous « parle », c'est un appel, un appel au jugement, à la condamnation. L'un des deux, au  centre  tient la femme par le bras. Derrière lui, d'un troisième homme, on ne voit presque que les deux yeux fixés sur le Christ. Vers la droite du tableau, un quatrième homme en arrière  jette un regard dur sur la « pécheresse». Le cinquième, à l'extrémité droite devant, semble retenir la femme de son bras gauche dont -curieusement- on ne voit pas la main. Ces deux là semblent déjà sur le point de partir.

Seule la femme baisse les yeux et regarde à terre. Les regards sont tous à la même hauteur ou presque, accentuant la dominante horizontale du tableau. Jésus regarde avec douceur celle qu'on lui a amenée. La lumière de son vêtement répond  à celle qui éclaire la femme.  Un pan vertical, bleu teinté d'ocre, de son manteau renvoie au bleu du ciel, teinté d'ocre aussi, au dessus de la femme. Je prends conscience d'une trop aveuglante évidence : l'ocre est la couleur dominante du tableau. De l'ocre sur les vêtements, dans  le ciel, sur les visages. Ocre, couleur de la terre que l'on ne voit pas. Est-ce la manière voulue par Le Titien d'introduire la dimension verticale, de nous ramener à terre sans la montrer explicitement?

Le texte de l'évangile insiste de façon énigmatique, sur la terre: « ayant incliné la tête vers le bas, il écrivait de haut en bas, du doigt sur la terre ». Pas de mouvement vertical explicite ici, mais Le Titien a trempé son pinceau dans la terre. La couleur de la terre est partout. C'est elle qui exprime le mouvement profond et l'attitude du Christ. Cette clé de lecture me permet soudain de comprendre l'attraction que le tableau exerce sur moi, et aussi sa profonde résonance évangélique. Deux bandes de bleu (presque) verticale pour le Christ, et (presque) horizontale dans le ciel délimitent l'espace du drame. Le Titien m'émerveille.

C'est la lecture de Lytta Basset qui m'a conduit plus loin, de façon inattendue, un mois après avoir contemplé le tableau. La  parole adressée par Jésus est d'égal à égal, donc à l'horizontale. Pas de jugement ni de condamnation. « Celui d'entre vous qui est sans faute, qu'il jette la première pierre». Lytta Basset écrit:« à vous seuls de décider, à l'horizontale, des relations entre vous... Dieu n'est pas pris en otage... en désamorçant l'esprit de jugement, Jésus permet à chacun de se confronter à sa propre vérité...chacun sort de cet enfer qu'est l'esprit de jugement»*.

Ainsi se rejoignent la parole de la pasteure du XXIe siècle et l'œuvre du peintre du XVIe, pour m'émerveiller et m'éclairer d'une lumière discrète venue il y a deux mille ans.

Yves Guéguen

*Lytta Basset, Au-delà du pardon, Presse de la Renaissance