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Dossier

Reflexion sur le texte des évêques

Comment recevoir le texte des évêques de France appelant à retrouver le sens du politique?
Un moyen est la fraternité, selon Monika Sander de la CVX


Le Conseil Permanent de la Conférence des Evêques de France a publié au mois de Juin de cette année « Quelques éléments de réflexion » en vue des élections de 2017. Le texte aborde tous les grands sujets qui habitent la société française actuellement. Il nous renvoie à ce que nous disons en Communauté Vie Chrétienne : « Soyez attentifs aux signes des temps ». Mais il nous pose aussi la question : « Que puis-je faire » ?
 
Personnellement, j’ai envie de répondre : commencez par être fraternels. Rappelez-vous : « La fraternité est un état d'unité, entre plusieurs personnes. C'est un sentiment qui dépasse l'égo, qui rassemble plusieurs « moi » pour faire un « nous ». Cet ensemble porte à son fondement le respect de la personne humaine, le « moi », c'est donc un ensemble de personnes assemblées, de volontés personnelles combinées en un mouvement. » dit Wikipedia.
 
C’est grâce à Jean-Baptiste de Foucault et son Pacte Civique (www.pacte-civique.org ) que j’ai redécouvert l’importance de la fraternité. Elle fait partie de la devise de la République mais y fait figure de parente pauvre « la cousine de province qui fait tapisserie et que personne n’invite », dit Régis Debray.
 
Quel rapport avec le texte des évêques ? Eh bien, la fraternité aide à répondre à tous les aspects de société évoqués et cela selon nos capacités personnelles.
 
La fraternité engage la personne en tant que telle, elle demande un travail sur soi, une attitude dans la vie quotidienne. C’est un état d’esprit qui met à l’écoute de l’autre avec bienveillance, avec l’envie de le connaître mieux, de le respecter tel qu’il est. Cela fait appel à des valeurs morales et même à des émotions. Car il s’agit de mettre l’autre en confiance, avec un a priori favorable. Pour résumer on peut dire que c’est un état d’esprit positif mais qui se travaille et oblige à dominer ses impulsions négatives. Apprendre de l’autre en douceur, se découvrir mutuellement est un moyen de contourner la violence inhérente à notre monde en transition.  La fraternité est laïque, à la portée de tous, elle permet de résister aux assauts du capitalisme pour engendrer une société dont chaque citoyen se sente responsable.
 
Abdennour Bidar dans son livre Plaidoyer pour la fraternité[i] dit : « la fraternité c’est maintenant ou ce ne serait peut-être jamais ». Je la pense possible, d’une société de résignés-réclamants » pour citer Jacques Attali, peut naître, à partir d’un ras le bol, une dynamique qui se prend en charge et transforme. Mais cela ne peut commencer qu’à partir de la base, je cite encore Abdennour Bidar : « La fraternité est une école de la rue, elle commence devant chez soi, elle naît d’une proximité physique quotidienne, d’une mixité sociale de tous les jours. »
 
Cela demande de l’énergie, de la bonne volonté, de la disponibilité et du respect.
Bref, un effort pour créer des liens fraternels et solidaires, chacun à son niveau, conscient que cela aide à transformer la société selon notre désir.
 
Pour avoir œuvré pour la solidarité, je peux dire que la fraternité va plus loin, elle m’oblige à une attitude qui n’est pas toujours facile à mettre en place lors de mauvais jours. C’est un trésor quand l’action devient plus difficile (l’âge, la santé), et que dans le silence naissant l’amour universel gagne en importance. Chacun peut y puiser les forces qui font grandir l’humanité en créant des liens positifs, porteurs de vie, de joie, d’encouragement, d’espérance.
« L’espérance, c’est l’ancre qu’on lance dans le futur, et qui permet de tirer sur la corde pour arriver à ce à quoi on aspire » disait le Pape François quand il était Jorge Bergoglio.
 
Pour être complet, il me semble important de ne pas négliger la demande de spiritualité sous-jacente dans la société, elle ne s’exprime pas clairement et les religions n’y répondent que partiellement. J’ai même été confrontée à cette demande en prison venant de personnes loin de toute religion ou d’un dieu. Cela donnera davantage de sens à la démarche fraternelle, permet de construire à partir de notre histoire commune, notre héritage dont nous devons être fiers. L’homme est fait pour la transcendance, il a besoin de quelque chose de plus grand que soi pour donner du souffle à sa vie et se décentrer de soi – même si cela semble difficile à l’époque des « selfies ».  Lors d’une réflexion sur le mot « fraternité » il me semble indispensable de consacrer un temps à cette recherche de spiritualité.
 
Pour conclure, je dirai que les deux attitudes – fraternité et solidarité - parlent de l’attention à l’autre, ce qui est proche de la prière nous rappelle Simone Weil[ii]et nous permet de dire avec Charles de Foucault « vouloir aimer c’est déjà aimer ». En agissant ainsi, personne ne peut savoir où cela va le mener mais chacun aura compris qu’il faut y aller.
 
Le pape François appelle cela être un « administrateur responsable ». Et Christoph Theobald sj : « Personne ne peut vivre l’essentiel de sa vie à la place d’un autre ». Le document des Evêques cite beaucoup de lieux propices à notre engagement et un peu partout dans la société civile mouvements et associations se consacrent à la réflexion et à l’action pour construire une société plus juste, fraternellement.

Il y a urgence.

Monika Sander,
octobre 2016
 
 
 
 
 
 


[i] Abdennour Bidar : Plaidoyer pour la fraternité, Albin Michel
[ii] Jean-Baptiste de Foucauld nous l’a rappelé lors de l’Université d’été de Démocratie et Spiritualité à Lyon, août 2016 

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