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Spiritualité ignatienne - Revue N°49 - Septembre 2017

Un grand élan pour servir

« Il imaginait ce qu’il devait faire au service d’une dame ».

Tel est la première apparition du mot « service » dans le Récit qu’Ignace fait de sa vie !
C’est que, lorsqu’Ignace se convertit, dans la Casa familiale de Loyola,
deux mondes s’affrontent en lui : il est pris par « les exploits
mondains » qu’il veut faire tout comme par « les exploits pour
Dieu qui s’offrent à son imagination » (Récit 7). Le service de Dieu
l’emporte, et alors, note-t-il, « la plus grande consolation qu’il recevait
était de regarder le ciel et les étoiles, ce qu’il faisait souvent et
pendant un bon espace de temps, parce qu’il en ressentait en lui un
grand élan pour servir notre Seigneur » (Récit 11).

 
« Quand il servait à la Cour »
 
Or c’est à la Cour qu’Ignace a appris le service. Son père l’avait envoyé
à Arevalo, en Castille, auprès du Trésorier du Royaume, Velasquez
de Cuellar. Les onze années de son séjour sont le lieu d’une
éducation ; Ignace, « quand il servait à la cour du roi catholique »
(Récit 53), intègre les codes mondains et chevaleresques. À sa
conversion, le service de Dieu va prendre la figure du pèlerinage à
Jérusalem, mais, sur la route, il faudra un long temps de crises,
au pied de l’abbaye catalane de Monserrat, à Manresa, pour que
son imaginaire du service soit purifié de tout ce qu’il a de mondain,
et qu’il apprenne à servir selon Dieu. Ce grand changement
passera par bien des excès, dans sa façon de s’habiller,
de se nourrir, de vivre – jusqu’à naître à une
liberté neuve pour Dieu, qui le fait passer
de l’extérieur vers l’intérieur.

 
« La ferme volonté de le servir »
 
« En ce temps-là Dieu se comportait avec lui
de la même manière qu’un maître d’école
se comporte avec un enfant : il l’enseignait.
Que cela fût à cause de sa rudesse et de
son esprit grossier, ou parce qu’il n’avait personne
pour l’enseigner, ou à cause de la ferme volonté que
Dieu même lui avait donné de le servir » (Récit 27).

Il en va de même pour nous : nous voulons
servir, bien sûr, mais sans toujours réaliser à quel point notre
conception du service a été forgée culturellement par notre éducation,
nos études, notre profession, notre caractère aussi. Nous
traversons bien des malentendus, des désillusions, et même des
crises, pour que « le pur service » de Dieu (Ex. S. 135) puisse l’emporter.

 
« Je veux que tu nous serves »
 
Ignace comprend progressivement que pour lui, servir, ce sera « aider
les âmes » et, bien des années plus tard, lorsqu’il entre à Rome,
avec les premiers compagnons, il reçoit une vision décisive, dans
la petite chapelle de la Storta. Ignace l’écrit de façon tout à la
fois sobre et dense : « le Père le mettait avec son Fils » (Récit 96).
Le P. Lainez, un témoin (il lui succédera à la tête de la Compagnie)
nous raconte ce qu’Ignace lui avait partagé : « Il lui semblait
voir le Christ avec la croix sur l’épaule, et le Père auprès de
lui, qui disait : « Je veux que tu prennes celui-ci pour ton serviteur ».
Et alors Jésus le prenait et disait : « Je veux que tu nous serves ». » 

On a pu écrire que cette vision qui s’imprime en
Ignace représente pour lui un moment analogue à celui qu’a vécu
saint François d’Assise, lorsqu’il reçoit les stigmates à l’Alverne :
c’est une expérience d’union radicale à Dieu, de prise de possession
par Dieu de tout son être. Qu’elle ait la marque et la couleur
du service en dit la place absolument centrale dans la mystique
d’Ignace. Il ne s’agit pas de faire « des choses » pour autrui, c’est
bien plutôt de l’union à Dieu que naît le service.

 
« Servir le Seigneur seul et l’Église »
 
La vision de la Storta s’accompagne d’une autre parole : « À
Rome, je vous serai propice ». C’est à Rome que le Pèlerin a été
conduit, au terme d’un périple entrepris quinze ans auparavant,
quand il avait quitté Loyola pour Jérusalem. Désormais, il
ne s’éloignera guère de la Ville sainte. Le désir de Jérusalem
se mue en service de l’Église à partir de Rome. Dans les documents
de fondation de la Compagnie, les Formules de l’Institut
jouent un rôle particulier :
approuvées et confirmées par les papes Paul II en 1540 et Julesignace pape
III en 1550, elles expriment le coeur de la vocation jésuite. Le
service y tient une place éminente, dès les premiers mots :
« Celui qui veut, dans notre Compagnie que désirons voir désignée
du nom de Jésus, combattre pour Dieu sous l’étendard de la
croix et servir le Seigneur seul et l’Église son Épouse sous le
Pontife romain, Vicaire du Christ sur terre (...)». Comment comprendre
la radicalité du « servir le Seigneur seul » et le lien,
la conjonction immédiate qui est établie avec « l’Église son
Épouse », sinon par la compréhension que celle-ci est le Corps
du Christ ? En tout cas, et en toute chose, c’est le Seigneur
seul qu’il s’agit de servir.
D’ailleurs, dans les écrits d’Ignace, servir est presque toujours servir
le Seigneur : servir Dieu notre Seigneur, servir le Créateur, servir
le Créateur et Seigneur, servir sa divine Majesté, servir le Christ
notre Seigneur. Comme en écho de l’alliance à Sichem, quand les
fils d’Israël ont franchi sous la conduite de Josué le Jourdain
et sont entrés dans la Terre promise, avec l’arche de l’Alliance :
« C’est le Seigneur notre Dieu que nous voulons servir, c’est à sa voix que nous voulons obéir »(Josué 22, 24).
Et nous, qui voulons- nous servir ?

 
« En tout, aimer et servir »
Les Exercices spirituels constituent la matrice de notre spiritualité,
ils éclairent la place décisive du service, ils commencent et
finissent par le service.
Dans le « Principe et Fondement », qui en est le porche d’entrée,
Ignace donne la direction : « L’homme est créé pour louer, révérer
et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme » (Ex. S. 23).
Telle est la fin de l’être humain, le but de toute existence ; il
s’agit que nous « désirions et choisissions uniquement ce qui nous
conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés ». C’est
ce fondement que la démarche des Exercices va inscrire profondément
dans le coeur et la vie du retraitant, en sorte qu’à l’issue du
chemin, dans la Contemplation pour parvenir à l’Amour, il puisse
demander la grâce de pouvoir « en tout aimer et servir » (Ex. S. 233).
En todo amar y servir.
 
Notons un point éclairant. Très souvent, dans l’écriture d’Ignace,
servir est accompagné d’autres termes. Ici, « louer, révérer et
servir », et « aimer et servir ». Une louange qui ne s’incarne pas
dans le service risque bien d’être désincarnée : la Contemplation
pour parvenir à l’amour ne dit-elle pas que « l’amour doit se mettre
dans les actes plus que dans les paroles » (Ex. S. 230) ?
 
Le P. Claude Viard, dans son article remarqué « Créés pour
louer », insistait : pour Ignace , c’est le service de Dieu qui est la fin.
La louange, pour ne pas se payer de mots, doit être mise à
l’épreuve du service, un service concret, incarné. Et réciproquement,
le service, à l’épreuve de la louange et de la gloire, trouvevision ignace
sa justesse et sa gratuité dans l’ouverture au vouloir de Dieu.
C’est d’ailleurs dans les passages des Exercices qui préparent l’accueil
de la douce volonté de Dieu, dans l’élection, que les termes de
service et servir reviennent le plus souvent.
 
On comprend mieux que lors du colloque pour les 50 ans de la Revue
Christus, en 1984, le P. Claude Flipo, son directeur, ait insisté
sur la mystique de service qu’est la démarche spirituelle de saint
Ignace, « une mystique de service par amour » (P. Joseph de Guibert).
 
Nous voici invités à entrer dans un travail sur nous-mêmes, à
recevoir une purification dans nos représentations, pour apprendre,
avec Ignace, à servir de façon plus juste.

Disciples, compagnons, serviteurs : la vérité du service se reçoit dans la suite du Christ et les uns par les autres.
Paul Legavre s.j.

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