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Courrier des lecteurs - Revue N°12 - Juillet 2011

Un frein à l'évangélisation

Bonjour,

J'ai été décontenancé par la série d'articles sur le thème de l'aventure conjugale, même si c'est celui de l'accompagnement de l'Eglise qui m'a semblé être le plus urgent à commenter. Alors j'ai pris mon clavier pour mettre en forme mes réflexions suite à l'article de Claire Le Poulichet.
Je ne connais pas Claire, et je ne veux ni la blesser ni l’offenser. Afin qu’elle me situe : je me suis marié à l’Eglise en connaissance de cause, j’ai quatre enfants, mon divorce a été pour le moins conflictuel, l’Eglise a prononcé la nullité au bout de quatre ans… Après avoir apprivoisé ma solitude, j’ai décidé de ne pas rester seul. Rencontre, Pacs pendant trois ans, marié depuis un an. L’Eglise a prononcé récemment la nullité du mariage précédent de mon épouse (seulement baptisée). Pour le moment, nous ne souhaitons pas le sacrement. Membre de CVX depuis 6 ans. Notamment engagé dans l’accueil des parents d’enfants à baptiser (80 par an).

1 « ce que l’Eglise fait »

Ce paragraphe me semble déconnecté de la réalité paroissiale ordinaire. Oui il y a préparation au mariage comme c’est décrit, avec un public bienveillant, qui accepte, la plupart du temps, ce passage obligé plus comme un sésame pour la photo devant l’église, que pour le sacrement avec tout ce qu’il engage. A mon sens il serait souvent plus honnête que l’Eglise propose une ‘simple bénédiction’ plutôt que d’enfermer le couple dans un sacrement qui n’a pas été compris dans toutes ses dimensions. Oui des propositions diverses existent et rassemblent des centaines de couples et de familles (il y a vingt ans environ, j’étais au service Cana, tant dans l’année que pour les sessions). Sur notre paroisse de 30,000 habitants, il y a 80 mariages par an, 6 couples ont fait une session cana en 20 ans. « Avec ceux qui ont rencontré l’échec » la plupart du temps, ils fuient l’Eglise, car la doctrine officielle est ressentie comme une ‘double peine’. Il faut avoir vécu certaines humiliations de certains ‘bons chrétiens’, quand ce n’est pas de prêtres pour savoir que l’accueil décrit n’est pas le fait de tous. Nous n’en sommes pas à disserter sur « l’humiliation de l’Evangile ». L’Eglise est empêtrée avec ce problème, et les attitudes de l’institution vont du laxisme par compréhension, au rigorisme par doctrine ou par incapacité à donner une réponse. Me concernant, seul le Cler m’a aidé concrètement à prendre le dessus d’une situation conjugale devenue intenable.

2 « des questions qui se posent : comment avancer ? »

D’abord, l’Eglise devrait cesser d’idolâtrer le couple en tant qu’identité. Même s’ils « ne font plus qu’un », il reste deux individus qui évoluent dans le temps. Certains considèrent même que le couple n’existe pas, mais qu’il n’existe seulement que deux individus, sorte d’attelage… destiné à tracter une famille. Puis l’Eglise nous berce d’illusion avec « la grâce du mariage ». Est ce que l’Eglise dit clairement que l’amour ne tient que s’il y a volonté de s’aimer ; autrement dit nous devons lutter contre dette dérive courante : « puisque nous ne sentons plus rien, nous nous séparons ». Alors que l’Eglise insiste plutôt sur l’aspect indissoluble complètement incompréhensible dans le monde actuel. Les couples qui demandent aujourd’hui le mariage à l’Eglise ont le plus souvent déjà vécu plusieurs expériences de vie de couple, sans avoir nécessairement géré les « ex ». C’est à dire que vivre ensemble pour commencer piège la relation par une sorte de confusion qui leur empêche de prendre de la distance ; et non parce que c’est un péché selon notre regard !
Enfin, nos propres enfants, sauf exception, vivent ce que je viens décrire ci dessus. Et une des raisons de se marier (au moins civilement), sera que la mère voudra porter le même nom que son enfant pour l’entrée en maternelle (vécu familial récent).
Par ailleurs, la question de la contraception semble complètement faire partie du domaine privé, où l’Eglise n’a plus la parole. Va-t-on sur le même chemin pour la vie de couple ?

Revenons aux fondements :

A l’Eucharistie, le prêtre dit : « prenez et mangez en tous », et il n’ajoute pas « sauf aux divorcés remariés ». Cela devrait suffire à calmer le débat.
Le Pardon : qu’a-t-on fait de si irréparable pour en être exclu ? La faute serait elle plus grave que tel tortionnaire qui lui est pardonné ?
Autre perspective : « il n’est pas bon que l’homme reste seul… »
Difficile de s’y reconnaître. Cela n’empêche pas de prier…

Quelles voies ?

D’abord, faire preuve d’humilité, car les situations sont très diverses et toujours complexes. Ainsi, un conjoint peut être victime d’un divorce. Continuer sa vie (on ne la ‘refait’ pas) avec un autre conjoint est une forme de maturité, c’est à dire que l’échec est dépassé (si ce n’est pas une fuite). Rester seul est souvent une forme d’immaturité ou d’incapacité face à l’échec du divorce…
La nullité de mariage : il s’agit de savoir si, au jour de l’engagement, toutes les conditions d’un mariage valide étaient requises. Ainsi, un conjoint qui refuse délibérément d’avoir des enfants met le couple dans une situation de nullité. Par contre, le fait d’avoir normalement des enfants n’influe pas la décision de nullité. De la même façon c’est une erreur de discernement de demander l’avis des enfants pour engager une demande de nullité, sauf à leur laisser à penser qu’ils sont nuls. A mon sens, l’Eglise a une responsabilité quand elle enferme dans le sacrement des conjoints qui n’ont pas assez cheminé pour l’accueillir dans sa globalité. Enfin, ce n’est pas la solution universelle. Pour ma part, la procédure de nullité a été un moment de vérité qui m’a libéré.

Une avancée œcuménique ?

Chez les catholiques, c’est un sacrement. Chez les orthodoxes, c’est un sacrement, mais un divorcé remarié peut avoir un 2e mariage religieux, après une période d’attente. Chez les protestants, ce n’est pas un sacrement. Le ‘oui’ de Dieu est plus fort que le ‘Non’ de l’homme. Ayant été engagé plusieurs année auprès de la communauté du chemin neuf (communauté catholique à vocation œcuménique), je crois qu’ils sont à même d’apporter des éléments à cette question. Pour ma part, la solution des orthodoxes est intéressante, et ce temps d’attente, une nécessité.

Une conclusion ?

La position de notre Eglise sur les divorcés est un frein à l’évangélisation. Nous devons faire preuve de compassion pour respecter et accueillir ces blessés de la vie que sont les divorcés. Remariés ou non, ils doivent se reconstruire. La CVX devrait se pencher sur toute cette humanité en panne d’amour, très souvent proche de nous. Car toutes les familles sont touchées. Un divorce ‘normal’ est déjà difficile, mais quand cela se passe chez des chrétiens, c’est encore plus lourd, car le naufrage est proportionné à l’investissement, surtout si l’Institution a aidé à surinvestir le couple.

Il y a urgence, et concrètement, je propose de pouvoir échanger en équipe sur ce que chacun vit dans sa famille proche :
- situation en tant que conjoint ?
- comment a-t-on traversé la période où les enfants étaient adolescents ?
- comment nos enfants sont ils ‘attelés’ : mariés, pacsés, sans lien juridique, déjà divorcés ? ou célibataires ? ou dans l’homosexualité ?
- font ils baptiser nos petits enfants ?
Qu’en pensez vous ? Le débat est ouvert.

Amitiés fraternelles,

 J-L. B.

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