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Contrechamp - Revue N°35 - Mai 2015

Toute rencontre est une théophanie

TOUTE RENCONTRE EST UNE THÉOPHANIE

Le désir de Dieu est de nous rencontrer. Toute la Bible le répète. Et à notre tour
pour le rencontrer, c’est au travers des autres que nous le pouvons.
Ils nous mènent à Dieu qui nous conduit aux autres. Ces liens incessants nous construisent, nous donnent vie… si nous savons nous y ouvrir et nous en émerveiller, nous partage Stan Rougier.
 
version longuetrinité Rublev

Tout au long de ma vie de prêtre, je suis entré en dialogue avec des milliers de jeunes.
La plupart sont parents et grands-parents aujourd’hui.
Leur question essentielle était : « Pourquoi suis-je sur terre ? Quel est le sens de ma vie ? »
Il m’a semblé, après huit années d’étude de la Bible,
que Dieu nous avait donné quelques lumières
et que ma tâche de prêtre était de partager ces lumières,
en les proposant avec les mots d’aujourd’hui.
« Dieu créa l’homme à Son image, homme et femme, Il le créa»
Le couple est rencontre. Autant dire Dieu Lui-même est « Rencontre ».
Les premiers humains engendrés sont deux frères.
La vocation de Caïn était de prendre soin d’Abel. La rencontre se passe mal.
Ensuite, durant quinze siècles, c’est une succession de rencontres,
qui ont, tour à tour, des suites heureuses ou désastreuses
suivant que l’amour ou la haine les ont animés.
Tout le Premier Testament célèbre la rencontre de Dieu avec un peuple.
A ce peuple, comme à chacun de nous, Dieu dit,
comme la prince à la petite fille qu’il trouve dans un champ :
« Je t’ai vue, tu baignais dans ton sang. Je t’ai dit : ‘Tu vivras !’[1] »
La première injonction que Dieu exprime est celle de l’amour,
envers Lui, source de tout amour, et envers le prochain.
« Aime ton prochain comme toi-même. » Je traduis « comme étant toi-même »,
en me référant à un texte d’Isaïe : « Ne te dérobe pas devant celui qui réclame tes soins ;
l’autre qui est ton propre toi-même.[2] »


Lorsque Dieu Se fait homme, lorsqu’Il nous fait part de ses Projets,
il n’est question que de rencontres.
Rencontre des disciples, rencontre de la Samaritaine,
rencontre de la femme prostituée chez Simon, rencontre de Zachée,
rencontre de la femme adultère,
rencontre de personnes en souffrance : muets, sourds, aveugles,
paralysés, veuve dont l’unique enfant vient de mourir, père ou mère d’un enfant mourant…
La Foi en Dieu devient rencontre de l’homme Jésus :
« Qui dites-vous que je suis ? », demande-t-il à chacun.
En d’autres mots : « Qui suis-je pour toi ? »
Son enseignement tourne autour de l’art de rencontrer :
« Soyez comme votre Père qui fait briller Son soleil
sur les méchants comme sur les bons, et qui donne Sa pluie aux injustes comme aux justes. »

Le soleil et la pluie ne modifient pas la plante.
Ils lui donnent la chance de s’épanouir, de se réaliser, de grandir.
N’est-ce pas dans une rencontre que nous pouvons le mieux
prendre soin de cette plante unique qu’est notre prochain, notre frère ?

Au soir de notre vie, on ne nous demandera pas :
 « Combien de prières as-tu faites par jour ?Combien de communions as-tu faites par semaine ?
La seule question au moment du  grand passage sera :
« J’avais faim, soif, j’étais malade, en prison… as-tu pris soin de moi ?
Tu croyais croiser Jean-Pierre, Natacha ou Samuel ?
Tu rencontrais ton Dieu. Toute rencontre est une théophanie.
 christ de Peronne
Si on me demande : « Peut-on se préparer à une rencontre ? »,
que puis-je répondre sinon ce que dit le renard au Petit Prince :
 « Il faut être très patient… Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe…
Si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur
[3] »
Si notre vie est absorbée par l’action, que reste-t-il pour la contemplation ?
Ce qui nous tue à petit feu, c’est l’indifférence.
Comme dans la chanson de Jacques Brel : « Au suivant !»
Je plains les hommes politiques qui ont donné
plus de mille poignées de main dans une journée et n’ont rencontré personne…
Tu entends la sonnerie du téléphone. Qui t’empêche de prendre trois secondes
de recueillement pour envoyer à Dieu cette supplique : 
« Père, c’est un de Tes enfants qui sollicite mon attention.
Donne-moi de l’accueillir avec la même bienveillance que si c’était Toi 
» ?
Tous les malheurs du monde viennent de l’indifférence.
Toutes nos vies sont des histoires saintes.
De la qualité de nos rencontres dépend l’épanouissement de nos talents.
Un seul regard bienveillant sur un enfant de dix ans peut orienter sa vie.
J’ai lu de nombreux récits autobiographiques de personnages qui ont marqué l’Histoire,
il n’y en a pas un seul qui ne fasse état de regards dévalorisants et de regards valorisants.
Bonnes ou mauvaises, les « rencontres » étaient déterminantes.
 



légende photo : Visage du Christ créé à Péronne en 1982, par des catéchistes et des collégiens.
Version d’origine inédite, retrouvée par Blandine Dahéron, auteur du livre de témoignages sur le Christ de Péronne “Ils m’ont révélé ton visage” (Salvator, 2014)”, conférencière dans toute la France sur cette  icône ».
Copyright : “avec l’aimable autorisation des auteurs et de la paroisse de Péronne”
 

Une journaliste m’a demandé d’écrire un livre qui présenterait
une soixantaine de rencontres qui furent décisives dans mon existence[4].
Jamais je n’ai eu autant de bonheur à écrire !
Mes trente-six livres précédents me semblent une introduction à celui-là.
Il s’agit de soixante-sept visages qui m’ont façonné
par le partage de leurs doutes et de leur foi, de leurs bonheurs et de leurs engagements,
de leur tourment et de leurs combats.
Ce livre me permettait de réaliser ce qui avait été important dans ma vie.
Bien sûr, l’éditeur m’a arrêté à soixante-sept rencontres,
sinon j’écrivais vingt ou trente tomes !...
A quatre-vingt-quatre ans, on peut avoir rencontré des multitudes.
Lorsque j’étais aumônier de lycée, j’étais attentif à plus de cent jeunes par an.
J’ai parfois tenté de les suivre dans leur évolution.
Chacun, chacune était un roman aussi passionnant que Les Hauts de Hurlevent
ou Les oiseaux se cachent pour mourir

Ce qui affadit la rencontre, c’est l’absence de vie intérieure.
C’est l’absence d’émerveillement…
Lorsque j’étais au séminaire, chaque séminariste était tenu
de rencontrer un « père spirituel » une demi-heure environ par semaine.
Je me disais : « Cette rencontre ne peut pas être à sens unique.
Dieu attend peut-être quelque chose de ma part pour lui ?... »

Il en est de même de nos rencontres avec nos parents,
nos frères et sœurs, nos professeurs, nos enfants, nos collègues de travail…

Ces rencontres sont, chacune, de grands moments d’écoute, d’accueil, d’émotion.
C’est la beauté d’une âme unique qui nous est offerte.
Parfois, lorsque Dieu nous prête Son regard, nous sommes éblouis.
A d’autres moments, d’un côté ou de l’autre de la relation, c’est froid, insignifiant.
Aucun sourire ne vient célébrer une rencontre qui n’est qu’une juxtaposition.
C’est comme une présence dans un ascenseur avec un ou une inconnu(e) au regard absent ou fermé…
La rencontre de quelqu’un est fréquemment l’occasion d’une demande :
« Je suis une plante fragile, menacée. Sois pour moi ce que la lumière et la pluie sont à la rose ! »
Si le livre Le Petit Prince de Saint Exupéry est le livre le plus lu
dans le monde après la Bible, c’est parce qu’il évoque la magie de la rencontre.
Dans toute son œuvre, l’écrivain-pilote conjugue
à tous les temps et à tous les modes l’expression chère au pape François : « prendre soin ».

« Ce que j’aime en quelqu’un, c’est de l’ennoblir. C’est de soulever un visage noyé au-dessus de la rivière. Mettons que l’âme emprisonnée me soit devenue pathétique. J’ai peut-être une vocation de sourcier. [5] »

Stan Rougier


[1] Ez 16.
[2] Is 58, 7.
[3] A. de Saint Exupéry, Le Petit Prince, in Œuvres complètes, nrf, 1999, p. 295.
[4] S. Rougier, La passion de la rencontre, Le Relié, 2014.
(Voir aussi : You tube : « L’amour comme défi ».)
[5] A. de Saint Exupéry, Ecrits de guerre, nrf, p. 203.

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