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Spiritualité ignatienne - Revue N°34 - Mars 2015

Thérèse d'Avila et Ignace

« Il faut commencer le chemin, c’est ce qui importe le plus ».
Avec son génie et sa spontanéité dans son art de parler de Dieu et aux autres,
Thérèse nous rappelle la supériorité de l'expérience sur le savoir.
Elle nous invite à tout miser sur Dieu.

Née en 1515 à Avila dans la vieille Castille,
elle entre à 20 ans au Carmel de l'Incarnation.
Après sa conversion en 1554, elle va fonder le petit monastère
de Saint Joseph et s'appliquer à réformer les carmels, elle parcourt
pour cela les routes pour faire des fondations (Valladolid, Tolède, Salamanque, Séville),
et meurt à 67 ans.
Pendant que ses frères sont à la recherche de nouveaux continents, dans ce
siècle d'or où un monde nouveau est en train de naître,
elle vient dévoiler à ses contemporains la profondeur de l'intériorité de l'homme,
quand il accepte de se laisser habiter par la présence inouïe de Dieu.

Lors de sa conversion, elle est d'abord touchée au coeur en
contemplant l'humanité du Christ en sa passion (le Christ aux liens).
Elle va plus tard dans un langage symbolique
évoquer les différentes demeures du Château de l'âme,
que peut parcourir celui qui se risque à l'aventure avec Dieu en sa relation trinitaire,
en écho à cette parole de l'Évangile :
«… nous viendrons en lui et nous ferons chez lui notre demeure ». (Jean 14,23)

Spiritualité de Thérèse

Il y a d'abord les trois grâces de Thérèse, que nous découvrons
dès le récit de sa conversion :
« il y a la grâce d'être visité par Dieu, celle de pouvoir le reconnaître, et celle enfin de pouvoir le dire ».
Pour cela il faut Lui offrir un espace dans son coeur par la pratique de l'oraison,
qui n'est autre qu'un « commerce d'amitié avec Lui ».
Ce qu'elle va traduire sous forme de conseils
à des débutants par ces simples mots :
« mettez-vous en sa Compagnie, regardez Le, il vous dira de quoi lui dire ».

Il y a ce que nous avons à entreprendre, se mettre en présence de la Présence,
Le contempler et découvrir finalement que c'est Lui qui a l'initiative.
Il nous précède.
C'est Lui qui désire bien plus notre compagnie que nous ne désirons la sienne,
c'est Lui qui nous dit à l'oreille que nous sommes précieux à ses yeux,
et l'Esprit se joint à notre esprit pour Lui parler.

Chemin inexploré de l'intériorité

Enfin s'il faut commencer le chemin,
c'est pour nous permettre de découvrir ce chemin inexploré
de l'intériorité, comme le lieu secret de notre existence.
« Si j'avais compris comme je le fais maintenant, que dans ce petit
palais de mon âme habitait un si grand Roi ».
Cette brève confidence préfigure ce qu'elle va
écrire dix ans après, en quelques mois,
dans un des temps les plus agités de la réforme, avec pour
elle-même des migraines et beaucoup de contretemps.
Le livre des Demeures, ce traité de l’âme et de l'oraison, s’il s’inscrit dans
la longue tradition socratique et spirituelle du « connais-toi toi-même»,
se déplace dès le départ pour répondre à deux questions fondamentales :
« Qui d’autre habite en toi ? » et quand tu pries « A Qui parles-tu ? » .
L’âme devient le lieu d’une hospitalité
à la fois ascétique et mystique qui fait place à l’Autre.
Précisons ce qu'il nous faut entendre par « ascétique et mystique ».
Cette habitation de Dieu, selon une symboliqueignace therese
qui est celle de fiançailles et des épousailles,
n'est pas une mystique de l'évasion, elle nous
conduit vers les autres, vers ce qu'elle appelle les « oeuvres ».
Nous en avons un bel exemple dans ce qu'elle nous dit dans la V ème demeure :
« Quand je vois les âmes s’adonner diligemment à
examiner leur oraison, si encapuchonnées qu’elles n’osent ni
bouger, ni détourner leur pensée pour éviter qu’un peu de
leur plaisir et de leur ferveur ne se dérobe, j’en conclus qu’elles
comprennent bien mal par quel chemin on atteint l'union, et
qu’elles pensent que toute l’affaire se réduit à cela.
Mais non, mes soeurs, non : le Seigneur veut des oeuvres ;
si tu vois une malade à qui tu puisses apporter
certain soulagement, peu doit t’importer de perdre cette ferveur;
si elle souffre, souffre toi aussi ; et si c’est nécessaire, jeûne
pour qu’elle mange à ta place [...] Telle est la véritable union avec Sa Volonté »

Et un plus loin, reprenant ce qu'elle avait déjà
amorcé dans le chemin sur la chute du « point d'honneur »
elle dira d'une manière incisive :
« si tu entends vivement louer une personne, réjouis-toi beaucoup
plus que si on te louait toimême.
C’est facile, à la vérité, car l’humilité, si elle existe, serait
plutôt peinée de s’entendre louer.
Mais nous réjouir qu’on reconnaisse les vertus de nos soeurs
est une grande chose, de même que, si l’on voit en l’une d’elles
un défaut, le déplorer comme s’il s’agissait de nous-mêmes, et le cacher ». (§10)

Enfin au coeur de la communion mystique la plus profonde :
Dieu reste Dieu et l'homme reste l'homme ; il n'y a pas de fusion,
contrairement à ce qui est proposé dans certaines mystiques
unitives où l'union à Dieu se vit dans l'absorption de l'homme par le divin.
Elle pourra dire dans la VIIème Demeure en une simplicité
et une clarté étonnante :
« notre Dieu de bonté veut que les écailles des yeux de l'âme
tombent enfin, pour qu'elle voie et comprenne par un mode extraordinaire
quelque chose de la faveur qu'il lui accorde.
Les trois personnes de la Très sainte Trinité se communiquent alors à elles,
lui parlent et lui donnent l’intelligence et ces paroles par
lesquelles Notre Seigneur dit dans l’Évangile qu’il viendra dans l'âme
qui l'aime et qui garde ses commandements ».

Thérèse se donne à lire

Si Thérèse écrit comme elle parle, elle se donne à lire,
en ce temps où l'imprimerie va permettre que les livres puissent
se diffuser dans la culture des temps modernes.
Les premiers lecteurs sont ses confesseurs,
mais les véritables destinataires sont en fait ses soeurs et ses
contemporains et nous encore aujourd'hui.
Nous pouvons à ce sujet rappeler la découverte d'Edith Stein (1891-1942).
Pendant l'été 1921, au coeur de sa quête de vérité, elle trouve chez
une amie l'autobiographie de Thérèse.
Elle la lut toute la nuit.
« Quand je refermai le livre je me dis : ceci est la vérité ».

Ajoutons encore une autre chose étonnante. Face à un apprentissage
théologique réservé aux clercs, face à un monde qui n'est
plus perçu comme « parler de Dieu »,
des mystiques (Thérèse, Jean de la Croix, Ignace de Loyola)
vont reprendre la parole pour parler au nom d'un Autre.

Parler au nom d'un Autre, c'est d'abord faire l'expérience, pouvoir
la mettre en mots, et accepter que l'énonciation puisse prendre des années.
Et de fait, quelques dates vont jalonner son travail d'écriture.
En 1562 elle écrit "'la Vida", et pendant que des confesseurs examinent son
livre, elle écrit pour ses soeurs, à leur demande,
le "Chemin de la perfection".
Puis en 1573 c'est le livre "Les fondations" et en 1577 celui des "Demeures",
sans parler de ses nombreuses lettres.

Mais d'où lui vient cette inspiration ?
Au moment où l'inquisition vient interdire les livres
en castillan, elle entendra son Seigneur lui dire « on pourra
bien t'enlever tous les livres, on ne pourra t'enlever les paroles
qui viennent de mes lèvres ».
Et voilà qu'un miracle se produit :
Thérèse devient livre.

Originalité d'Ignace

Si Thérèse dévoile ce que Dieu fait en elle, Ignace à l'inverse
sera très discret sur sa vie.
Il ne livrera des détails sur sa conversion et son itinéraire qu'au terme
de sa vie, sous forme d'un testament, à la demande de ses compagnons (Le Récit).
Quelle est son originalité ? Il est entièrement tourné vers la pédagogie,
celle d'« aider les âmes », c'est-à-dire « aider une liberté à grandir dans la foi et l'amour ».

Ou encore, comme le rappellent les premières annotations des Exercices spirituels.
« Pour écarter ce qui fait obstacle, afin de chercher et trouver Dieu dans la disposition de sa vie ».
Il dévoile l'ascèse laissant « le Créateur et Seigneur se communiquer lui-même
à l'âme fidèle, l'enveloppant de son amour et sa louange ».

Si Thérèse comme Jean de la Croix nous propose un itinéraire
spirituel à travers la symbolique du Château ou de la Montagne,
Ignace lui, nous propose une « sortie de nous et de notre vouloir propre »,
pour que le désir de Dieu et le désir de l'homme puissent se rejoindre.

Pour cela il nous propose cette « école du coeur »
que sont les Exercices spirituels,
pour vivre ensuite ce projet audacieux, vivre en plein monde l'union à Dieu.
Il s'agit, selon la formule des premiers compagnons, « être contemplatifs en action »,
ou ce que les chartreux de Cologne rappelaient à saint Pierre Favre,
« ce que nous vivons au plus profond de notre chartreuse, vous avez à le vivre en plein monde ».
Léo Scherer s.j.
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