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suivre ses parents mutés, ou non ?

A 14 ans, on est toujours en train de chercher les limites, de tester le monde des adultes et leurs réactions. C’est en tout cas ce que je fis lorsque je demandai effrontément à ma mère, en présence de ma petite sœur de 3 ans ma cadette :
« - Ça t’embêterait bien Maman, si je fumais, hein ? »
Je me souviens encore de sa réponse.
 « - Non, Matthieu. Cela ne m’embêterait pas. Cela me rendrait triste, évidemment parce que tu sais que c’est mauvais pour la santé, que ça coûte de l’argent et que je pense que tu peux faire un meilleur usage de ton argent de poche. Mais si c’est ton choix, je le respecte. Je te demanderais juste de nous respecter en retour et de ne pas fumer à la maison. Ni dans la rue, c’est vulgaire. »
Je n’ai jamais fumé de ma vie.

Pour autant que je me souvienne, mes parents ont plus essayé de me guider dans mes choix que de me les dicter. Je crois que la dernière fois que j’ai « bataillé » avec mes parents, je devais avoir 10 ans. J’étais en CM2. J’apprenais l’anglais à l’école. Et je revenais tout juste d’un échange de 3 semaines au Etats-Unis. Alors vraiment, je ne comprenais pas l’acharnement que mes parents mettaient à me convaincre de prendre « allemand première langue » pour la rentrée de Sixième.

Mais mes parents sont comme cela. Ils auraient très bien pu m’inscrire directement dans une classe « allemande » et invoquer je ne sais quelle raison obscure pour m’expliquer pourquoi j’atterrissais dans une classe germanophone. Mais non. Mes parents ont toujours préféré la vérité et l’honnêteté quitte à ce que je ne décide pas ce à quoi ils aspiraient pour moi. Ils souhaitaient que je fasse Allemand mais ils ne souhaitaient pas me l’imposer. Alors, j’eus droit à une longue soirée de palabres et d’argumentations. Mon grand frère et mes grandes sœurs se joignirent à nous. « Les classes sont meilleures ». « L’Allemand, c’est difficile au début, mais après c’est super facile ; l’anglais c’est l’inverse. » « Tu connais déjà l’Anglais et tu le reprendras dans deux ans… »
Au final, j’ai choisi de faire « allemand première langue »… Non sans arracher l’engagement de mes parents que je pourrais changer en 4ème.

Tous mes choix de vie, je les ai fait moi-même.

Bien évidemment, je ne parle pas ici de choisir entre chemise rose ou T-shirt gris. Je parle des choix qu’un enfant, un adolescent doit faire alors qu’il construit sa personnalité. Comme décider de fumer ou pas. Comme décider de porter à 16 ans un appareil dentaire ou pas (je n’en ai jamais porté, malgré l’insistance du dentiste). Ou comme décider, à 16 ans, de rester vivre en France alors que ses parents partent vivre en Angleterre.
J’étais en classe de Première, mes parents nous ont annoncé à ma petite sœur et à moi que mon père était muté en Angleterre, qu’il partait y vivre et que nous le rejoindrions une fois notre année scolaire terminée.
Je n’étais pas trop emballé par cette perspective. Ironiquement, j’avais fait « allemand première langue », j’étais nul en anglais et je n’avais jamais aimé déménager. Je n’avais pas aimé déménager à 11 ans.  Je n’avais pas aimé déménager à 13 ans. Je n’avais pas envie à nouveau de déménager, de perdre une fois encore mes amis. Et puis, il ne s’agissait pas cette fois-ci de changer de ville ou d’arrondissement, mais de changer de pays, de langue. Tout cela à un an du bac. Et la perspective d’être au Lycée Français de Londres ne me rassurait guère. Partir à Londres, passer le bac pour ensuite revenir en France, dans un an, continuer mes études. Quel intérêt pouvais-je avoir à faire cet aller-retour France Angleterre ? Ne serait-il pas possible que je reste dès maintenant en France ? De toute façon, je serai seul en France dans un an. Il ne s’agit que d’anticiper cette situation.  Nous avons discuté ensemble de tout cela.
Mes parents ont entendu mes craintes, mes interrogations. Et une nouvelle fois, plutôt que de m’imposer leur choix, ils ont estimé que j’étais suffisamment mature pour décider par moi-même ; même si cela signifiait trouver une solution afin que je reste seul en France. Ils m’ont simplement demandé de ne pas trainer dans ma réponse au vue des conséquences matérielles de celle-ci. Mais j’avais besoin d’un petit peu de temps. J’avais besoin d’avoir l’avis d’autres personnes. Bien évidemment mes parents m’avaient fait part de leur position, de la chance que cela pouvait représenter pour moi de découvrir un nouveau pays, d’apprendre l’anglais (après tout, je n’avais pas fait anglais première langue…).
Mais j’avais besoin de confronter mes craintes et les arguments de mes parents aux dires d’autres personnes… adultes. L’avis de mes amis ne comptait guère : pour eux, il semblait acquis que je partais vivre en Angleterre puisque mes parents y déménageaient. J’en ai parlé avec mon professeur d’anglais. Mais forcément, son avis était biaisé : australien installé depuis peu en France, il ne pouvait que me vanter le fait de vivre dans un autre pays et surtout le bien que cela ferait à mes notes en anglais. C’est en tout cas ce que j’ai cru comprendre de son message. Il était presque aussi mauvais en français que moi en anglais. Je me souviens aussi d’en avoir parlé à mon professeur principal dont l’avis comptait pour moi. Il trouva la démarche étonnante (je venais lui demander son avis sur une question de choix personnel, extra-scolaire) mais il accepta de prendre un peu de temps pour en discuter avec moi. Il me conseilla de partir en Angleterre, non pas parce que mes parents y allaient mais parce qu’ils avaient raison de dire que c’était une formidable expérience et qu’il fallait que je prenne cela ainsi.
En l’écoutant parler du bien nécessaire de se remettre en question et de savoir prendre des risques mesurés, je me rendais compte qu’au fond de moi ma décision n’avait jamais vraiment été de rester en France mais qu’il me fallait du temps pour que j’accepte pleinement cette décision, que je me convainque que j’avais fait mon choix, que c’était bien le mien, que j’en avais bien mesuré le pour et le contre et que je ne subissais pas une situation familiale qui s’imposait à moi.

Le soir de la discussion avec mon professeur, je suis rentré annoncer à mes parents que j’acceptais de les suivre à Londres mais que je leur demandais deux conditions afin que leur choix d’aller vivre à Londres soit aussi un peu le mien : ne pas vivre dans un environnement francophone et ne pas avoir la télévision française. Après tout, il était temps que je me mette vraiment à apprendre cette langue qui me fuyait depuis que j’avais 10 ans.
 Matthieu
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