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sourires de Paques, faces de carême

Sourires de Pâques, faces de carême
 
J’avoue. C’est un péché de convoitise.
En entrant dans l’église, pour la messe, je forme souvent – presque toujours - des vœux
pour être désigné « distributeur » d’eucharistie, aux côté du prêtre.
Besoin de me montrer ? Zèle apostolique ? Non, gourmandise.

La table du Seigneur est pour moi un festin de visages.
Cortège d’amis et d’inconnus donnés à contempler, le temps si bref de l’hostie tendue, de la coupe avancée. Eglise en marche. Corps auquel je me nourris.
Voici Emmanuel, mon copain, naguère, de conseil pastoral.
Je voudrais lui parler, demander des nouvelles de ses enfants.
Je prépare déjà ma phrase. Il prend le pain sans un mot.
Mais avec un regard si intense. Voici Paul, pour qui, dans cet instant de face à face,
je réentends  les paroles dures de l’autre jour à la sortie de l’église.
Il m’avait traité – oui – de con parce que je ne votais pas comme lui.
Me voilà dans le ressentiment alors que j’offre le pain du pardon…
Voici Thérèse dont j’ai bien connu le mari disparu il y a deux ans.
Ai-je pris de ses nouvelles ? Fort peu. Ses yeux ne me disent rien d’un reproche, au contraire.
Assemblée d’amis et de pécheurs. On peut laisser son excédent de bagage et de culpabilité à la consigne.

Heureux les invités au repas du Seigneur ? Pas tous.
Il y a des sourires de Pâques et des faces de Carême. Ceux qui ne lèvent pas le nez.
Qui chipent l’hostie comme à bout de patience. Les enfermés.
Les accablés par la vie. Les effacés. Les absents.
Et quand le découragement me prend, le sourire aux yeux d’enfants de ce vieux monsieur
à collier de barbe blanche qui le fait ressembler à un nain de Blanche Neige ! Cette lumière soudaine !

Dimanche soir dernier, pour cause de soucis familiaux, j’avais décidé de me carapater dès la fin de la communion.
De rester au fond de la chapelle. Je n’avais vraiment pas prévu
ni souhaité que mon curé m’inscrive pour la distribution.
Je n’ai pas pu me défiler. Disciple réticent, invité malvenu, j’ai plus reçu,
dimanche, que bien des autres fois.

Le Seigneur nous rattrape par la manche.
Son amour ne tient pas dans nos mains.
Il dépasse notre bonne volonté.
Il déborde nos désirs et nos angles morts.
Jean François
illustration: Marie Sauve
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