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Lire la Bible - Revue N°30 - Juillet 2014

Sarah qui vous a enfantés…

Sarah qui vous a enfantés…

 
Sarah nous est connue par d’Abraham. Pourtant de Saraï à Sarah, recevant elle aussi un nouveau nom du Seigneur, elle a marché, souffert, rit, aimé… et son histoire avec le Seigneur est singulière.



 
“ Ecoutez, vous qui êtes en quête de justice, vous qui cherchez le Seigneur. Regardez le rocher d’où l’on vous a taillés et la fosse d’où l’on vous a tirés. Regardez Abraham votre père et Sarah qui vous a enfantés. ” (Isaïe 51,1-2). C’est ainsi que le prophète encourageait le peuple à la fin de l’exil.
Si nous, chrétiens, nous avons l’habitude de regarder la figure biblique d’Abraham, il n’en est pas de même de celle de Sarah. En parcourant le texte de la Genèse qui nous parle d’elle, essayons de le faire aujourd’hui.
 
Elle s’appelait Saraï …
La première fois que la Bible parle de Sarah, ce n’est pas pour elle-même, mais c’est pour nous présenter Abram : « la femme d’Abram s’appelait Saraï » (Genèse 11,29). Le mot signifierait alors « ma princesse », ce qui suggère admiration pleine de tendresse dans le cœur d’Abram pour Saraï... Et l’histoire de ce premier couple commence dans la souffrance : « Or Saraï était stérile » (Genèse, 11,30).  
 
Nous pouvons remarquer que si Dieu demande ensuite à Abram de quitter son pays, sa parenté et la maison de son père… (Genèse 12,1), celui-ci n’imagine pas un instant qu’il lui faudrait aussi quitter Saraï. Elle fait partie non de la parenté qu’il doit quitter, mais des biens qu’il emporte : « Abram partit comme lui avait dit le Seigneur, et Lot partit avec lui (…) Il prit sa femme Saraï, son neveu Lot, tout l’avoir qu’ils avaient amassé et le personnel qu’ils avaient acquis à Harân ; ils se mirent en route… » (Genèse 12, 4-5). Contrairement à Lot, Saraï ne semble pas avoir eu sa part dans la décision de partir. Elle fait seulement partie de la liste des gens et des choses qu’Abram emporte avec lui. Avec lui elle est partie sur la route à destination mystérieuse ; elle se laisse conduire, et tout porte à croire que le Seigneur Dieu d’Abram est aussi le sien.
 
La femme était très belle…
En poursuivant notre lecture, nous apprenons ensuite quelque chose d’important : Saraï est belle, très belle !
 Si, dans le récit de la création, il est dit que ce que Dieu crée est vraiment « bon », c’est à Saraï qu’il revient d’introduire la beauté dans le texte biblique. C’est aussi la première fois qu’Abram lui adresse la parole, même si l’histoire n’est pas glorieuse pour lui :
« Abram dit à sa femme Saraï ; ‘Vois-tu : je sais que tu es une femme de belle apparence. Quand les Egyptiens te verront, ils diront ‘c’est sa femme’ et ils me tueront et te laisseront en vie. Dis je te prie que tu es ma sœur, pour qu’on me traite bien à cause de toi et qu’on me laisse en vie à cause de toi. De fait, quand Abram arriva en Egypte, les Egyptiens virent que la femme était très belle (…) la femme fut emmenée au palais de Pharaon. Celui-ci traita bien Abram à cause d’elle…» (Genèse 12, 10-14).  Le même mensonge se renouvellera avec Abimélek (Genèse 20).
Les commentateurs se sont interrogés sur cette « beauté » de la vieille Saraï : Comment l’imaginer si « belle » que Pharaon la convoite dans son harem ? C’est, dit un commentaire juif que sur elle repose la Shekinah, la beauté de Dieu…
 
Abram avait bien calculé son coup : sa femme (dite sa « soeur ») étant dans les bras de pharaon, il est choyé par celui-ci et comblé de biens… Mais alors que va-t-il arriver? En frappant pharaon et sa maison « de grandes plaies », le Seigneur fait comprendre qu’il n’est pas d’accord. Sans que cela soit dit explicitement, Saraï peut sentir là combien le Dieu d’Abram est aussi le sien, celui qui la libère et lui permet de retrouver son Abram bien-aimé.
 
Stérile
Avec le chapitre 16 de la Genèse, Saraï prend les choses en mains. L’auteur biblique vient de raconter la vision qu’Abraham a reçue : contre toute espérance, le Seigneur lui a promis de lui donner un héritier de son sang et une postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel… On peut imaginer que Saraï est au courant de cette vision et des paroles si consolantes entendues de la part du Seigneur. Comment cela se fera-t-il ? 
Or, « La femme d’Abraham, Saraï, ne lui avait pas donné d’enfant » (Genèse 16,1). Et bien ! cette Saraï qui se sait stérile n’en prend pas son parti : elle ne donnera pas d’enfant à Abram, mais elle va aider Dieu à réaliser sa promesse ; elle est stérile, mais pas passive. Elle va y suppléer : “Va donc vers ma servante. Peut-être obtiendrai-je par elle des enfants ” (Genèse 16,2). Ce qui compte pour elle, c’est Abram, son seul amour, et, après tout, la réalisation de la promesse du Seigneur peut passer par une autre.
Pourtant elle reste une femme blessée et humiliée. Est-ce sa faute si son cœur ne peut suivre sa générosité ? Car à la vue de la servante enceinte, et devant la faiblesse d’Abraham pour celle qui lui donne un fils, la jalousie l’emporte un jour : “ Que l’injure qui m’est faite retombe sur toi ! J’ai mis ma servante entre tes bras et, depuis qu’elle s’est vue enceinte je ne compte plus à ses yeux. » (Genèse 16,5). Elle obtient d’Abram la permission de maltraiter Hagar, la servante, qui s’enfuit au désert.
On peut penser que cette jalousie ne lui sied pas. Pourtant le Dieu d’Abram, sans oublier de consoler Hagar, prend déjà son parti, demandant à la servante de retourner chez sa maîtresse et de lui obéir.
 
Je te donnerai d’elle un fils
  Abram a maintenant un héritier, quelqu’un de son sang. C’est Ismaël… Et Saraï ? Est-elle devenue simplement encore plus vieille ? En ont-ils pris leur parti ? Ce n’est pas l’avis de Dieu. En changeant le nom d’Abram en Abraham, il renouvelle son alliance et sa promesse de le faire “ père d’une multitude de nations » Et quant à Saraï « tu ne l’appelleras plus Saraï, mais son nom sera Sarah. Je la bénirai et même je te donnerai d’elle un fils ; je la bénirai, elle deviendra des peuples, et des rois des nations viendront d’elle. ” (Genèse 17,16). 
Passer de « Saraï » à « Sarah », c’est passer de « ma princesse » à « princesse de tout un peuple ».  Maintenant ce n’est plus Abraham seulement, mais le couple qui deviendra des peuples.
 
Elle aura un fils
Jusqu’à la fameuse rencontre au lieu-dit des “ Chênes de Mambré ” (Genèse 18,1-15), l’auteur biblique nous a montré une Sarah absente de toutes les rencontres entre Abraham et son Seigneur. On parle d’elle, il est question d’elle, mais en son absence. Ce n’est pas le cas de celle-ci, ce qui est indiqué par son nom  “ Sarah ” qui y est donné dix fois, c’est-à-dire deux fois plus souvent que celui d’Abraham[1]. C’est là qu’elle reçoit, dans sa chair de vieille femme, de la bouche du Seigneur lui-même, sa dignité de jeune mère.
 
Le Seigneur visita Sarah
Elle peut rire, Sarah, et derrière elle ceux et celles qui ont toute une histoire de peine et d’amertume… une histoire d’amour et de passion. Elle a toujours vécu pour Abraham et dans son ombre. Pour lui, elle a tout accepté et tout entrepris. Elle peut rire, car le Seigneur la visite enfin …
 “ Le Seigneur visita Sarah comme il avait dit et il fit pour elle comme il avait promis. Sarah conçut et enfanta à Abraham un fils dans sa vieillesse, au temps que Dieu avait marqué ” (Genèse 21,1).
La naissance d’Isaac, joie au-dessus de toutes les joies. “ Dieu m’a donné de quoi rire, tous ceux qui l’apprendront me souriront ” (Genèse 21,6) chante-t-elle comme un Magnificat. Cette naissance fera-t-elle d’elle pour autant une femme douce et sereine ? Ce n’est pas ce que la Bible nous présente. Son amour possessif, violent et jaloux se partage maintenant entre Abram et Isaac. Et Dieu continuera de prendre son parti dans le couple : « Ecoute tout ce que te dit Sarah » dit-il à Abraham, « car c’est par Isaac qu’une descendance perpétuera ton nom ” (Genèse 21,12).
 
Reste une dernière épreuve, qui lui sera mortelle : c’est le moment où Abraham entend son Dieu lui demander de sacrifier leur fils… Les commentateurs du « sacrifice d’Isaac » ont souvent relevé son silence… Selon un vieux texte juif, dès qu’elle comprit ce qu’Abraham avait l’intention de faire, « elle se leva, se mit à crier et à suffoquer et elle mourut de douleur ». Comment les disciples du Christ pourraient-ils ne pas voir en Sarah l’ancêtre de Marie, depuis l’annonce par Gabriel et jusqu’à ce silence au moment du Calvaire ?
 
Sarah a aimé, elle a marché et suivi son compagnon de route sans savoir où ils allaient. Elle a combattu. Elle a souffert. Elle a aimé et protégé son époux et son fils. Elle n’a pas eu de grandes visions, nous ne savons même pas qui était Dieu pour elle, si elle a su l’aimer et le prier… C’est pourtant cette Sarah dont l’auteur de l’épître aux hébreux célèbre la foi, au même titre que celle d’Abraham : « parce qu’elle estima fidèle celui qui avait promis » (Hebreux 11,11).
 
Marie-Amélie le Bourgeois
Sœur de Sainte-Ursule
 
 
 
 
 
 “Le livre de Sara”, Jean Vanel, coll. Lire la Bible N° 67, Paris 1984
 
« Saisis par Dieu : petit guide spirituel », Marie-Amélie Le Bourgeois, ed Bayard, coll. Christus, oct 2005, voir en particulier le chapitre "Dieu a visité Sarah" p 23 à 35.


[1] Ce comptage, qui se fait facilement sur le texte hébreu,  ne peut malheureusement pas se faire toujours dans les traductions françaises qui ont parfois remplacé la répétition du prénom par un pronom.

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