Actualités
Archives de la revue

Recherche détaillée >
À faire, à voir
Retrouvez-nous sur
Facebook et Twitter !
La Communauté de Vie Chrétienne
www.cvxfrance.com
Centre spirituel du Hautmont
www.hautmont.org
Saint Hugues
www.sainthugues.fr
Contrechamp - Revue N°29 - Mai 2014

Renouveler la politique ?

 

Renouveler la politique ?

Comment donner sa juste place à la politique ? quelles causes au discrédit de la politique ? Quelles vigilances devraient avoir chaque homme politique et chaque citoyen ? C’est en répondant à ces questions que Jean-Baptiste de Foucauld dégage des pistes pour raviver la politique et notre engagement.
 
<iframe src="https://onedrive.live.com/embed?cid=F6290575E619A49C&resid=F6290575E619A49C%21434&authkey=AJ_STsGMRfu4tUE" width="170" height="256" frameborder="0" scrolling="no"></iframe>
 
Rien n’est plus difficile que de donner sa juste place à la politique. Tantôt, elle soulève des espoirs démesurés, tantôt elle déçoit et l’on s’en détourne, laissant ainsi le champ libre aux extrémistes, aux démagogues et aux opportunistes. Un juste discernement s’impose : la politique, en tant que déterminante des règles de fonctionnement de la collectivité, en tant qu’organisatrice des projets collectifs, est une dimension important de la vie en société. Cela doit être reconnu. Mais la politique  ne doit pas tout accaparer, elle doit laisser vivre les corps intermédiaires et respecter les personnes. Tout, d’une certaine façon, est politique, mais la politique n’est pas tout.
Il faut donc s’intéresser à la politique, comme lieu de détermination du bien commun. Mais l’intérêt pour la politique a du mal à être désintéressé. Le désir de pouvoir s’y glisse facilement, et pourrait-on dire nécessairement, bien que subtilement, là où le désir de service devrait prévaloir. La bataille pour le pouvoir, les compromis inévitables, les alliances nécessaires, la difficulté à faire valoir ses convictions et l’obligation d’une éthique de responsabilité obligent souvent à des reculs, à des compromissions, qui sont sources de déceptions.
Inter : Pas de fatalité de la médiocrité
La politique peut apparaitre ainsi comme le lieu du machiavélisme ordinaire, avec ses règles propres, ou la conquête et l’exercice du pouvoir deviennent des buts en soi, de plus en plus détachés de son contenu. Cette tendance à la médiocrité de la politique, qui contraste violemment avec les espoirs qu’elle suscite n’a pourtant rien de fatal : le « grand homme », selon Max Weber y échappe, car il est au service d’une grande cause, il dispose du « coup d’œil et de la distance », et il sait équilibrer éthique de conviction et éthique de responsabilité ; « l’honnête homme » peut aussi accéder aux responsabilités en raison de sa compétence, parce qu’il est appelé par le prince qui a besoin de lui, ou dans situations de crise où le personnel politique en place est balayé (le cas Vaclav Havel * 1). Quoiqu’il en soi, l’intérêt pour la politique, l’engagement politique, impliquent une vigilance spirituelle particulière. Celle-ci devrait être soigneusement organisée et reposer tant sur un travail intérieur personnel que sur l’aide désintéressé d’un groupe de pairs et d’amis. Pour parer aux risque propres à l’action politique, il faut s’armer intérieurement, on ne peut s’en tenir aux contre-pouvoirs extérieurs, aux « check and balance » comme le proclame la théorie standard.
Inter : les causes du discrédit
Ces précautions affirmées, le discrédit dont souffre la politique aujourd’hui tient à plusieurs causes : la fin des idéologies, qui, certes,  ont déçu, mais mobilisaient efficacement avec des repères et  des mots d’ordre simples ; la difficulté des différents gouvernements à résoudre les problèmes les plus urgents de nos sociétés, comme le chômage, et à faire face à l’accumulation probablement exagérée des multiples demandes sociales ; le manque de leadership des élites, peut-être leur désintérêt de fait  pour les problèmes réels des gens ;  la multiplicité des niveaux d’intervention du politique (local, national, européen, mondial) qui, ajoutés à la complexité intrinsèque des sujets, peut donner un sentiment d’impuissance.
Pourtant, ce sont ces raisons mêmes qui rendent nécessaire une réhabilitation du politique. En premier lieu, chaque génération doit revisiter son rapport avec la démocratie, la comprendre en profondeur. Il ne faut pas s’habituer à la démocratie. La croire bien installée, c’est l’affaiblir. La démocratie est un référendum permanent, car c’est un régime fragile, qui donne la parole à ses ennemis. C’est sa valeur, sa grandeur et sa force, mais c’est aussi sa faiblesse. Elle a besoin d’être soutenue, revisitée en permanence, réactivée en fonction des problèmes de l’heure. Aujourd’hui, nos démocraties sont en risque, plus qu’elles ne le croient. Ce n’est donc pas le moment de les déserter.
En second lieu, nos sociétés sont confrontées à des questions considérables qui peuvent les mettre en échec. Pour faire bref, comment allons-nous résorber simultanément ce que Patrick Viveret appelle les trois dettes : la dette financière, la dette sociale, celle du chômage et du déficit des régimes sociaux, et la dette écologique qui est reportée sur les générations futures ? Et saurons-nous faire émerger l’Union européenne pour en faire un acteur efficace et responsable, capable de contribuer à une régulation de la mondialisation moins soumise au pouvoir de l’argent ?
Inter : nouvelles formes d’engagement
Ce cahier des charges requiert à l’évidence de nouvelles formes d’engagement, car ces questions sont difficilement solubles sans un changement de posture vis-à-vis de la politique. Celle-ci ne peut se contenter d’agir d’en haut, mais doit pratiquer l’éthique de la discussion pour co-construire avec les citoyens. Le changement doit se faire simultanément à trois niveaux, celui des comportements personnels, celui des fonctionnements de toutes les organisations qui structurent la vie économique, sociale et politique, celui des institutions et politiques publiques enfin.
C’est ce que nous essayons d’articuler dans les engagements du Pacte civique[1]. Une sobriété créative, juste, et fraternelle doit se substituer au « toujours plus » et doit constituer l’objectif. Tout cela suppose un fort renouvellement de la classe politique, qui a besoin de forces nouvelles et doit être aidée en cela par la limitation du cumul des mandats et, enfin, l’adoption d’un véritable statut de l’élu. Voilà des tâches passionnantes, politiques, mais pas nécessairement partisanes, qui méritent notre intérêt et nous obligent en quelque sorte à croire encore à la politique, mais en une politique elle-même à renouveler de manière assez profonde.      
 
Jean-Baptiste de Foucauld

1/ Vaclav Havel : une des figures de proue de la révolution de velours, qui met un terme au régime communiste de Tchécoslovaquie. Il est ensuite président de la République fédérale tchèque et slovaque de 1989 à 1992, puis président de la République tchèque de 1993 à 2003. Politicien atypique, souvent appelé le « président-philosophe ».



Jean-Baptiste de Foucauld, ancien commissaire au plan, il est fondateur et président de nombreuses associations, dont « Solidarités nouvelles face au chômage », « Démocratie et spiritualité » et un des principaux inspirateurs et porte-parole du « Pacte civique »
 


[1] www.pacte-civique.org
Impression Envoyer à un ami
Commentaires des internautes
Il n'y a pas de commentaire.
Réagir à cet article
Vous devez avoir un compte pour laisser un commentaire.