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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°53 - Mai 2018

Quel charisme pour la CVX ?

De 1967 à 2017, cinquante ans se sont écoulés. Peut-être le temps nécessaire pour que le charisme soit approprié par le corps de la CVX et qu'il puisse à partir de là, s'offrir. Ce sera le travail de l'Assemblée mondiale, cet été. Alors que pouvons-nous dire aujourd’hui de ce charisme ? Vers quoi il entraine la Communauté ?




La Communauté de Vie Chrétienne est à un moment de basculement de son histoire, une nouvelle naissance.


Le charisme en régime chrétien se définit comme un don qui est fait à certains pour les autres. C’est donc une réalité complexe qui demande du temps pour être approprié. Depuis sa première reception, il se déploie jusqu'à sa maturation produisant alors un fruit à donner aux autres, fruit qui doit lui aussi trouver sa forme. L’Eglise a reconnu que le chemin vécu par l'un peut devenir véritable chemin d'Evangile pour d'autres. Pendant longtemps, le lieu d’expression de la diversité des charismes dans l’Eglise a été la vie religieuse. Toutefois, le concile Vatican II a reconnu que ce don de l'Esprit peut être fait à de « simples laïcs » qui le demeurent mais qui s’associant peuvent transmettre le charisme qu’ils ont reçu. La reconnaissance de la Communauté de Vie Chrétienne en 1967 en est l'une des toutes premières attestations de cette capacité reconnue par l’Eglise pour les laïcs.

 

Enraciné dans les Exercices Spirituels
 

Durant ces cinquante ans, la Communauté de Vie Chrétienne a reçu son charisme en interne pour l’offrir aujourd’hui… Comment peut-on caractériser ce charisme ? Pour nous aider, au début des Principes Généraux qui expriment la visée de la Communauté, regardons le n° 5 : « La spiritualité de notre Communauté est centrée sur le Christ et sur la participation au mystère pascal. Elle est puisée dans la Sainte Ecriture, la liturgie, le développement doctrinal de l'Eglise, la révélation de la volonté de Dieu à travers les événements de notre temps. Parmi ces sources universelles, nous considérons les Exercices Spirituels de saint Ignace comme la source spécifique et l'instrument caractéristique de notre spiritualité ». Un charisme, c’est toujours aussi une manière de relier, entre elles, les sources universelles.

 

Alors quel est le chemin propre aux Exercices, qui se retrouve en chaque proposition ignatienne et dans ce que vivent les compagnons en communauté locale ? Durant les trente jours, le retraitant est appelé à confronter sans cesse, ce que la Parole de Dieu lui dit (contemplation évangélique) et ce qui lui vient à partir de l’examen des événements de sa vie (prière d’Alliance). De la confrontation entre ces deux sources, il éprouvera l’enjeu de vie, laissera surgir en lui une parole libre qui l’engage, discernera l’action à poser. Nous retrouvons ainsi le mouvement du contempler-discerner-agir. Ce mouvement, vécu profondément, lui donne, dans le même mouvement, de prendre plus pleinement conscience de la grâce du pardon sacramentel (fin de première semaine), du don de la Cène (fin de deuxième semaine). La source liturgique est ainsi profondément réappropriée dans la vie même du retraitant. Au terme des Exercices, le retraitant traversé par la dynamique de l’Esprit par lequel il s’est laissé guider, peut comprendre que ce même Esprit puisse conduire l’Eglise. Il peut alors s’ouvrir à l’efflorescence du développement doctrinal en son sein (règles pour sentir avec l’Eglise). Par-là, les deux sources d’ouvertures ( Parole de Dieu et lecture des signes des temps) revivifient pour le retraitant les sources identitaires (doctrine et liturgie), les remettent dans le mouvement de l’Esprit qui murmure au Seigneur : « Maranatha » (Seigneur, viens !)

 

Le charisme de la Communauté, fondé sur la réception à plusieurs du mouvement des Exercices Spirituels permet aux compagnons un élargissement de la compréhension existentielle de leur vie en devenant « Discipline, Compagnon, Serviteur », pour eux, pour la Communauté et enfin pour le monde. Ce mouvement est également vécu par la Communauté elle-même. Le déploiement de ce charisme dans la CVX a fait surgir un corps ecclésial qui a d’abord parlé de lui comme « Association », puis comme « Communauté » et, maintenant, comme « corps apostolique laïc »… Au-delà des mots, un mouvement peut se lire de l’émerveillement d’être associés (années 70), puis de percevoir que cette association donne de faire Communauté (années 80-90) et d’entendre que ce rassemblement n’est pas que pour les membres mais pour bien d’autres, mouvement sensible depuis les années 2000… 

 

Un charisme à offrir

Qu'est-ce que le charisme de la Communauté a à apporter aujourd'hui au monde et à l'Eglise?  Les grands changements actuels de notre société sont très perturbateurs et ils ont tendance à amener beaucoup de chrétiens à privilégier les sources « identitaires » : la liturgie, le développement doctrinal au détriment des « sources d’ouverture » comme celle de la lecture des signes des temps. Cette dernière fût peut-être trop exclusive dans les années 70 parmi les mouvements d’Action Catholique. Cela a amené un éloignement de la foi pour beaucoup puis la réaction, par la suite dans les années 80, vers la doctrine et la liturgie, plus rassurants. Dans ces diverses approches, la source de la Parole de Dieu peine souvent à être reçue comme telle. Elle est comme instrumentalisée par la doctrine ou la lecture des signes des temps ou bien encore la liturgie. Dans l’héritage ignatien, il est donné à tous de percevoir que la Parole parle lorsque nous prenons les moyens d’Ignace.

 

Dès lors la mission de la Communauté en ces jours n’est-elle pas de proposer à chaque chrétien de faire l’expérience que la Parole de Dieu parle, lui parle, et lui parle encore plus en la partageant avec d’autres? Alors, quelle que soit sa terre, ce chrétien vivra en lui-même une tension bénéfique entre sa source préférée, tout à fait légitime, (liturgie, doctrine, lecture des signes des temps) et la Parole de Dieu. A partir de là, pourra s’instaurer une nouvelle manière de penser l’unité non pas par réduction des tensions, mais par un dialogue véritable, sous fond de Parole de Dieu ouvrant sans cesse de nouveaux horizons, ouvrant sans cesse à une espérance renouvelée pour l’Eglise et le monde.

 

Jean-Luc Fabre s.j.

 

 

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