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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°29 - Mai 2014

Quand l’Eglise parle de la politique

 

Quand l’Eglise parle de la politique

 
L’Eglise voit dans la politique une des façons de servir le prochain, de toucher de façon large le bien commun. Mais le but de cette action politique n’est pas la charité mais la justice, rappelle Christian Mellon s.j. co-fondateur de « La politique, une Bonne Nouvelle ». Et si l’ouverture à la transcendance renouvelait les mentalités politiques et économiques…
 
           


Si l'Eglise ose parler de politique, c’est parce que cette activité humaine est à ses yeux une des manières de mettre en œuvre la ‘ charité ‘, une façon de ‘ servir le prochain ‘. Ce lien entre ‘ charité ‘ et ‘ politique ‘ est souligné dans la célèbre formule du pape Pie XI, parlant en 1927 du « champ de la plus vaste charité : la charité politique ».  
Tout chrétien est invité à servir le prochain ; mais ici il s’agit moins de se porter à son secours au cas par cas que de travailler à améliorer les ‘ institutions ‘ qui déterminent les conditions de sa vie; de son épanouissement, de ses relations, de sa créativité. Benoit XVI, pour inviter le chrétien à suivre ce qu’il appelle « la voie institutionnelle – politique aussi pourrait on dire - de la charité », rappelle qu’aucun domaine de l'existence humaine n’est étranger à l'exigence de charité, et surtout pas celui des « institutions » de la société. En effet, l’amour « est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques » (Caritas in Veritate, 2). Le pape François, dans Evangelii Gaudium (205), cite cette phrase de son prédécesseur pour affirmer à son tour que « la politique, tant dénigrée, est une vocation très noble ; elle est une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun ».
Inter : Clarifier la relation charité-justice
Si le chrétien, inspiré par la charité, s’implique dans l’action politique – au sens large : tout ce qui concerne le ‘ bien commun ‘ - il sait cependant que celle-ci n’a pas pour objet de faire régner la charité entre les hommes ! Son objet propre, c’est la ‘ justice ‘. Il faut donc clarifier les relations entre ‘ charité ‘ et ‘ justice ‘ d’une part, entre Eglise et politique d’autre part. C’est ce que fait Benoît XVI dans la deuxième partie de Deus caritas est (2005). Après avoir rappelé qu'on ne doit ni opposer ni confondre charité et justice («L’amour – caritas – sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste »), il précise que la justice est la tâche propre du politique, la charité celle de l’Eglise. Mais l’Eglise ne se désintéresse pas de la politique, puisqu’ « Elle ne peut ni ne doit rester à l’écart dans la lutte pour la justice ». Le chrétien est donc invité à s’engager dans la tâche politique – qui a pour objet la justice - en conjuguant ses efforts avec ceux de bien d’autres, croyants ou non. «La société juste ne peut être l’œuvre de l’Eglise, écrit Benoît XVI, mais elle doit être réalisée par le politique ». Une clarification opportune dans une société sécularisée, où les chrétiens ont à mener avec d’autres, animés par d’autres motivations que les leurs, le combat politique pour la justice.
C'est aux laïcs qu'il incombe d’« agir pour un ordre juste dans la société … en coopérant avec les autres citoyens ». Evêques et prêtres n’ont pas à leur dire comment faire. Leur rôle est de « former leurs consciences » (notamment par la Doctrine sociale de l’Eglise) et de réveiller leurs « forces spirituelles » pour affronter les luttes et les pousser aux renoncements parfois nécessaires, du fait que leur action devra toujours viser les véritables exigences de la justice, « même si cela est en opposition avec des situations d’intérêt personnel ».
Ce devoir de s'engager dans le service du frère par l’action politique pour rendre la société plus juste a fait l’objet, en 1987, d’un vibrant appel de Jean Paul II, dans l’exhortation apostolique sur « Les laïcs fidèles du Christ » : « Pour une animation chrétienne de l'ordre temporel (...), pour servir la personne et la société, les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la politique, à savoir l'action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir le bien commun. Les Pères du Synode l'ont affirmé à plusieurs reprises : tous et chacun ont le droit et le devoir de participer à la politique (...). Les accusations d'arrivisme, d'idolâtrie du pouvoir, d'égoïsme et de corruption qui bien souvent sont lancées contre les hommes du gouvernement, du parlement, de la classe dominante, des partis politiques, comme aussi l'opinion assez répandue que la politique est nécessairement un lieu de danger moral, tout cela ne justifie pas le scepticisme ni l'absentéisme des chrétiens pour la chose publique. »1  La définition donnée ici de l’action politique est suffisamment large pour que chacun puisse trouver la voie qui corresponde à ses goûts, ses compétences, ses disponibilités. La politique stricto sensu (militer dans un parti, briguer et exercer un mandat électif) n’est qu’une des manières de servir le bien commun par « la voie institutionnelle de la charité ».
 
Inter : Légitimité et limites du pluralisme politique
 
Si tous les chrétiens sont invités à agir en vue du bien commun, de la justice pour tous, ils peuvent légitimement diverger quant aux moyens d’atteindre ces objectifs. Le pluralisme politique des disciples du Christ est légitime. Ce pluralisme est une réalité ancienne, mais sa légitimité n’a été reconnue qu'avec le Concile. « Fréquemment, c’est leur vision chrétienne des choses qui les inclinera à telle ou telle solution, selon les circonstances. Mais d'autres fidèles, avec une égale sincérité, pourront en juger autrement, comme il advient souvent et à bon droit ». (GS 43)
Une des conséquences de ce pluralisme, c'est qu'il n’y a pas de ‘ politique chrétienne ‘. Il y a en revanche une « pratique chrétienne de la politique », pour reprendre l’expression popularisée par un célèbre texte de l'épiscopat français, en 1972. Ce pluralisme n’est pas sans limites : à l’occasion de chaque grande échéance électorale, l’épiscopat français rappelle – sans donner d’indication de vote – les points sur lesquels tout fidèle du Christ est invité à peser les enjeux de son choix pour ne pas soutenir des mesures ou des idéologies contraires à l’Esprit de l’Evangile.
 
Si nous sommes en proie au scepticisme ou au découragement vis-à-vis de la politique, que ces quelques lignes du pape François nous aident à y résister :
« Je prie le Seigneur qu’il nous offre davantage d’hommes politiques qui aient vraiment à cœur la société, le peuple, la vie des pauvres ! Il est indispensable que les gouvernants et le pouvoir financier lèvent les yeux et élargissent leurs perspectives, qu’ils fassent en sorte que tous les citoyens aient un travail digne, une instruction et une assistance sanitaire. Et pourquoi ne pas recourir à Dieu afin qu’il inspire leurs plans ?
Je suis convaincu qu’à partir d’une ouverture à la transcendance pourrait naître une nouvelle mentalité politique et économique, qui aiderait à dépasser la dichotomie absolue entre économie et bien commun social. » (Evangelii Gaudium, 205)
 
Christian Mellon sj
 

Christian Mellon sj : Responsable du pôle formation du Ceras, spécialiste en éthique des relations internationales, Paix et Conflits, des rapports entre foi, éthique et politique. Co-fondateur de l’association « Politique, une Bonne Nouvelle », il intervient au Cised.
www.ceras-projet.com
www.politiquebonnenouvelle.eu
 
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