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Ecole de prière - Revue N°17 - Mai 2012

Prier avec mon intelligence

Dans Voir tout en Dieu, chercher Dieu en tout , Jean-Claude Dhôtel nous introduit à une méthode pour « que tout devienne prière », en l’appliquant à la mémoire, l’intelligence, la volonté, facultés chères à saint Ignace. Nous avons souhaité revisiter ces textes en une série de trois volets. Dans ce deuxième volet, Jean-Claude Dhôtel nous introduit à une manière de prier avec son intelligence.

« Je veux prier aussi avec mon intelligence... » C'est saint Paul qui écrit cela, en expliquant que l'intelligence ne retire rien d'une prière qu'elle ne comprend pas, où, par conséquent, elle n'a pas à s'exercer (1 Corinthiens 14, 15). Il est vrai que saint Paul était intelligent, cer­tains même le qualifieraient d' « intellectuel », avec la nuance un peu péjorative qu'on met ordinairement sous ce terme. Et on oppose à sa déclaration l'attitude du vieux paysan rencontré par le curé d'Ars : « Je l'avise et il m'avise... » ; ou la vieille femme qui égrène son cha­pelet, bien droite sur son prie-dieu ; ou le « ravi », toujours en bonne place, tout près de l'Enfant Jésus, dans les crèches provençales... ; ou saint Paul lui-même, « enlevé au paradis », incapable de redire les paroles qu'il a entendues (2 Corinthiens 12, 4).
La prière n'est-elle pas en effet le silence de la rencontre ? Ne cul­mine-t-elle pas dans l'adoration où l'esprit se perd là où il n'y a plus de mots ni de discours ?
Heureux qui arrive à ce terme, pourvu qu'il sache redescendre et retrouver les hommes et lui-même. C'est le moment de grâce où l'esprit ne cherche plus à comprendre parce qu'il est pris, où il ne tente plus de saisir, parce qu'il est lui-même saisi. Encore faut-il, dans l'espérance de ce terme, humblement, humainement, s'y acheminer. Dans la double démarche, celle de l'aller et celle du retour, l'intelli­gence de celui qui prie peut et doit s'exercer. Et elle s'exerce dans sa double fonction : comprendre et juger.

Comprendre les signes

Passés au crible de l'intelligence humaine, les textes de l'Écriture se répartissent en deux catégories : ceux qui paraissent trop simples et ceux qui sont obscurs. D'un côté, la majeure partie des Synoptiques ; de l'autre, la majeure partie de saint Jean et de saint Paul. Avec les seconds du moins, on sait qu'il faut chercher à comprendre, même si l'effort n'est pas couronné de succès. Mais que faire avec les premiers, avec ces textes d'Évangile tellement connus, tellement limpides ? On se trouve « tout bête » devant eux. On se met à disséquer le texte, à le presser comme une orange, à se creuser la tête, à se demander : « Qu'est-ce que je vais bien trouver de nouveau pour me donner l'air d'être intelligent ? » L'ennui dans la prière naît souvent de ce qu'on n'y trouve plus rien de nouveau.

Est-ce bien de cette manière que doit s'exercer l'intelligence de celui qui prie ? « Intelliger », si le verbe était français, voudrait dire relier les choses par l'intérieur, relier ce qu'on sait à ce qu'on découvre, et comprendre, c'est-à-dire prendre ensemble le tout. Le texte isolé ne suffit pas. Une page d'Évangile, prise isolément, risque d'être interprétée dans un sens aberrant, si elle n'est lue et méditée à la lumière de la foi qui est un tout. Une page d'Évangile, c'est un signe qui nous est fait et qui renvoie à autre chose. Eh bien, le travail de l'intelligence dans la prière consiste à relier ce signe à la réalité, une réalité que nous n'avons pas à inventer par l'activité de notre génie créateur, mais qui nous est donnée et que nous avons à recevoir. Dire que l'intelligence doit être humble, ce n'est pas la minimiser. C'est lui permettre au contraire d'avancer. C'est l'humilité de l'enfant qui demande « Pourquoi ? »

La préface de Noël

Un exemple, suggéré par le temps liturgique, devrait éclairer cette démarche. En célébrant le mystère de l'Incarnation, la Préface du temps de Noël rend grâce pour cette lumière nouvelle qui nous est donnée par la naissance de Jésus : « Maintenant, nous connaissons en lui Dieu qui s'est rendu visible à nos yeux, et nous sommes entraînés par lui à aimer ce qui demeure invisible ». Essayons de voir, dans l'évangile de Noël, comment l'intelligence de celui qui prie peut être ainsi conduite, si elle se laisse conduire, à partir du visible, à aimer ce qui est invisible.

Regardons ce qui est : « Un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche » (Luc 2, 11-12). Si le spectacle nous est trop familier, si nous ne voulons pas nous faire un cœur et des yeux d'enfants, alors, il est bien probable que la prière tourne court. Et ce n'est pas intelli­gent ! Un enfant est plus perspicace. Il regarde, il s'émerveille... et puis, il se retourne vers ses parents et demande : « Pourquoi ? » Si, à chaque fois que nous prions sur une page d'Évangile, nous avions ce réflexe de nous demander « pourquoi ? », il est sûr que nous irions de clarté en clarté et que les textes les plus connus et les plus limpides nous découvriraient des tas de choses nouvelles.

À une condition cependant : que nous ne fabriquions pas la réponse nous-même, qu'elle nous soit donnée. Autrement, il y a toute chance que nous nous engagions sur des fausses pistes. En effet, nous venons à la prière avec ce que nous sommes, notre tempérament, nos préju­gés. Et nous aurions tôt fait d'y appliquer notre intelligence et, par suite, d'interpréter l'Évangile à notre manière.

Bien des attitudes crispées et bien des refus douloureux s'expli­quent par des erreurs d'interprétation. On isole une page ou deux, une parole du Christ, qui devient une citation, et on la brandit comme une arme ou bien on s'y heurte violemment : « ce qui est demandé là est impossible ! », oubliant que l'Évangile est une Bonne Nouvelle.

Pour recevoir ce sens ultime, il faut écouter la Parole de Dieu qui nous le révèle. Il faut lire l'évangile de Noël à la lumière d'autres textes qui l'éclairent, en demeurant disponibles pour écouter l'ensemble de la Révélation qui est contenu en lui. Les Béatitudes en premier lieu. Et saint Paul, traduisant ce mystère : « Lui qui était de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même prenant la condition d'esclave et devenant semblable aux hommes » (Philippiens 2, 6-9). Révélation qui nous conduit au mystère de Jésus, Fils du Père, dont la crèche est le signe. Que de fois, dans saint Jean, Jésus ne répète-t-il pas que le Fils ne dit rien, ne fait rien, qu'il n'entend dire ou ne voit faire par le Père. C'est cela, la pauvreté de Noël. Le dénuement n'est qu'un signe qui pourrait être trompeur si nous lui donnions le sens exclusif d'une complaisan­ce dans la misère et, à la limite, d'un orgueil de posséder la pauvreté.

Ce que révèle cet évangile, éclairé par tout l'Évangile, c'est en définitive la pauvreté de Dieu. Le Fils n'est rien sans le Père, le Père n'est rien sans le Fils, l'Esprit n'est rien sans le Père et le Fils puis­qu'Il est leur amour commun. Mais leur pauvreté, c'est de donner tout. De se donner, sans rien retenir, l'un à l'autre ; de se donner, sans réser­ve, à l'humanité.

Il faut peut-être se laisser ainsi conduire, à partir du mystère visible de la crèche, jusqu'au mystère invisible de la vie intime de Dieu, pour comprendre dans sa plénitude l'évangile de Noël : « Un Sauveur est né pour vous. Vous le reconnaîtrez à ce signe : un nouveau-né enve­loppé de langes et couché dans une crèche. » (Luc 2, 11-12)

La prière de l'Église

Nous avons d'autant moins de risque de nous égarer, en laissant ainsi conduire notre intelligence, que l'Église prie de la même maniè­re. Elle croit que le Christ est venu pour faire de nous des fils et donc, nous donner, en son Esprit, « accès auprès du Père » (Ephésiens 2, 18). « La preuve que vous êtes des fils, dit saint Paul, c'est que l'Esprit en per­sonne se joint à notre esprit, pour crier : Père ! » (Galates 4, 6 ; Romains 8, 15). Dans ses oraisons l'Église prie le Père, mais toujours à partir d'un mystère visible, tel événement liturgique, tel aspect de la personne du Christ ou des saints, et toujours en faisant passer sa prière « par Jésus-Christ notre Seigneur ». De même, dans les prières eucharistiques, c'est après avoir fait mémoire de la mort et de la résurrection du Christ, et après avoir invoqué l'Esprit Saint, qu'elle ose dire, en se référant au précepte du Seigneur Jésus : Notre Père...

L'intelligence humaine est discursive, son exercice est un chemine­ment qui va du plus connu au moins connu et qui rassemble, com­prend, à mesure qu'elle progresse, tout ce qu'elle a assimilé. Lorsqu'elle participe à l'activité de celui qui prie, elle ne s'exerce pas d'une autre manière. Simplement, elle se laisse conduire à la lumière de la foi. Et ce qu'elle découvre, ce n'est pas elle qui l'a construit, elle n'a fait que le recevoir. Et c'est à la fin de son « discours » qu'elle comprend que, dans toute cette démarche, elle saisissait moins qu'elle n'était saisie, elle raisonnait moins qu'elle n'était conduite jusqu'à ce terme lumineux où toute entière prise, elle se tait et adore.
Elle peut alors revenir à elle-même et porter un jugement qui n'est plus le sien, mais le jugement de Dieu.
 
Jean-Claude Dhôtel, s.j.

Chapitre du livre Voir tout en Dieu, chercher Dieu en tout, devenu en 2012 dans une édition revue et augmenté Dieu au quotidien, à la manière d'Ignace de Loyola.

Voir l'article - Prier avec ma mémoire
                   - Prier avec ma volonté

Jean-Claude Dhôtel, jésuite, né à Paris en 1926 et décédé brusquement en 1992, a été permanent pendant 10 ans au secrétariat de la Communauté et de la revue Vie Chrétienne. Avec sa grande connaissance de la vie et des écrits d’Ignace de Loyola et son expérience d’accompagnateur de retraites, il a dirigé ensuite le département Spiritualité du Centre Sèvres, les facultés jésuites de Paris et formé des générations d’accompagnateurs spirituels, laïcs ou clercs.
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