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Pense aux petits chinois

Il paraît que cette rubrique relève du genre littéraire « billet d’humeur ». Puisque la Rédaction ouvre, à ma convenance, un espace d’enthousiasme ou d’indignation, pourquoi ne pas m’offrir l’âcre sensation d’une minute politiquement (c’est le mot) incorrecte ? Et pour que l’amertume ait plus de saveur, je te l’offre, à toi lecteur, que je vais consterner. Toi qu’on devine, par tes liens avec la CVX, citoyen responsable, démocrate engagé. Dans une minute, il te restera la possibilité légale d’exiger de notre revue l’apparition d’un « Droit de réponse ».
 
À chaque échéance électorale, la seule parole capable de me convaincre d’aller voter remonte du fin fond de ma petite enfance. De l’époque où jeter un morceau de pain relevait encore du sacrilège. Lorsqu’on disait à un enfant, pour le convaincre de manger tout ce qu’on lui avait servi : « Pense aux petits chinois qui n’ont rien à manger » En ce temps-là, aux heures détestées de l’endive et du salsifis - tout âge a son amertume - l’argumentation faisait mouche. Plus tard, je l’ai longtemps trouvée facile, stupide, malsaine. Presque sadique. Aujourd’hui, je la retiens avec respect. Il m’a fallu des années pour vérifier, en moi et autour de moi, que notre rapport à la nourriture dit quelque chose de notre rapport à l’humanité.
« Finis ton assiette » voulait dire : « ne va pas insulter la misère. »

Plus fade que les salsifis, le discours politique ambiant. Plus amer que l’endive, le goût que laisse le spectacle des luttes électoralistes. Comment font (toi, lecteur) ceux que cette cuisine n’éloigne pas de la chose publique, ceux que n’y perdent pas cœur ? Parmi eux, sans doute, les petits chinois, tant d’hommes et de femmes qui, à travers le monde, veulent rester debout et marcher, face au pouvoir arbitraire, à l’impudeur des nantis, face à l’oppression des plus faibles.
 
Pour moi, voter, c’est trop souvent devoir désigner le moins pitoyable des candidats. Je préférerais m’abstenir. Mais alors, quel mépris envers les peuples prêts à mourir pour quelques miettes de la liberté dont j’use et abuse en riant de nos guignols ! Eux, ne veulent pas le droit de ricaner, ils veulent celui d’agir. Si, hélas, j’arrive si mal à prendre au sérieux notre démocratie, qu’au moins mon usage de la démocratie témoigne, un tant soit peu, de mon respect des autres citoyens du monde.
 
Je sais pour qui voter. Je vais voter pour Tian’anmen.
 
Philippe ROBERT sj
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