Actualités
Archives de la revue

Recherche détaillée >
À faire, à voir
Retrouvez-nous sur
Facebook et Twitter !
La Communauté de Vie Chrétienne
www.cvxfrance.com
Centre spirituel du Hautmont
www.hautmont.org
Saint Hugues
www.sainthugues.fr
Ecole de prière - Revue N°65 - Mai 2020

Méditer à l’école d’Ignace

 

Dans notre société hyperactive, la méditation est très en vogue et les propositions de tous horizons se multiplient. Pour Ignace, la méditation est d’abord une rencontre avec Dieu, dans la prière. Elle s’appuie sur la Parole et doit conduire à poser des choix éthiques vis-à-vis d’autrui. Michel Kobik s.j. nous donne quelques clés pour la découvrir et la vivre.

Pour Ignace, la méditation est une manière de prier qui mobilise aussi bien l’intelligence que la mémoire et l’affectivité. Il la distingue de la contemplation, qui sollicite davantage l’imagination et le sentir intérieur. Quelle que soit la manière dont on s’y prend, prier consiste à s’adresser à Dieu du fond de notre humanité. Il en va ainsi pour quiconque médite à la manière ignatienne. Il vit une rencontre. Il parle et il écoute. Il se laisse atteindre par une parole qui n’est pas la sienne et il en répond dans sa propre parole. Il fait l’expérience, à l’intime de lui-même, de l’altérité qui le constitue comme sujet humain. Il ne parle pas de Dieu, il parle à Dieu. Loin de se parler à lui-même, il écoute et il parle à un autre, dont il découvre la présence vivante en lui. C’est pourquoi Ignace insiste sur la demande de grâce qui ouvre le temps de méditation. Ce n’est pas une manie d’obsessionnel ou un artifice pédagogique pour marquer le début de l’oraison. La demande de grâce ne se contente pas d’ouvrir la relation, elle la crée pour qu’elle puisse se développer en une rencontre. C’est bien ce qui se passe entre Jésus et la Samaritaine : si Jésus ne lui demande pas à boire, elle remplit sa cruche, repart en l’ignorant et la rencontre qui transforme sa vie n’a pas lieu (cf. Jean 4,7) ! Méditer à l’école d’Ignace consiste d’abord à demander pour rencontrer et, en définitive, à demander la rencontre.

Une fidélité

Si l’on veut maintenant distinguer la méditation ignatienne du point de vue de la forme, il convient de souligner sa souplesse, contrairement à la réputation de rigidité qu’elle a chez beaucoup à cause d’une connaissance superficielle des Exercices spirituels de saint Ignace. La méthode rigoureuse proposée par Ignace veut seulement « exercer » à entrer dans la prière. Mais il en va des Exercices spirituels, et notamment de la méditation, comme de tout exercice : une fois que l’on a fait ses gammes, il s’agit de jouer en liberté ! Même s’il convient, pour rester agile, de refaire régulièrement des gammes. Le tout, c’est de ne pas en rester aux gammes si l’on veut goûter toute la saveur, la joie et le bénéfice de la rencontre intime avec Dieu. Ainsi, l’une des caractéristiques de la méditation à l’école d’Ignace est sans doute cette attention portée aux commencements dans la prière, ce qui induit du même coup une attention à son déroulement et à ses effets concrets dans la vie quotidienne et les relations avec autrui. La prière évolue ainsi au fil des années et des circonstances de la vie : tantôt méditation et tantôt contemplation, elle cherche les traces de Dieu pour les suivre en confiance. Elle revient pour cela constamment à la Parole de Dieu : c’est là qu’elle trouve son repos et sa force, en de longues stations qui éclairent et transforment dans un cœur à cœur.

 

Une sortie de soi

Comment s’y prendre ? D’abord en prenant résolument le temps de s’arrêter, d’ouvrir la Bible et de la laisser interroger la vie quotidienne. Il m’apparaît avec une évidence croissante que l’acte principal de la vie spirituelle trouve une bonne expression dans la finale du n°189 des Exercices spirituels : « Chacun doit penser qu’il progressera en toutes choses spirituelles dans la mesure où il sortira de son amour, de son vouloir et de ses intérêts propres. » Or, la méditation ignatienne est à la fois le ressort et le chemin de cette sortie de soi pour se tourner vers Dieu et vers autrui. Chemin de conversion, cette sortie de soi – de son amour-propre, de sa volonté propre, de ses intérêts propres ! – conduit à faire l’expérience d’une rencontre non pas « en pensée » mais « en actes », dans la réalité concrète de l’existence quotidienne. La méditation ignatienne conduit à se découvrir responsable d’autrui, de son bien-être, de sa vie, à en tirer les conséquences... et à en rendre compte à Dieu : je suis responsable de mon frère. Sur ce chemin qui l’emporte jusque dans la contemplation et le colloque intime avec Dieu, la méditation ignatienne contient un choix éthique à vivre concrètement : impossible de rencontrer Dieu si je ne sors pas à la rencontre de mon prochain pour l’aimer. C’est ainsi l’agir d’une charité concrète qui sera la mesure de mes progrès spirituels. Si ma méditation ne va pas jusque-là, elle reste un rêve, une pure intériorité bouclée sur elle-même, voire une prison ou une perversion. Mais il est vrai que la sortie de soi à la rencontre d’autrui et de Dieu est une épreuve. Elle rencontre toutes les résistances de la peur, du découragement, de l’indifférence, mais aussi toutes les malfaçons du service et de la prière. Elle en appelle nécessairement au discernement, à l’audace de se confier à la Parole, de toujours oser choisir à nouveau ce qui est bon, juste et vrai, même si l’on rencontre autour de soi des gens qui trahissent la parole donnée et perdent courage devant les difficultés de la vie. À cause de cet aspect souvent méconnu ou négligé de la méditation ignatienne, il est précieux qu’elle puisse être soutenue par un accompagnement spirituel.

Michel Kobik s.j. Centre spirituel du Châtelard près de Lyon

Pour aller plus loin : Karin Seethaler, La méditation spirituelle.  Pour l'harmonie avec Dieu, soi et les autres, Éditions Vie chrétienne, 2018.

© seksan mongkhonkhamsao / iStock

Impression Envoyer à un ami