Actualités
Archives de la revue

Recherche détaillée >
À faire, à voir
Retrouvez-nous sur
Facebook et Twitter !
La Communauté de Vie Chrétienne
www.cvxfrance.com
Centre spirituel du Hautmont
www.hautmont.org
Saint Hugues
www.sainthugues.fr
Chrétiens dans le monde - Revue N°479 - Septembre 2002

Lutter contre la pédophilie, repère pour les éducateurs

Les révélations d’abus sexuels concernant les enfants et les jeunes suscitent, à juste titre,une vive émotion. Et quand un membre de l’Eglise est mis en cause, les réactions atteignent une très grande violence, la déception étant à la hauteur des attentes. Aussi l’Eglise tient-elle à rappeler qu’elle condamne fermement tout acte de pédophilie et que l’auteur de tels actes doit en répondre devant la justice. Les évêques de France l’ont clairement affirmé à Lourdes en novembre 2000. Une brochure de 50 pages, rédigée par le service d’information de la Conférence des évêques de France1 avec des éducateurs, des juristes et des psychologues, précise qu’il faut « rompre le silence entourant les actes de pédophilie et donner des repères pour l’éducation affective et sexuelle des enfants et des jeunes ». nous en présentons les axes essentiels.


La pédophilie est définie par le Larousse comme « l’attirance sexuelle pour les enfants ». Celle attirance peut être homosexuelle ou hétérosexuelle, de type incestueux ou non.
Une relation éducative entre un adulte et un enfant peut devenir malsaine en raison d’une prise de pouvoir de l’adulte sur l’enfant. Elle peut prendre plusieurs formes.
Certains expriment leur attirance sexuelle uniquement à travers une relation malsaine captatrice et séductrice en multipliant attentions et cadeaux pour attirer les enfants. Ils n’ont pas de gestes érotiques et se contentent de fantasmer en regardant les jeunes.
D’autres établissent un lien affectif intense et s’exhibent devant les enfants en les caressant.
Au stade le plus grave, les adultes imposent à leurs victimes diverses formes de relations sexuelles.

Les agresseurs

Il est impossible de faire le portrait type de la personne pédophile, les causes de son comportement pouvant être multiples. On peut dire cependant que dans la majorité des cas, l’agresseur est connu des victimes et ressemble à Monsieur-tout-le-monde. Il peut être marié, avoir des enfants, mener une vie sociale qui paraît normale et jouir de l’estime de son entourage.
Sur le plan psychique, la principale caractéristique de la personnalité pédophile est une immaturité affective et sexuelle. Le sujet se sent dévalorisé, amoindri, humilié. Il a honte de lui-même et doute de sa valeur personnelle. Cette « faille narcissique » est plus ou moins profonde et rigide. Certains agresseurs, incapables de vivre leur sexualité avec des adultes, se reportent sur des enfants qui ne rivaliseront pas avec eux. Mais ils adoptent une attitude prudente qui évite les situations trop risquées. D'autres, au contraire, sont poussés par le besoin très fort de dominer leur partenaire et de le souiller.

Le poids du silence

Dans les affaires de pédophilie , les faits sont souvent occultés par les personnes concernées pour des raisons différentes.
Du côté de l’agresseur : le silence fait partie de sa personnalité car il lui permet à la fois de tromper son entourage et de garder la victime en son pouvoir. Il la soumet au silence par la menace ou bien sous prétexte d’un secret ou d’un plaisir partagé. Enfin le silence lui permet de dénier la gravité de son acte et les répercussions malsaines sur la victime.
Du côté de l’enfant : la victime a souvent peur de celui qui le menace ou de quelqu’un qui a une autorité sur lui. En général, il a honte et se sent coupable de ne pas avoir su refuser ou même d’avoir éprouvé du plaisir. Enfin certains enfants essayent de parler de leur trouble et de leurs difficultés par allusion car ils ne savent guère expliquer ce qu’ils vivent. Mais les adultes ne savent pas les entendre,.
De leur côté, les parents ne saisissent souvent pas ce qu’exprime l’enfant. Et quand ils comprennent, ils sont tentés de dire qu’il est préférable de ne pas en parler, à la fois pour ne pas traumatiser davantage leur fils ou leur fille et parce qu’ils ont peur du « qu’en dira-t-on ».

De lourdes conséquences pour l’enfant

L’enfant abusé est marqué profondément. Il a subi une effraction, a été dépossédé de son corps, traité comme une chose. Il peut éprouver le sentiment d’être sali, contaminé et donc impossible à purifier. L’estime de soi est chez lui profondément atteinte.
Lorsqu’ils arrivent à l’âge des relations amoureuses et sexuelles, les jeunes adultes qui ont été victimes de pédophiles ont du mal à vivre leur sexualité de manière normale et heureuse. Même longtemps après les faits, ils se sentent dévalorisés et méprisables. Il semble aussi que l’expérience traumatisante pèse sur les choix sexuels ultérieurs. Les garçons peuvent reproduire ce qu’ils ont vécu et devenir des agresseurs à leur tour. Parfois les filles tiennent les garçons à distance en se réfugiant dans des comportements homosexuels. Il leur arrive aussi de tomber dans la prostitution car elles ne se sentent pas capables d’aimer normalement.

Une attitude éducative juste

L’un des moyens d’éviter les abus sexuels envers les enfants est d’abord de bien les traiter et cela suppose plusieurs attitudes éducatives.
L’apprentissage du respect du corps est essentiel. Il commence par le respect de la pudeur de chaque enfant dans la vie quotidienne. Il faut permettre à chacun d’avoir son territoire intime avec son espace à soi, ses objets personnels et ses secrets. Les adolescents doivent pouvoir décorer l’espace à leur goût, recevoir des communications personnelles et avoir un journal intime.
D’autre part une véritable éducation sexuelle suppose que l’on parle avec un jeune de sexualité, sans la réduire ni à sa mécanique, ni à ses risques. Cela demande du temps et des nuances. Il faut d’abord répondre à l’immense curiosité des petits enfants sur les mystères de la vie, en les reliant toujours à l’amour entre les personnes mais en évitant d’aller au delà de ce qu’ils demandent. En effet un enfant confronté de manière prématurée à une sexualité adulte par des paroles ou des actes ne peut pas comprendre ou élaborer psychiquement ce qu’il vit car il est débordé par la situation.
Il ne s’agit pas de traiter les enfants comme des adultes autonomes qui seraient totalement responsables de leurs désirs mais de développer une certaine force intérieure. Et celle-ci se nourrit du respect qui leur est porté et qu’ils ressentent de façon confuse.
L’apprentissage des « mots pour le dire » joue un rôle essentiel dans l’éducation sexuelle. En tenant compte des différences entre garçons et filles, on développera l’aptitude des jeunes à parler de sujets tels que l’amitié, la mort, la sexualité, l’amour. Il est important de leur apprendre à nommer les sentiments complexes qui les habitent et à exprimer, même si c’est difficile à dire, ce qu’ils ressentent dans leur tête et dans leur corps.

Quelques repères essentiels

Comme l’éducation des jeunes est d’abord une affaire de relations entre des personnes, le document des évêques insiste sur plusieurs points.
- Une relation éducative est chaste au sens où elle refuse la possession de l’autre. Elle accepte comme saine et bienfaisante la distance entre les êtres. Elle repousse la mauvaise séduction qui veut que l’autre se tourne exclusivement vers l’éducateur.
- Une relation éducative se vit dans la liberté. Elle accepte de voir l’autre évoluer, s’éloigner et ne l’enchaîne pas dans la seule vision de celui qui éduque. Elle l’aide, au contraire, à trouver la voie qui lui est propre.
- Une relation éducative se vit dans l’alliance. L’allié est fidèle, proche mais non pas soumis. L’alliance comporte un engagement mais dans le respect profond de l’autre. Le parent, l’éducateur doit donc s’effacer pour que grandisse l’éduqué.
- Une relation éducative ouvre au sens de la loi. La loi est la parole commune à tous les membres d’un corps social. Elle inter-dit c’est à dire qu’elle met de la distance entre le sujet et ses désirs immédiats. Et le respect de la loi fait partie de toute éducation.

Dénoncer ou ne pas dénoncer ?

Lorsque quelqu’un a connaissance de faits précis concernant des privations, des mauvais traitements ou des atteintes sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans, il doit en informer la justice. Dans cette hypothèse, il n’y a pas lieu de faire une distinction en fonction de la qualité de l’agresseur : peu importe que celui-ci soit membre de la famille de la victime, éducateur ou prêtre. La dénonciation s’impose à condition de bien voir qu’il ne s’agit pas de dénoncer d’abord une personne mais des faits.
Le document publié par le service d’information des évêques fait un encadré « subtil » (p32) de repères juridiques sur le secret professionnel. Il fait apparaître d’abord que certaines personnes peuvent être confrontées à un véritable conflit de devoirs. En effet la loi sanctionne la non-dénonciation d’atteintes sexuelles sur un mineur de moins de 15 ans mais elle sanctionne aussi la violation du secret professionnel. Aussi la loi faisant une exception au principe général de la dénonciation, prévoit que les personnes astreintes au secret professionnel ne sont pas tenues de dénoncer les faits dont elles ont connaissance. Ainsi un médecin peut soigner une blessure par balle sans être obligé d’en informer la justice. A ce niveau, la loi reconnaît une « option de conscience ».
En droit français, parmi les personnes tenues au secret professionnel, figurent les ministres du culte. Il ne s’agit pas là seulement du secret de la confession mais d’informations confidentielles reçues pas les diacres, les prêtres et les évêques dans le cadre de leur ministère.
Reste que le respect du secret professionnel pose un sérieux problème de conscience à celui qui en bénéficie. Il ne doit pas fonctionner comme un lieu de non-droit ou servir d'échappatoire devant les responsabilités de chacun.
« Ainsi , précise le texte des évêques, un prêtre qui reçoit les confidences de l’auteur d’un crime ou d’un délit doit tout mettre en œuvre pour que celui-ci assume ses responsabilités tant à l’égard de la victime qu’à l’égard de la société , et se confie donc à la justice ».
La question est de savoir ce que veut dire, « tout mettre en œuvre ! »


(1) La brochure « Lutter contre la pédophilie, repères pour les éducateurs » se trouve au service d’information des évêques de France , 106 rue du Bac 75007 Paris-www.cef.fr
Impression Envoyer à un ami