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Expérience de Dieu - Revue N°36 - Juillet 2015

Experience de Dieu face au grand âge - L’inattendu dans une vie chrétienne -

 
             L’inattendu dans une vie chrétienne
 
 Le 7 novembre 2013 ma vie a basculé. Une malencontreuse chute dans un escalier
m’a laissé avec trois hématomes crâniens et une paralysie totale du côté gauche.
J’avais 90 ans et, depuis quelques années déjà,  je me préparais
à ce que je souhaitais être mon dernier acte de foi, le plus radical, ma mort.
J’avais écrit, parlé, sur ce thème mais je n’envisageais pas qu’auparavant
ma vie puisse connaître un tel tournant. Or, ce jour là en quelques instants,
alors que j’étais encore en pleine santé et activité, je me suis retrouvé infirme,
paralysé du côté gauche, condamné à  une hospitalisation permanente.
Je n’ai même pas pu remonter dans ma chambre terminer la lettre commencée,
mettre en ordre des papiers...
Une vie nouvelle a commencé pour moi qu’il a fallu accepter et construire.
 
        C’est un peu cette démarche que je vais tenter d’évoquer ici dans l’espoir
qu’elle pourra peut-être en aider d’autres, qui n’auraient pas eu les mêmes soutiens que moi,
à vivre positivement cette épreuve en lui donnant un sens.
 
 
Une rupture
 
         Le premier sentiment qui s’impose est donc celui d’une rupture.
Ce corps qui répondait habituellement à mes désirs, à mes appels ne répond plus
ou du moins très incomplètement. Je dois m’habituer à cette impuissance
et à adapter mes gestes et mes initiatives à cette situation nouvelle.
Cela prend du temps.
En même temps il me faut être attentif à ne pas laisser l’inaction aggraver mon état,
coopérer au travail, parfois douloureux, des kinésithérapeutes.
Sans compter les innombrables maladresses qui m’humilient et me font
chaque jour mesurer un peu plus ma dépendance.
 
          On me reconnaissait habituellement un esprit clair capable de synthétiser
et de bien exprimer ma pensée. J’ai heureusement gardé l’essentiel de cette capacité,
mais là aussi il me faut reconnaître des changements : j’arrive moins bien à maîtriser ma pensée,
il me faut du temps pour progresser dans la réflexion, ma mémoire me joue de plus en plus
souvent des tours. Je bute sur la recherche d’un mot, d’un souvenir, d’un événement récent.
Ce que je n’ai pas noté sur le moment est vite oublié. Il me faut accepter
de n’être plus ce que j’étais pour mes amis, de voir que, pour parler de moi,
on se réfère de plus en plus à mon passé.
 
          Dans ce contexte, il n’est pas facile de se créer de nouvelles relations.
On a vite l’impression que l’interlocuteur éventuel s’adresse à quelqu’un
qui n’est pas tout à fait moi. Oui, ma vie a changé et il faut que je l’accepte
et que je me mette courageusement dans la perspective d’avoir à inventer une vie nouvelle.
 
 
Ma foi chahutée !
 
       Par grâce, j’ai toujours eu une foi paisible. Le cadre chrétien qui soutenait ma vie
m’a toujours accompagné depuis mon enfance. Le fait aussi d’avoir eu comme tâche essentielle
d’aider des fidèles à approfondir leur foi a soutenu et fortifié la mienne.
Les difficultés ou les crises que j’ai eues à traverser concernaient
plutôt l’église ou les missions qui m’étaient confiées.
 
         Aujourd’hui, je me retrouve face a une vie qui ne peut prendre sens que
dans une référence forte et quotidienne à une foi vivante. Ce n’est pas évident
car alors remontent en moi des questions que j’avais ignorées ou laissées de côté.
Si tout cela n’était qu’une illusion, si j’avais bâti mon existence sur le sable ?
Tout cela sans amertume ni regrets, mais en créant une sorte de vide inconfortable
ou en tout cas qui contraste avec les certitudes sur lesquelles j’avais vécu.
 
        Heureusement, la foi m’est toujours apparue comme un dialogue.
Je reste persuadé que Dieu m’a appelé personnellement et que j’ai essayé de lui répondre.
Au cœur de ce dialogue, la fidélité de Dieu m’a précédé et accompagné
tout au long de ma vie. C’est sur cette fidélité que je compte aujourd’hui encore et,
s’il est une grâce sur laquelle j’ai pu m’appuyer, c’est bien le sentiment que
je me devais de répondre généreusement à ce don de Dieu.
Manquer à la parole  donnée serait me détruire et je ne peux l’envisager
face au don de Dieu. C’est cela qui me maintient debout dans la foi avec mes doutes et mes fragilités.
 
     Cette épreuve m’aide aussi à mieux distinguer ce qui dans la foi
est l’essentiel et résiste à l’épreuve. J’avais essayé de le faire, mais aujourd’hui,
dans l’urgence des échéances qui approchent, j’y suis appelé de manière plus radicale.
 
       Comme le disait un jour un de mes grands aînés dans la compagnie,
le père François Varillon : ne crois pas que le grand  âge soit celui de la foi facile !
C’est vrai, mais c’est aussi celui auquel se prépare notre ultime
et plus radical acte de foi : « en tes mains je remets mon esprit. »
 
 
 
Une vie nouvelle
 
            C’est donc bien à une vie nouvelle que je me sens appelé :
une nouvelle naissance, comme celle à laquelle Jésus a appelé Nicodème.
Renaître d’en haut, renaître dans l’esprit, ou comme le dit saint Paul
vivre en ressuscité avec le Christ. C’est paradoxal à un moment où
tout en moi tend à la diminution et pourtant ma vie ne prend sens qu’en fonction du royaume
qui vient et de son avenir. Loin de revenir avec nostalgie ou regrets vers le passé,
c’est vers l’avenir qu’il faut me tourner chaque matin.
Un avenir aux couleurs du royaume à vivre dans la foi et l’espérance.
 
               Cela ne s’improvise pas, il me faut chaque jour nourrir et fortifier cette foi.
D’abord me donner un cadre de vie personnel. Les soins et les activités
communautaires occupent déjà partie de mon temps,
le reste peut-être envahi par des futilités si je ne lui donne pas un cadre un peu ferme.
Il me faut donc prévoir fermement dans la journée des temps de prière,
de recueillement, d’étude, sinon je vais m’évanouir dans l’insignifiance.
Ceci avec souplesse pour laisser du temps aux rencontres fraternelles et aux imprévus interpelant
 
         Je crois beaucoup à l’importance de la lecture spirituelle : des lectures simples,
stimulantes, au besoin des reprises d’auteurs aimés.
Pour nourrir une prière qui ne sera pas facile, il peut être bon de s’astreindre
à apprendre par cœur des versets de psaumes ou d’hymnes de Didier Rimaud,
des passages d’Évangile, qui viendront ramener notre pensée vers Dieu
tout au long de la journée.
Ne dédaignons pas non plus des formes de prière simples
comme le chapelet, les litanies, la prière de Jésus, qui se révéleront des aides précieuses.

         J’ai retrouvé aussi la dévotion Mariale, celle des pèlerinages de mon adolescence.
Je l’avais bien négligée, je la retrouve, à l’aide du chapelet et
de la reproduction d’une vierge à l’enfant d’Arcabas que j’ai devant les yeux.
Elle présente l’enfant enveloppé d’une auréole. Il est au centre du tableau,
elle se tient en retrait, servante de son seigneur.
De son visage on aperçoit deux yeux bleus, de tendresse qui
nous invitent à une amoureuse contemplation.

       J’ai toujours aimé prier avec mes frères et je rends grâce à Dieu
d’avoir vécu dans des communautés où cette prière était possible
dans la sobriété même imposée par nos missions diverses.
Ici, par contre, cette prière m’est devenue absolument nécessaire.
Pour reprendre chaque matin dans la foi ma vie quotidienne dans sa grisaille et sa monotonie,
j’ai besoin de sentir autour de moi la présence de mes frères, éclopés comme moi,
mais fidèles et vigilants dans la prière. Nous retrouver ainsi côte à côte dans la chapelle
est pour moi un soutien indispensable. Ensemble nous sommes  ce corps souffrant du Christ qui offre sa pauvreté.
Au fond, c’est toute notre manière de rencontrer Dieu qu’il faut réorganiser en fonction de notre vie actuelle.
 
 
Un avenir aux couleurs du royaume qui vient.
 
          Le royaume a toujours été l’horizon de notre vie,
mais sa proximité prend pour nous aujourd’hui un visage nouveau.
Il est là comme de notre avenir le plus proche, nous n’en avons pas d’autre.
Cette pensée doit nous devenir familière, elle s’impose à nous chaque matin.
Nous avons pu mettre du temps à l’accepter, il nous faut maintenant apprendre à l’aimer.
Ce qui a pu nous effrayer, doit devenir notre consolation.
Le temps est enfin proche de notre union définitive au Corps du Christ
et ceci doit nous emplir de joie, si du moins notre foi est assez grande.
Finalement notre prière, quelle que soit sa forme, s’unifie autour de cette demande :
fait grandir en nous la foi.
Oui, notre vie est belle parce qu’elle nous conduit à vivre plus intensément
la béatitude de ceux qui sont appelés à croire sans avoir vu.
Il y a quelques semaines j’ai reçu le sacrement de l’onction des malades. 
Dans  mon enseignement théologique, je me suis toujours efforcé d’éradiquer
toute compréhension  magique  des sacrements et de lier leur efficacité
à leur caractère symbolique et spirituel. L’onction des malades, dans cette perspective,
est un signe efficace de la tendresse de Dieu pour les hommes souffrants.
L’Eglise dépositaire de ce signe l’a traduit dans un geste de soignants,
l’onction d’huile qui était à l’époque le médicament le plus universel.
Aujourd’hui la fidélité à la signification de ce sacrement nous oriente donc vers
une interprétation spirituelle de la multiplicité des soins que nous recevons.
C’est à travers eux que le sacrement nous invite à retrouver le signe
de la tendresse de Dieu à notre égard. L’Incarnation va jusque-là :
Dieu nous est présent dans la compétence et l’attention bienveillante de ce qui nous soignent.
 
       Cette expérience m’a fait prendre conscience que, dans ce témoignage,
 je n’avais peut-être pas assez souligné l’unité profonde qu’il y avait entre la foi l’espérance et la charité.
Ces trois vertus théologales forment un tout et on ne peut pas les séparer.
Si l’épreuve que je vis m’a amené à fortifier mon espérance et ma foi,
c’est pour me conduire à  une redécouverte de l’amour : celui dont je suis entouré et
celui que je suis appelé à traduire dans ma vie.
Aussi, j’en prends de plus en plus conscience, ma prière s’oriente vers cette unique demande :
apprends-moi à aimer ou, comme disait Élisabeth de la Trinité : «éveilles moi à l’amour ».
 
                                                      Michel  Rondet s.j.
 
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Commentaires des internautes
nojnalep le 18/07/2015 à 09:59

La maladie m'a toujours fait peur. J'ai beaucoup apprécié la simplicité et la vérité avec lesquelles les doutes de Michel Rondet ont été exprimés et comment il a essayé de les surmonter.


Mais,(à l'attention de l'équipe de rédaction de Vie Chrétienne) avez-vous remarqué certaines coquilles ?
"car alors remontent moi des questions " "car alors remontent EN moi des questions"
" C’est épreuve m’aide aussi à mieux distinguer" ne devrait-on pas lire "CETTE épreuve....
"le dit saint Pau
l vivre " Il y a un espace de trop dans le nom de Paul qui entraîne le renvoi à la ligne du "l"
"bienveillante de ce qui nous soignent." soit : de CEUX qui nous SOIGNENT ou soit : de CE qui nous SOIGNE.


Cordialement
cp

FINE Brigitte le 18/07/2015 à 12:27

Ce texte me touche infiniment ; je vais voir beaucoup de personnes âgées qui vivent solitude, inutilité sociale, aridité spirituelle, elles qui ont souvent été des militantes dans l'Eglise
je vais pouvoir tout simplement leur lire ce texte magnifique

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