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Les évêques au coeur du débat, Le mariage des personnes de même sexe



Le 28 septembre 2012, le Conseil Famille et Société de la Conférence des évêques rendait publique une note sur le mariage des couples homosexuels. Six évêques ont préparé ce texte avec plusieurs laïcs dont un juriste, une mère de famille, un psychanalyste et un professeur de morale, sœur Geneviève Medevielle. Celle-ci a accepté de revenir pour nous sur les axes essentiels de ce texte important.
 

En titrant « Elargir le mariage aux personnes de même sexe ? Ouvrons le débat », le texte adopte un ton nouveau qui n’est ni celui de la mise en garde ni celui de la condamnation.
 
Le ton correspond au type de document souhaité par les évêques du Conseil Famille et Société. Il ne s’agissait pas de faire une déclaration officielle au nom de la Conférence Episcopale de France. Ce n’est pas la mission de ce Conseil. En revanche, préparer des analyses et des réflexions sur des sujets sociétaux relève de sa compétence. C’est pourquoi, le document s’adresse en priorité aux laïcs en responsabilité dans les diocèses, confrontés sur le terrain aux questions des gens à propos de cette ouverture du mariage aux couples homosexuels. Il s’agit d’une note et d’un argumentaire pour les aider à débattre avec respect quand nos contemporains sont troublés par cette question car ils connaissent des personnes homosexuelles parmi leurs proches et cherchent à comprendre.
 
Autre fait marquant, le texte condamne nettement l’homophobie et ne considère pas que les homosexuels sont des malades ou des anormaux comme on l’a longtemps fait. Aussi prend-il au sérieux les arguments en faveur du mariage.
 
Il faut, avant d’exercer son jugement éthique, pouvoir entendre les demandes des couples homosexuels et reconnaître ce nouveau type de conjugalité. Or, cette écoute, qui ne préjuge pas de la réponse éthique à apporter à la question, doit se faire dans le refus de l’homophobie. Déjà en 1976, la Congrégation pour la doctrine de la foi invitait les catholiques à avoir une attitude de respect, d’écoute et d’accueil vis à vis de ces personnes.
 
Est-ce la raison pour laquelle le texte n’affirme pas d’abord une vérité religieuse ?
 
Si l’on s’était contenté de réaffirmer la position catholique pour ouvrir le débat en affirmant : « le mariage est un sacrement qui consacre l’union de l’homme et de la femme », une grande partie des gens auraient dit : « c’est votre affaire, cela ne nous concerne pas ». Or, en prenant au sérieux la question sociale et en échangeant des arguments sérieux, non passionnels et rationnels, on peut retrouver une anthropologie commune qui vaut pour tous les mariages entre un homme et une femme.
 
Le texte avance trois arguments essentiels pour refuser le projet du gouvernement. Il affirme d’abord que le mariage n’est pas simplement l’officialisation d’une passion amoureuse.
 
C’est un point capital. En rester à l’officialisation d’un amour est une vision très individualiste qui occulte l’épaisseur sociale et juridique du mariage. Celui-ci concerne avant tout la transmission de la vie et la filiation et, en ce sens, il intéresse toute la société qui doit assurer la protection du plus faible, que ce soit la femme ou l’enfant.
 
La note n’accepte pas le mariage homosexuel car il lui semble impossible d’affirmer qu’il n’y a pas de différences entre l’homme et la femme.
 
En réclamant le droit au mariage, on confond l’égalité des sujets devant le droit et le fait que cette égalité ne puisse pas être compatible avec les différences de race, de classe, de sexe et d’âge. Au plan anthropologique, sans tomber dans un biologisme qui ne tiendrait pas compte que l’être humain est un être de liberté, de culture et d’histoire, on ne peut pas nier une donnée du monde des vivants qui lie sexualité et fécondité. Pour faire un enfant, il faut encore des gamètes mâles et des gamètes femelles. Je suis choquée par l’incohérence des écologistes qui défendent la nature sans accepter de la défendre au niveau de l’homme. On détournera une route afin de protéger une mare où vit une race de têtards que l’on veut sauver, mais la différence sexuelle ne semble plus un principe naturel.
Enfin, comme
femme de foi, je ne peux pas remettre en cause la différence sexuelle, sans remettre en cause la bénédiction originelle de Dieu sur sa création et sans voir que l’image même de Dieu en est affectée car l’Ecriture dit « homme et femme, il les créa à son image »(Genèse 1 , 26-27)
 

En rappelant dans le texte que la lisibilité de la filiation est essentielle pour l’enfant, que vouliez-vous dire exactement ?
 
Si, à l’avenir, le livret de famille supprime les termes d’époux et d’épouse, de père et de mère, pour les remplacer par parent 1, parent 2, nous ne sommes plus assurés de l’humanisation de l’enfant. Pour un couple de deux hommes, il faudra aussi rajouter parent 3 pour que la mère porteuse ne soit pas oubliée. On change profondément la filiation et la manière de se repérer dans une généalogie. La Convention des Droits de l’ONU dit clairement qu’un enfant a le droit de connaître, si c’est possible, ses parents et d’être élevé par eux. De fait, la connaissance de son histoire et de sa lignée est essentielle pour la construction de son identité. Il semblerait d’ailleurs que cet argument fasse son chemin dans l’esprit de certains socialistes.
 
Propos recueillis par Yves de Gentil-Baichis


 


Le respect des plus faibles
 

Dans son homélie du 4 novembre 2012 à Lourdes, en ouvrant l’Assemblée plénière d’automne des évêques de France, le cardinal André Vingt-trois a affirmé :
 
« Quand l’Eglise fait appel à la conscience humaine, elle ne cherche pas à imposer une conception particulière de l’existence. Elle renvoie à ce que notre civilisation a déchiffré du sens de la vie humaine et des impératifs du respect de la dignité personnelle de chacun. (…)
Quand nous défendons le droit des enfants à se construire en référence à celui et à celle qui leur ont donné la vie, nous ne défendons pas une position particulière. Nous reconnaissons ce qu’expriment les pratiques et les sagesses de tous les peuples depuis la nuit des temps et ce que confirment bien des spécialistes modernes.(…) Nous ne prenons pas notre parti de voir un conformisme social abolir les progrès de tant de siècles pour le respect des plus faibles. »




Quelques pistes d'éclairages proposées par la CVX France :

Le mariage élargi… se positionner

Plusieurs d’entre vous nous ont demandé de réagir sur la question du mariage pour tous : Derrière cette formulation, se cachent des réalités complexes, souvent souffrantes. Nous invitons chacun à prendre le temps de s’informer avec un esprit ouvert.

Voici quelques liens parmi bien d’autres :

1. Interview de Sr Véronique Margron, théologienne moraliste à la Catho d’Angers sur Rcf http://nda33.fr/elements-de-reflexion-sur-le-mariage-entre-personnes-de-meme-sexe/

2. Conférence au Centre Sèvres Facultés jésuites à Paris avec Marie-Christine Le Boursicot, juriste, conseiller à la Cour de Cassation et Paul Valadier, jésuite, professeur de philosophie morale et politique au Centre Sèvres
http://www.jesuites.com/2012/10/mariage-homosexuel-probleme/

3. Essai de Gilles Bernheim, le Grand Rabbin de France http://www.grandrabbindefrance.com/mariage-homosexuel-homoparentalit%C3%A9-et-adoption-ce-que-l%E2%80%99-oublie-souvent-de-dire-essai-de-gilles-bern

4. Note du Conseil Famille et Société de l’épiscopat Elargir le mariage aux personnes de même sexe ? Ouvrons le débat! http://www.eglise.catholique.fr/eglise-et-societe/famille/vouloir-le-debat-et-y-contribuer--14981.html

Dans nos communautés locales n’hésitons pas à partager à partir de la fiche « se laisser interroger par l’événement » (cvxfrance.com). Notre partage éclairera notre discernement et nous pourrons oser des paroles qui aideront les libertés à grandir.
 
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Commentaires des internautes
SOUFFLET Yves le 09/01/2013 à 14:46


Comme je regrette que vous mettiez en avant le discours de nos évêques dans cette analyse de" l'air du temps " et du projet d'extension du mariage aux personnes de même sexe!!!, et les citations de monseigneur Vingt-Trois, Comme je regrette que Yves de Genti- Baichis privilégie les propos de Soeur Médevielle relatifs à la différence sexuelle et la référence à la Genèse....

Comme j'aurai préféré que vous Yves de Gentil-Baichis recueille les propos de Véronique MARGRON, tellement plus humaine et tellement plus nuancée et positive, pour éclairer le débat et aider mes compagnons de Vie Chrétienne...

Comme j'aurai aimé que vous aidiez les uns et les autres à discerner en proposant directement à la fin de l'article dans la revue " Vie Chrétienne " une trame de rencontre en Communauté Locale pour aider à regarder cette question: Qu'est-ce je sais des problèmes qui sont à l'origine de ces projets? - Qu'est-ce que je connais des propositions faites? -Qui'est-ce qui me trouble? A quoi le Seigneur m'appelle t'il?... plutôt que de renvoyer à votre site internet....

Comme il vous/nous est difficile de vraiment respirer " l'air du temps "

Yves SOUFFLET Communauté Vie Chrétienne LILLE-CAMBRAI

papounet le 10/01/2013 à 11:07

Merci beaucoup pour les propos de soeur Geneviève Medevielle. Ils m'éclairent dans ces temps bien confus. J'y retrouve "l'attitude de respect,d'écoute et d'accueil vis à vis des personnes homosexuelles".
J'entends aussi la limite indépassable du mariage qui unit l'homme appelé à devenir père et la femme appelée à devenir mère.De plus, la fin de cet entretien est un grand bol d'air car la convention des droits de l'ONU évoque le droit de l'enfant..."la lignée de l'enfant est essentielle pour la construction de son identité" Par ailleurs, le travail de Françoise Dolto peut nous éclairer car elle a consacré sa vie aux enfants,à leur dignité,à leur place dans la société et dans leurs familles. Yves de Gentil-Baichis met en avant ,dans cet entretien sur la question du mariage, l' articulation entre l'amour et la vérité;ce qui peut nous éclairer,membres de la CVX,dans nos communautés locales.

Philippe Dalle Communauté vie chrétienne Gironde

QB le 10/01/2013 à 17:08

Chers rédacteurs,
Je voudrai vraiment vous remercier pour cet article, qui fait notamment suite à une de mes demandes, début Septembre - le débat sur le projet de loi "mariage pour tous" n'était alors quà ses prémices et j'avais été interpellé par l'emploi de l'expression "faire famille" par la ministre de la famille, comme un écho à celle employée dans la rubrique "faire communauté"...
En réponse au commentaire d'Yves Soufflet, je m'interroge à mon tour : au nom de quoi reprocher à nos évêques,à Mgr Vingt-Trois ou à Soeur Medievelle (sauf à avoir à leur égard une opposition de principe) une humanité, une nuance et un "positivisme" moindre qu'à V Margron ? Que de jugements hâtifs ! Les arguments de V Margron (citée dans les liens de votre article) dans un article du Pélerin (sept 12) me paraîssentt d'ailleurs tout à fait alignés avec tous les prédécents cités: je rends grâce pour l'Eglise, qui est bien Une et Indivisble et dont le Christ est la tête !
Je regrette en revanche l'amalgame (conscient ?) que semble faire mon compagnon de Lille-Cambrai (et que font assez systématiquement les partisans d'un bouleversement sociétal à tout prix): pourquoi la demande légitime de débat national organisé à la hauteur des enjeux de la famille (à l'exemple des réflexions/consultations qui ont été menées dans notre pays pour l'élaboration de la loi de bioéthique) préjugerait-elle d'un supposé rejet des nouvelles réalités familiales et des personnes qui les représentent ?
Je suis d'accord avec mon compagnon qu'il faut discerner comment se positionner par rapport à ce projet de loi, notre communauté peut nous y aider mais sans obligation aucune - surtout dans la mesure où cela pourrait rouvrir des blessures chez certains.
Bien sûr qu'il y a des souffrances, des injustices et que le Christ nous appelle à sa suite à les combattre sans relâche. Et cela passe aussi par l'action politique, dans le sens d'une recherche du bien commun, menée avec le plus grand respect de tous et de chacun. Y compris de chaque "autre - unique, différent - [..]de même condition que moi […] et que comme chrétien, je [..] reconnais aussi enfant du même Père, fils de Dieu."(V. Margron in Pelerin.info)
Merci à Vie Chrétienne pour cette respiration de l'air du temps, au rythme des battements de coeur de l'Eglise
et salut fraternel à Yves, mon compagnon du Nord que je ne connais pas encore autrement que par cet échange de commentaires
QB

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