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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°58 - Mars 2019

L’Église, une dynamique de croissance et d’ouverture




Qu’est-ce que l’Église dans son essence ? Pour Jean-Luc Fabre s.j., l’Église devient elle-même en s’ouvrant à la rencontre de l’autre. En partant des affirmations contenues dans le Credo, il nous invite à entrer dans ce mouvement, expérimenté par les premiers apôtres puis aujourd’hui par le pape François.


Le Concile de Nicée(1) nous invite à croire en l’Église : « une, sainte, catholique et apostolique ». Creuser le sens de ces quatre adjectifs, relier entre elles ces quatre « notes » peut nous aider à entrer dans l’intelligence de ce qu’est l’Église en son essence ainsi qu’en sa dynamique propre.
Nous illustrerons le propos par l’action du pape François. Nous verrons que l’Église, dès son commencement, a vécu de cette dynamique comme l’indique le récit de la Pentecôte en Actes 2. En conclusion, nous verrons que cette dynamique peut se vivre aussi au sein des entités associatives de l’Église, comme la Communauté de Vie Chrétienne.

L’unité est l’enjeu fondamental pour la vie de l’Église. C’est là où tout commence, par la pratique sacramentelle qui nous fait corps uni dans l’acte liturgique. Nous sommes reliés les uns aux autres, à un niveau qui dépasse la conscience que nous pouvons en avoir. Une image emblématique
de cette dimension s’est jouée lorsque, le soir de son élection, le pape François s’est mis sous la prière de la foule de la place Saint-Pierre, ainsi rassemblée en un corps. C’est à partir de cette unité fondamentale qu’émergent les différences au sein de l’Église. Ce corps uni l’est pour l’ouverture. C’est dans la sortie hors d’elle-même, dans la situation présente qu’elle accueille, que l’Église prend conscience d’elle-même, à
travers sa réponse.

La sainteté, en quoi consiste-telle ? Justement, en cette capacité pour l’Église de répondre à la situation d’une manière ajustée, en y signifiant la miséricorde de Dieu. L’histoire de l’Église est cette incessante adaptation aux situations, pour inventer les gestes nouveaux exprimant la bienveillance prévenante de son Seigneur. Encore une image du début du pontificat du pape François. Son premier voyage est pour Lampedusa à la rencontre des migrants qui venaient de traverser, au péril de leurs vies, la Méditerranée. Cette réponse inventive à la situation qui sollicite
est forcément nouvelle. Elle se doit aussi de toujours vérifier si elle demeure bien fidèle à l’Esprit de l’Évangile qui anime le corps de l’Église depuis son commencement.

L’apostolicité de l’Église consiste à pouvoir confirmer que ce qui se vit, s’invente, se fait vraiment au nom du Christ mort et ressuscité. Au sein de l’Église se trouve cette capacité de dire ce sens de la situation, de pointer ce qui doit être tout particulièrement considéré dans cette perspective. Se développe et évolue ainsi, au fil des siècles, la doctrine de l’Église. L’encyclique Laudato Si’ revisite l’ensemble de la doctrine sociale de l’Église en prenant en compte la donne fondamentale du respect plus que nécessaire de la création aujourd’hui. Mais c’est aussi le pape François qui déclare que la peine de mort est contre la foi au Christ dans la nouvelle version du catéchisme universel, à la suite des ouvertures posées par Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI.

Une Église en marche
Ce travail d’unité, de sainteté, d’apostolicité se déploie parce que l’Église est animée par l’Esprit qui l’encourage à s’ouvrir sans cesse
et en toute situation à sa catholicité, son universalité. L’Église se comprend dans cette ouverture permanente, cette remise en cause de l’acquis à partir duquel le reste devrait « naturellement » se construire. L’Église vit de l’accueil d’autres manières, d’autres cultures, appelée qu’elle est par
son Seigneur. Son identité n’est pas derrière elle, identité qu’elle aurait à décliner, mais au-devant d’elle, vers laquelle elle marche. L’Église devient elle-même en s’ouvrant à l’autre, en toute situation, en toute rencontre. Quête incessante, jamais acquise, parce que l’appartenance à l’Église est pur don de l’Esprit. Peut se comprendre le tumulte des actions du pape François avec l’ouverture vers la Chine, la rencontre des
périphéries, l’approfondissement de la démarche oecuménique, la reconnaissance de son propre enfermement [cléricalisme], son ouverture incessante à tous… Rien ne peut retenir la Charité de l’Église pèlerine.

Ce mouvement perçu dans l’Église d’aujourd’hui se retrouve dès son commencement. En Actes 2, les croyants sont rassemblés dans l’unité de la prière commune, puis l’Esprit les pousse vers une sortie d’eux-mêmes, parlant en de multiples langues, qui manifeste la richesse secrète en leur sein et leur permet de rejoindre chacun. Un événement qui interroge les témoins, ouvre à l’interprétation. Pierre se lève et donne le sens de ce qui arrive. Cela se vit parce que nous sommes tous appelés à confesser Christ mort et ressuscité, qui nous libère de la mort du péché. Au terme, les spectateurs se reconnaissent frères des chrétiens, le deviennent, en recevant le baptême. De ce nouvel ajout, sortira une invention pour l’organisation de l’Église. Nous y retrouvons bien l’unité avec la prière, la sainteté dans la sortie vers les autres, l’apostolicité de Pierre qui donne le sens, et la catholicité de la promesse ouverte et réalisée par la réception du baptême par les autres.

Ce mouvement, qui va de l’unité du corps, assuré par la prière, en passant par la sainteté en situation, conforté par la déclaration apostolique de la cohérence et qui débouche sur l’ouverture de la catholicité, ne se vit pas qu’au niveau de l’Église universelle mais en chacune de ses composantes si elle se laisse mouvoir par l’Esprit. Il en est ainsi en chaque Église locale, mais aussi au sein des associations de fidèles. Pour la Communauté de Vie Chrétienne, ce mouvement se retrouve au sein de l’unité de base, la communauté locale, là où les compagnons se réunissent, là où s’invente dans le discernement la manière de répondre en situation, là où est envoyé le compagnon, où il est soutenu, où sa mission est évaluée, là où demeure sans cesse un « davantage » qui appelle à une ouverture toujours plus grande pour que l’Esprit tisse le Royaume de l’éternelle louange.

Que chacun de nous se laisse engendrer par la liturgie, comme action du peuple [compagnon], appeler par la Parole [sa vocation propre], susciter par la situation [serviteur], conforter par la relation à ce qui fait autorité [disciple]. Et l’Église grandira s’offrant à toute l’humanité.

Jean-Luc Fabre s.j.
 

1. Le Concile de Nicée : premier concile oecuménique convoqué par l’empereur Constantin au IV e siècle pour construire l’unité de l’Église.
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