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Air du temps - Revue N°41 - Mai 2016

LE ROLE DES CHRETIENS EN EUROPE

 A l'heure où l'Europe est secouée par des crises financières et par l'arrivée de réfugiés fuyants les guerres, le président émérite du Conseil européen, Herman Van Rompuy, dans un discours à la Chapelle pour l'Europe, revient sur les faible valeurs morales qui président aux choix européens actuels et sur le rôle des chrétiens pour contribuer au changement.


Herman Van Rompuy, President Emeritus of the European Council


L’Union Européenne a été créée sur des valeurs. Ce n’était pas d’abord un projet économique.
C’était notre réponse à la cruauté et à la barbarie de la seconde guerre mondiale et de toutes les guerres précédentes
 L’Union était basée sur la réconciliation entre les nations et par là sur la restauration
de la dignité humaine et de la valeur irremplaçable de chaque personne humaine.
Nous renoncions à la revanche.  En déshumanisant les autres inexorablement,
nous nous déshumanisons nous-mêmes dans une spirale infinie de violence et de haine.
L’UE a mis un point final à cette évolution fatale.

La chute du mur de Berlin était aussi basée sur des valeurs.
C’était une victoire sur le mensonge, sur la dictature, sur l’ignorance de la spécificité
de chaque être humain ce qui rend unique chaque être humain.
Une personne n’était qu’un million d’individus divisé par un million.
Une personne n’était qu’une partie d’un tout. Rejoindre l’Union signifiait rejoindre ces valeurs
que nous appelons souvent les valeurs européennes.

Le rôle des Chrétiens dans la création de l’Union fut crucial.
N’oublions pas que les deux idéologies responsables des pires atrocités
au siècle passé n’avaient  rien à voir avec la religion et la Chrétienté.
Les chrétiens devraient se montrer les plus forts défenseurs de l’idée européenne.

Dans le monde actuel, nous sommes confrontés à des défis majeurs

qui ont des implications éthiques très fortes.
Le flux massif de réfugiés de guerre provoque les deux sortes de réactions suivantes, y compris parmi les Chrétiens :

- une première réaction, c’est que  le renforcement des communautés musulmanes en Europe
est une menace pour le caractère propre de nos sociétés, de nos valeurs, de notre cohésion sociale.
C’est un pas en avant vers l’islamisation de l’Europe.

- une seconde réaction, c’est que  les réfugiés de guerre, en tant qu’êtres humains,
ont besoin de notre compassion, et en tant que victimes du terrorisme et de la barbarie,
ils ont besoin de notre générosité et de notre hospitalité.
Nous pouvons œuvrer ensemble à leur intégration dans une société multiculturelle.
Nous tenons fermement à nos valeurs publiques et la solidarité en fait aussi partie.

Le 1er groupe de personnes considère comme naïf le second.
Le second groupe décrit le 1er comme égoiste, mu par la peur et non pas l’espérance.

Une vision sage est de travailler à l’équilibre entre humanisme et réalisme. C’est plus vite dit que fait !


Permettez-moi de commenter ces deux approches:

1 - nous  ne devrions pas tomber dans le piège de la généralisation.
‘’Mettre tout le monde dans le même panier’’ et réintroduire la notion de culpabilité ‘’collective’’.
Ce serait très dangereux car c’est la base du nationalisme et du racisme.
Une répétition des attaques de Cologne ou de nouvelles attaques terroristes renforcerait
ce sentiment de “choc des civilisations”  C’est pourquoi, il est crucial que des voix modérées,
de lucidité, de dialogue, de fermeté soient plus souvent entendues aussi bien du coté Musulman
que du côté Chrétien. Sinon, les choses  peuvent dérailler.

2  - Mon slogan est “ une civilisation, plusieurs cultures”. Notre civilisation occidentale
est basée sur la démocratie, la  règle du droit,  l’égalité des sexes, la non discrimination, 
la séparation entre l’Eglise et l’état, et sur l’économie sociale de marché
 

A l’intérieur de ce cadre, il devrait y avoir de la place pour de nombreuses croyances et  cultures.
Nous devons marcher sur deux jambes. Une fois ce modèle accepté, le nombre de Musulmans
ou  de personnes d’autres croyances est moins important.
Le sentiment général est que nous n’y sommes pas encore.

 Mon second commentaire est que derrière cette soi-disant défense de nos ‘valeurs ‘,
 il s’agit plutôt d’une aversion pour l’autre, un refus de solidarité, le coté égoïste
 de nos sociétés introverties, la peur de l’individu isolé. La défense de nos valeurs
peut être un prétexte / un alibi pour un égoisme que nous ne voulons pas voir.
Cela aussi est une évolution dangereuse.

Dans tous les cas, les Chrétiens devraient rester personnalistes.
Les êtres humains ont une dignité intrinsèque qui ne peut jamais être relativisée
ou diminuée, et que nos contemporains et nos sociétés n’ont aucun droit de supprimer
ou de violer. Les êtres humains sont des êtres de relation et des êtres qui s’engagent
c’est-à-dire qui prennent librement la responsabilité de leurs propres vies, mais aussi de celles de leurs contemporains et de la société dans son ensemble.

Les Chrétiens ne devraient jamais oublier que leurs contemporains sont des personnes réelles,
surtout celles qui sont dans le besoin. Nous devenons des personnes vraiment concernées
et moralement engagées,  vis-à-vis de ceux qui traversent la Méditerranée en hiver,
vis-à-vis des enfants qui meurent dans le froid ou qui vivent sous des tentes à Calais.
La vue de ces visages  peut, peut-être, changer notre point de vue et notre attitude.

Contrairement à bien d’autres idéologies, le personalisme ne prétend pas apporter
une réponse, clé en main, à tous les défis et problèmes que nous devons affronter, en tant que sociétés ou individus.
Il n’y a pas de livre de réponses, mais bien plutôt une collection de principes
et de grandes lignes que nous pouvons suivre quand nous essayons de dire
comment nous devrions nous traiter les uns les autres et quel rôle l’état et
les autres institutions devraient jouer dans nos sociétés.

Nous devons  être conscients que nous sommes à  un carrefour et que beaucoup de choses sont en jeu.

Les Chrétiens, en tant que tels, peuvent avoir des vues différentes sur la politique économique,
sur  la nécessité de l’austérité ou de réformes structurelles, sur les  irrégularités
dans nos sociétés et sur la façon de résoudre le changement climatique.
Les Chrétiens peuvent donner un contenu différent  à des valeurs telles que la responsabilité et la solidarité.
Ces vues différentes sont plus explicites aux US qu’en Europe. Mais en Europe aussi,  des minima éthiques  devraient être respectés. Nous ne pouvons continuer  d’augmenter sans fin  des dettes publique et privée,
de détériorer notre environnement, d’épuiser les matières premières  
et les sources d’énergie non-renouvelables. Aimer son voisin n’est pas suffisant.
Tous les êtres humains, présents et futurs, sont nos voisins.
C’est aussi simple que cela.

Nous ne devrions prendre aucun risque. Echouer sur l’avenir de l’humanité
est le plus gros échec que l’on puisse imaginer.
L’Union Européenne a pris la tête de la COP – 21 à Paris sur le changement climatique.
Nous avons ‘péché’ dans le passé - depuis le début de la Révolution Industrielle-
mais nous avons changé nos politiques. Il  ne faudrait pas que ce soit :  ‘’ trop peu trop tard’’.

La crise dans la zone euro  a été  un défi à ces valeurs clés que sont la  responsabilité et la solidarité.
 Dans le passé,  certains pays  ont augmenté leurs  dettes de  manière irresponsable
et  ont dû effectuer des corrections. D’autres pays avaient, et ont toujours,
les moyens de montrer plus de solidarité mais ils étaient réticents et parfois
attendaient trop longtemps. Mais dans les deux cas, la responsabilité
et la solidarité ont été davantage le résultat d’un besoin plutôt que d’un choix positif.

La valeur morale de tout cela est assez faible !!  Je ne suis pas naïf, et les résultats comptent,
mais personne  ne peut ignorer le déficit moral.

L’Union Européenne n’est pas l’Europe; ni en termes budgétaires ni en ce qui concerne la société.
Des Chrétiens sont engagés dans nos Etats Membres, dont le développement est
dans une large mesure indépendant  du développement dans l’Union Européenne en tant que notre Union Européenne.

Que dire de notre capital social, de la solitude, du malheur, de notre capital familial,
de la distribution des revenus, de l’aide au développement, du rôle de l’éducation,
de l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale et de la qualité de vie ?
Dans tous ces domaines nous avons besoin d’une dimension humaine même
dans une économie mondialisée et hautement compétitive.
Il n’y a pas de réponses toutes faites, mais l’approche est importante.
Le personnalisme est la seule manière d’envisager les choses.
Nous vivons dans des sociétés sécularisées. Ce n’est pas une menace pour les Chrétiens.
Au contraire, c’est une vraie chance. Nous devons faire nos propres choix,
pour convaincre les autres. Même en dirigeant par l’exemple
. Depuis l’arrivée de l’Islam en Europe occidentale, les vieilles rivalités
entre Chrétiens et non-croyants ne sont plus aussi prépondérantes.
Le paysage est plus varié. D’une part, on blâme la religion en général
pour les crimes des extrémistes, ‘’ Religion signifie guerre’’.
Et d’autre part, la religion est de nouveau un facteur de nos sociétés.
Le dialogue est plus que jamais nécessaire, non seulement pour la recherche
 des valeurs communes mais aussi pour prendre  conscience des différences
qu’il peut y avoir  dans la mise en oeuvre de ces valeurs.
C’est la raison pour laquelle le dialogue doit être authentique.

Dans les relations interpersonnelles,  ‘’l’autre’’ est différent de ce que je suis moi-même.
Nous vivons et aimons des gens qui ne sont jamais comme nous.
Les différences font partie de la vie. Mais vivre ensemble veut dire rechercher un terrain commun,
où nous pouvons vivre en harmonie. Le dialogue conduit à la convergence.
Le dialogue fait partie de la culture. L’intégration n’est pas l’assimilation et  le paradigme ‘’
une civilisation plusieurs cultures’’ reste toujours valable.
 

Nos sociétés changent radicalement en raison de la technologie, de la biotechnologie,
de la prospérité, du progrès médical, de la mondialisation, de l’immigration etc….
La pire des attitudes est de se replier sur soi-même et d’être dominé par la peur.
Là est la source des conflits et de la violence.
Notre approche doit rester pleine d’espérance. (Wir schaffen das”, “yes, we can”),
nous devons être du côté d’Eros et non de Thanatos.
Les Chrétiens doivent contribuer à ce changement sociétal, même s’ils sont dans la position du ‘’petit reste d’Israël’’.

Traduit de l’anglais par MT MICHEL



Retrouver le texte dans sa version originale en anglais



lien vers la chapelle pour l'Europe


Discours donné par H V Rompuy, à la Chapelle pour l’Europe à Bruxelles le 20/01/2016
 
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