Actualités
Archives de la revue

Recherche détaillée >
À faire, à voir
Retrouvez-nous sur
Facebook et Twitter !
La Communauté de Vie Chrétienne
www.cvxfrance.com
Centre spirituel du Hautmont
www.hautmont.org
Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°43 - Septembre 2016

Le Net fait bouger la théologie et la foi

Avec le développement d’Internet et du numérique, nous devenons de plus en plus des « homo numericus ». Notre rapport au travail, au temps, à l’espace, aux infos, aux autres… change. Notre foi ne peut pas rester à l’écart. Elle aussi est impactée par Internet et la culture post-moderne numérique, souligne Nathalie Becquart, Xavière. Mais si plongés dans ces outils, notre relation aux autres et nos manières d’être en Église bougent, le cœur de notre foi reste le même.
 

 Internet a changé nos façons de travailler, de nous informer. A-t-il aussi un impact sur notre foi?


Nathalie Becquart : Internet a un fort impact sur nos sociétés. C’est devenu notre milieu de vie, toutes les activités humaines se numérisent. Avec le développement de ce que j’appelle la culture post-moderne numérique, nos relations aux autres, au temps, à l’espace, à l’autorité… ont changé. Donc, forcément cela modifie également notre foi qui s’exprime toujours dans et à travers une culture donnée. Vivre sa foi aujourd’hui est sans doute différent de vivre sa foi avant l’apparition d’Internet même si l’on n’a pas encore suffisamment de recul pour le nommer complètement. Cela relève de la dynamique d’inculturation de la foi. On ne peut pas penser et exprimer Dieu en dehors d’une culture et de son langage, si la culture change, notre façon d’appréhender et nommer le mystère de Dieu change également.
En effet, on ne vit pas la foi tout à fait de la même façon si l’on est Japonais, Brésilien ou Français, si l’on vit au XVIe , XIXe ou du XXIe siècle. Chaque culture met en relief tel ou tel accent ou facette du Dieu de Jésus-Christ…
Aujourd’hui, par exemple, un principe fort de cette nouvelle culture dont les réseaux sociaux sont un des symboles, met en avant beaucoup plus le partage, la communication horizontale. Si j’aime une vidéo sur Facebook, je « like » et je partage. N’est-ce pas une valeur évangélique, comme une « semence du Verbe » ? Bien sûr dans cette nouvelle culture Internet, comme dans toute culture, s’il y a des éléments en affinité avec l’Évangile, il y en a d’autres à convertir. Sur Internet s’exprime le meilleur – la solidarité, la communion par exemple lors d’un attentat comme on a pu le voir le 13 novembre avec le buzz du hashtag #PrayForParis – comme le pire avec le développement dramatique de la pornographie.


Et la théologie, est-elle également changée par ce nouvel outil?

Nathalie Becquart Je pense que les fonctionnements nouveaux qui se développent dans cette société hyper-connectée que nous habitons – (l’interactivité, le réseau, l’expression plus grande de l’opinion publique dans l’Église…) nous poussent à aller plus loin dans la réception de Vatican II. Cette culture Internet qui appelle plus de participation, moins de hiérarchie, plus de co-construction, peut encourager notre chemin vers une Église plus synodale et dialogale. Par ailleurs, dans une culture numérique et démocratique qui met la relation et l’individu au centre, sans doute a-t-on redécouvert davantage la dimension de la relation de Dieu-Trinité.
 Un seul Dieu en trois Personnes qui est en lui-même relation, auto-communication. Penser le christianisme à l’heure d'Internet nous invite à travailler une théologie de la communication enracinée dans la théologie trinitaire. Il est sûr qu’au Moyen-Âge, nous ne pensions pas tout à fait Dieu de cette manière. Pourtant, c’est bien le même Dieu. Notre approche de Dieu se dit avec le langage et les catégories mentales dont nous disposons. Autre exemple que je vis dans ma communauté Xavière où se trouvent les jeunes novices en formation. Il y a 20 ans au noviciat, quand j’étais novice et que nous avions à présenter à la communauté quelque chose du thème que nous avions travaillé, on partageait à partir d’un texte que nous avions écrit, parfois d’une affiche papier. Aujourd’hui, les novices quand elles partagent quelque chose à la communauté le font généralement en images, souvent avec une vidéo qu’elles ont réalisée. Et c’est très intéressant, car à travers cette nouvelle forme d’expression, elles nous font découvrir quelque chose de notre charisme avec une nouvelle tonalité ou facette. Saint Paul à son époque, pour continuer à communiquer avec les communautés qu’il avait fondées, a utilisé le moyen de son époque : les lettres. Ses épîtres sont structurées comme celles des lettrés de l’Antiquité, et pourtant il a su trouver comment, à travers ce langage, communiquer le mystère du Christ. Aujourd’hui, nous devons entrer dans la même démarche avec tous ces nouveaux langages Internet. Par Tweeter, Facebook ou Instagram, il est possible de communiquer l’Évangile. Le Pape - considéré comme une des personnalités les plus populaires et influentes sur les réseaux sociaux - le fait très bien.


En quoi le Net peut-il nourrir notre foi?

Nathalie Becquart Sur Internet on peut trouver beaucoup de sites et ressources pour nourrir sa foi: les textes du jour et le bréviaire, des retraites en lignes, des applications pour prier…. sans oublier les vidéos, images, musiques liturgiques… Est-ce que cela change notre vie spirituelle ? En quoi prier à partir de l’Evangile du jour sur mon smartphone plutôt dans une Bible papier, influence-t-il ma manière de prier ? Je ne saurais le dire. Mais ce que je vois aujourd’hui par exemple, dans l’accompagnement spirituel des jeunes, c’est que là où traditionnellement je proposais des livres de lectures spirituelles, il me faut aujourd’hui m’adapter pour proposer à certains là où ils en sont comme porte d’entrée et nourriture dans la foi plutôt une vidéo du Jour du Seigneur disponible sur Youtube, une prière guidée sur Notre-Dame du web, des podcasts avec les chants de Taizé pour les aider à entrer dans la prière personnelle… L’image et la musique sont en effet devenues les langages premiers des jeunes. Nous sommes passés d’une culture de l’écrit à une culture des écrans. La musique, qu’ils écoutent en quasi permanence sur leurs écouteurs, a ainsi une place très importante dans leur vie. Ils sont habitués depuis l’enfance à certains standards musicaux. Du coup, si en paroisse à la messe, les chants sont faux, les micros mal réglés et s’ils ne sont pas sollicités visuellement… ils auront plus de mal à entrer dans la liturgie.


Et les sacrements?

Nathalie Becquart Les sacrements ont besoin de la rencontre incarnée. Nous sommes la religion de l’Incarnation. Ils ne peuvent donc se donner sur le Net. Pourtant quelque chose se donne d’une expérience de Dieu et de l’Église à travers le Net. Ainsi, les personnes qui suivent la messe à la télévision ne vivent-elles pas quelque chose du sacrement ? Et j’ai rencontré plusieurs personnes qui en suivant les JMJ sur les ré- seaux sociaux ou à la télé ont été touchées et retournées. D’autres m’ont dit sans l’avoir rencontré de visu mais seulement dans les mé- dias numériques « le Pape François m’a fait retourner à l’Église »… La grâce de Dieu passe par toute sorte de moyens, lieux, personnes et expériences, y compris via le net !
Propos recueillis par Marie-Gaëlle Guillet

Nathalie Becquart, Xavière, directrice du Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations à la Conférence des Évêques de France
Elle a écrit : L’évangélisation des jeunes: un défi; eglise@jeunes2.0 Édition Salvator

Impression Envoyer à un ami
Commentaires des internautes
Il n'y a pas de commentaire.
Réagir à cet article
Vous devez avoir un compte pour laisser un commentaire.