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Courrier des lecteurs - Revue N°31 - Septembre 2014

Le don en argent

Quels liens entre le don en argent, les réductions d'impôts, la fraternité et l'évangile ? C'est ce que nous expose ce lecteur attentif.


 
 
C’est avec beaucoup de retard que je souhaite faire remonter ma façon de voir sur le don en argent et la réduction d’impôt que je vois plutôt comme un partenariat avec l’Etat.
 
 
Don en argent
 
Dans le n° 31 à la page 9 « sous l’apparence du bien » il est abordé la problématique du don en argent et de la réduction fiscale. Tout l’argumentaire est parfaitement analysé puisque statistiquement la dernière quinzaine de décembre est la plus « généreuse » de l’année. Effectivement il faut se méfier de notre générosité : « … ne sont-ce pas les Chinois qui jugent que la bienfaisance doit être tenue plus pour un péché que pour une vertu ? » (Agatha Christie dans Témoin indésirable chapitre 7) sans compter l’avertissement de Saint-Paul : « Sans l’amour je ne suis rien ».
 
La conclusion de l’article est que nos dons ne doivent pas entrer en concurrence avec l’impôt qui alimente le pot commun nécessaire au fonctionnement de l’Etat dont nous bénéficions. Personnellement j’ai un autre point de vue qui désigne l’ensemble de mes dons sous plusieurs vocables afin qu’ils ne soient pas « sous l’apparence du bien », bien qu’il faille toujours se méfier des apparences.
 
Avant de donner, il faut avoir reçu quelque chose à donner. Ce que nous avons reçu soit par le revenu de notre travail, soit par la redistribution sociale par diverses allocations, soit par héritage, …, nous en sommes propriétaires mais nous avons une responsabilité effective sur leur emploi tant envers les hommes d’aujourd’hui et de demain, que d’un point de vue écologique. (On peut se référer à l’encyclique « LAUDATO SI » n° 93-34-95)

 
 
Pour moi le don se décline en cinq attitudes entremêlées, plus une.
 
 
1.     Le CCFD a été créé en 1961 et depuis peu la CVX en fait partie. Dans les années 1970 le CCFD proposait ce qu’il appelait « l’imposition volontaire », un impôt de solidarité versé au CCFD pour la répartition des richesses envers les plus pauvres de la planète et ce, pas pour leur dire ce qu’il faut faire, mais pour leur donner les moyens de faire ce qui leur semblait nécessaire. Pour ma part cette  « imposition volontaire » est un acte de responsabilité. Ce n’est pas un don mais un chemin d’équité depuis quelque chose de mal partagé au départ.
Il peut être comparé aux aides que beaucoup de français reçoivent de l’Eta
t, c’est une redistribution qui de plus peut entrer dans le point 3 comme la cotisation syndicale il y a quelques années.
 
2.     En ce qui concerne l’Eglise, cette  association  d’un point de vue civil, ne demande pas de cotisation obligatoire pour y adhérer, mais il lui faut les moyens de vivre. L’Eglise  invite chacun en conscience et en responsabilité de calculer le montant de sa participation financière au vu de ses ressources. Ce n’est pas un don, c’est une cotisation qui également peut entrer dans le point 3.
A CVX il est en de même.
 

3.     Après il y a ce que je donne aux associations « déclarées d’utilité publique ». (Si vous ne payez pas d’impôt, passer directement au point 4 sinon vous aurez le sentiment d’être un citoyen de second ordre.)

L’Etat m’autorise à demander le remboursement de mes versements, le plus généralement à hauteur de 66%,
sur le montant de mes impôts. Certains pensent que cela ampute les recettes de l’Etat pour le bien commun.
(Par ailleurs on pourrait se demander pourquoi l’Etat baisse régulièrement l’impôt sur le revenu qui est le plus juste et qu’il augmente la TVA qui n’est pas équitable, mais ceci est un autre débat !).
Pour ma part je considère que l’Etat me permet de choisir, en accord avec lui (utilité publique), l’affectation d’une partie de mes impôts. Il conditionne ce choix à un engagement de ma part qui soit égal à la moitié de ce que je demande (66% de réduction). On peut penser que l’Etat souhaite favoriser cette participation au bien commun puisqu’il a réduit ses exigences en passant de la même somme (50% de réduction) à la moitié en général et un tiers avec les associations venant en aide aux pour les personnes en difficulté (75% de réduction). Il limite ce choix à 20 % de mes revenus. On peut déplorer que cette possibilité de choix soit censitaire et que cette possibilité ne soit pas étendue à tous, non pas par une réduction d’impôts mais par un crédit d’impôt. Ce serait plus juste.

Pour moi cette démarche est de la démocratie directe : ce ne sont pas les députés mais moi qui affecte une partie des impôts à des actions d’utilité publique, actions qu’il serait peut-être bon de redéfinir. 
(On peut étudier en parallèle la cotisation syndicale non prise en compte dans les impôts dans le passé, puis passée à la réduction d’impôt censitaire pour être aujourd’hui un crédit d’impôt).
Par contre cette démarche doit être une démarche généreuse et citoyenne tout au long de l’année et non pas une réaction malsaine la dernière quinzaine de décembre, en vue du paiement futur de l’impôt. Elle a aussi le travers de faire tomber dans l’illusion de donner trois fois plus qu’en réalité comme vous le faites remarquer.
Il faut donc bien prendre conscience, calculette à la main, de la partie don 1/3 et la partie affection de mon impôt 2/3.

En conséquence seul 1/3 de mes dons est à mettre aux crédits du point 4, les 2/3 sont à mettre à l’affection personnelle de l’impôt. 
Si on voulait être vraiment propre intellectuellement il faudrait fonctionner à l’envers comme le fait l’Etat en conditionnant son aide (subvention) à l’aide versée par d’autres partenaires. (Participation de l’Etat xx%, de …. xx%, …sur de nombreux panneaux). L’association récolte ses dons et en fin d’année l’Etat verse une subvention égale au double des sommes récoltées.

 
4.     Après les 3 premiers points  il y a le don gratuit. Mais il faut bien se rappeler que sa valeur est inversement proportionnelle à l’importance de ce que je conserve pour mon nécessaire (Luc 21, 1-4). Je ne dois pas considérer le montant de ce que je donne car plus j’ai et plus mon don peut être important en montant, mais pas  forcément en valeur. L’écologie de la décroissance heureuse peut nous amener à reconsidérer notre vrai nécessaire et notre superflu raisonnable et social pour calculer (et non pas estimer à vue de nez) le montant de nos dons.
Mais si ce don engage mon intelligence envers les hommes, envers la planète sur sa valeur et non pas son montant, engage-t-il mon cœur envers mes frères humains ?

 
5.     Ensuite il y a la fraternité républicaine, «  Liberté-Egalité-Fraternité », issue de la fraternité évangélique selon le Père Dujarrier. Celle-ci me porte à m’ouvrir au-delà de mon intelligence et de l’organisation sociale envers quelqu’un, une famille que j’aide financièrement en fraternité. Certains habitants de Calais m’ont ouvert les yeux sur ce sujet.
Est-ce que je peux garder pour moi de l’argent nécessaire à mon prochain (Luc 10, 35).

 

+1 Après c’est : « Vends tous tes biens et suis moi », mais là je ne suis pas prêt.
 
 
Par ailleurs s’il y a un seul point vraiment commun à toutes les religions et à l’islam en particulier (son troisième pilier) c’est le don.
Il est en accord avec  toutes les théologies, mais on parle rarement de ce point commun….que nous pratiquons généralement avec modération.

Jacques
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