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Lire la Bible - Revue N°27 - Janvier 2014

Le discours de Paul à Athènes


 
Saint Paul, « l’Apôtre des Gentils » (des non-juifs) a joué un rôle capital dans la propagation du christianisme dans le monde gréco-romain, portant la bonne nouvelle du salut en Asie mineure, en Grèce et jusqu’à Rome. Le père Edouard Cothenet nous éclaire sur les enjeux d’alors et actuels du discours de Paul à Athènes (Actes des Apôtres, chapitre 17).
 
Pour le visiteur, quelle émotion quand il découvre, face au Parthénon, au pied de la colline de l'Aréopage, une grande plaque de bronze où est gravé le célèbre discours de Paul ! Le lieu lui donne toute son importance.
 
Le contexte
 
Bien que déchue de tout rôle politique, Athènes demeurait la ville des arts et de la philosophie. Au début de son récit, Luc nous montre Paul attentif aux temples et aux statues si nombreuses (Actes 17, 16s.). Ici, l'auditoire n'est plus formé seulement du petit monde qui fréquente la synagogue ; sur l'agora, l'Apôtre se mêle à ceux qui passent leur temps « à raconter ou à écouter les dernières nouveautés » (Actes 17, 21). Dans ce public bariolé, on reconnaît même des philosophes, épicuriens et stoïciens, se rattachant aux deux écoles les plus influentes de l'époque, Les noms de Jésus et d'Anastasis (résurrection) intriguent (v.18). Paul est donc invité à s'expliquer sur le culte de ces divinités étrangères qu'il voudrait introduire dans la cité. L'histoire de Socrate, condamné à mort pour ce motif, ne serait-elle pas sous jacente ?
 
Pour apprécier l'originalité du discours d'Athènes, il faut le mettre en rapport avec les deux autres discours missionnaires que Luc place dans le cadre des voyages apostoliques de Paul (Actes 13-20). Rappelons que, à la manière des historiens antiques, Luc utilise la forme du discours pour éclairer le sens des événements et présenter la doctrine en cause. Le premier discours type se situe dans la synagogue d'Antioche de Pisidie (Actes 13,16-41), où se trouvent rassemblés des Juifs et des sympathisants (les craignant-Dieu). Lors de l'homélie du sabbat, Paul s'inspire des thèmes de la prédication juive. Après le rappel des grands événements de l'histoire du salut, il annonce que les promesses de Dieu sont accomplies en Jésus. Dans le discours d' adieu adressé aux anciens de l'Eglise d'Ephèse convoqués à Milet (20, 17-35), l'Apôtre invite à la vigilance doctrinale et au désintéressement évangélique. C'est ainsi que les trois discours d'Antioche, d'Athènes et de Milet forment un tout doctrinal. Ils montrent l'enracinement de l'évangile dans les Ecritures, invitent au dialogue avec le monde de la culture, et fournissent des directives pour l'avenir des communautés.
 
Au cœur du discours
 
Paul commence à la manière des orateurs : « Ô hommes Athéniens ! » Il cherche à se concilier la faveur (captatio benevolentiae) en évoquant l'extrême religiosité de ses auditeurs. Le mot est bien choisi, comportant derrière l'éloge une nuance de blâme. Alors que, dans sa visite, Paul ressentait une vive indignation contre tant d'idoles, ici il va chercher un point d'appui pour son argumentation dans une inscription au Dieu inconnu. On ne l'a pas retrouvée, mais on sait qu'li y avait des inscriptions « aux dieux inconnus d'Asie, d'Europe, d'Afrique... » Qu'importe le texte exact ? Paul va s'appuyer sur l'inquiétude religieuse de son temps et y répondre.
 
Avec maestria, Luc donne au discours une double coloration, philosophique et biblique. Attachons-nous à relever les contacts avec la philosophie religieuse du temps. C'est ainsi qu'en déclarant que la divinité n'habite pas dans des temples faits de main d'homme, Paul ne pouvait que recevoir l'approbation de l'auditoire. Selon Zénon, fondateur du stoïcisme , il ne faut pas bâtir de temples, « car aucun temple n'est chose précieuse ou sainte.» Que la divinité n'ait pas besoin de nos prestations, c'est un enseignement biblique qui rejoint celui des philosophes. Dieu est la source de tout bien, Lui qui donne à tous « la vie, le souffle et tout le reste ».
 
Faisant un pas de plus, Paul évoque alors l'action de Dieu dans l'histoire. En affirmant l'unité du genre humain, Paul rejoint un enseignement fondamental du stoïcisme, selon lequel tout homme est citoyen du monde. Dans une formule magnifique, Paul évoque alors la destinée de l'homme appelé à chercher Dieu, comme à tâtons. Bien choisie, l'expression apporte une sourdine aux prétentions de la seule raison. Pourtant l'Apôtre va chercher une illustration de sa pensée par la citation de deux poètes se rattachant au stoïcisme : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être » (...), car «nous sommes de sa race ».
 
Paul est allé ainsi jusqu'au bout dans sa recherche d'un terrain d'entente. Maintenant, il lui faut passer à l'exposé spécifique de la foi chétienne, et c'est alors que les choses se gâtent. Comment un auditoire chargé de veiller à la conservation des traditions de la cité pourrait-il admettre que son époque soit un « temps d'ignorance » ? De quelle conversion cet étranger peut-il bien parler ? La résurrection, c'est un non-sens !
 
Paul n'a pas le temps d'achever son discours. Déjà les auditeurs s'en vont en ricanant. Seules quelques personnes, dont une femme, Damaris, et Denys l'Aréopagite, formeront la première communauté de la ville.
 
La portée du discours
 
Cet échec signifie-t-il que Paul a fait fausse route, en engageant le dialogue avec le public cultivé de son temps? Est-ce la raison pour laquelle, à Corinthe, Paul condamnera la sagesse du monde et exaltera la croix, « scandale pour les Juifs et folie pour les païens. » (1 Corinthiens 1, 23)
 
Cette interprétation négative va à l'encontre du projet de Luc, soucieux de l'insertion du christianisme naissant dans le monde de son temps. Ne présente-t-il pas sous un jour relativement favorable la justice romaine ? En écrivant à la manière des historiens de son temps, Luc ne cherche-t-il pas l'audience de gens instruits, comme Théophile à qui il dédie son œuvre ? Certes, l'Evangile est et sera toujours signe de contradiction, néanmoins, à la manière de Paul, le prédicateur doit se faire « tout à tous » (1 Corinthiens 9, 19-23).
 
Au milieu du IIème siècle de notre ère, Justin[1] s'est délibérément situé dans cette perspective. Dans sa Première Apologie adressée à l'empereur Antonin-le-Pieux en faveur des chrétiens, il recueille les « semences de vérité qui se trouvent chez les philosophes. » Pour lui en effet, le logos de Dieu est à l'oeuvre dès l'origine et chez tous les hommes :
« Le Christ est le premier-né de Dieu, son Verbe (logos), auquel tous les hommes participent (...) Ceux qui ont vécu selon le Verbe sont chrétiens, eussent-ils passés pour athées, comme chez les Grecs, Socrate, Héraclite et leurs semblables, et chez les barbares, Abraham, Ananias (...) Elie, et tant d''autres.» (1 Apol. 46)
 
Pour nous aujourd’hui
 
Telle est aussi la perspective dans laquelle il faut apprécier l'oeuvre missionnaire d'un Matteo Ricci qui apprit la doctrine de Confucius et s'habilla à la manière des mandarins afin de pouvoir être admis à la cour impériale.
 
Le concile Vatican II, dans la constitution sur l'Eglise (Lumen gentium), envisage le cas des non-chrétiens qui suivent le témoignage de leur conscience. « Tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l'Eglise le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie. » (n° 16)
 
C'est pourquoi, dans le Décret sur l'action missionnaire, le Concile invite « à découvrir avec joie et respect les semences du Verbe » présentes dans chaque culture (n°11). Telle est la volonté de «l'Esprit Saint qui appelle tous les hommes au salut par les semences du Verbe et l'annonce de l'Evangile. » (n°15) . Les laïcs sont charges spécialement de mieux connaître la culture de la société dans laquelle ils vivent afin de la purifier au souffle de l'Evangile (n°21) . Selon la première encyclique de Paul VI, Ecclesiam suam, il ne peut y avoir d'évangélisation sans dialogue. L'inculturation est ainsi une tâche toujours à poursuivre.
 
A la manière de Paul, allons sur l'agora pour prendre part aux débats de notre temps, et cela dans cet esprit d'ouverture qui animait le cardinal Martini en fondant à Milan la Chaire des non-croyants.
 
Paul cherchait un point d'appui dans la religiosité de son époque. Malgré la sécularisation de la société, beaucoup de nos contemporains sont en recherche d'un sens à leur vie. Les recettes de spiritualité font florès. Les monastères du bouddhisme tibétain connaissent un succès étonnant. N'avons-nous pas à répondre à cette attente diffuse ?
 
Paul s'inspirait de la doctrine stoïcienne sur l'unite et la cohérence du kosmos. Aujourd'hui, nous prenons conscience de la précarité des ressources de la planète. La foi en la création qui implique la responsabilité de l'homme peut être un bon point d'accrochage pour présenter la foi chrétienne. A chacun de poursuivre cette réflexion en vue d'une évangélisation à la manière de l'Apôtre des nations.
 
Edouard Cothenet
 

 
Prêtre du diocèse de Bourges, Edouard Cothenet a enseigné l'Ecriture Sainte à l'Institut Catholique de Paris, a fondé l'Association Foi et Culture et a travaillé à la pastorale des étrangers dans son diocèse. Il est notamment l’auteur de Paul, serviteur de la nouvelle alliance, selon la seconde épître aux Corinthiens, Cerf, 2013.


[1] Saint Justin (100 – 165) était un apologiste chrétien de langue grecque. Après avoir pratique la philosophie païenne (Stoïque, Aristote, Pythagore, Platon), il se convertit et mourut martyr (décapité) sous le règne de Marcus Aurelius. L’apologie consiste à éclairer l’intellignece pour aider la foi : c’est-à-dire répondre aux faisses raisons qui empêchent de croire et énoncer les bonnes raisons qui poussent à croire en Dieu.
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