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Le défi de la durée

Souvent aujourd’hui « amour » ne rime plus avec « toujours». Pourtant le désir de réussir sa vie amoureuse est toujours là. Analyse de la situation.

Que se passe-t-il aujourd’hui dans les couples où l’amour rime de plus en plus difficilement avec toujours ?[1] En fait nous vivons une situation paradoxale car réussir sa vie amoureuse (dans le cadre du mariage ou du pacs) est l’une des grandes aspirations de nos contemporains, cette réussite étant perçue comme la voie royale vers le bonheur. Et cependant les ruptures n’ont jamais été aussi nombreuses dans les couples !

Un fait indéniable cependant, l’amour lui-même n’est pas dévalorisé. Aimer et être aimé reste l’expérience la plus merveilleuse qui soit, souligne le philosophe Luc Ferry. L’amour, dit-il, est « un sentiment d’une force incomparable qui donne du sens et de la valeur à nos existences[2] ». Il révèle un « irrépressible sentiment de transcendance […] car celui ou celle que j’aime m’apparaît comme « plus important que moi », il m’oblige […] à sortir de moi, à me dépasser, à me détourner de mon égo pour regarder ailleurs[3] ».

En réalité le sentiment amoureux renforce l’être de celui qui est aimé : « son  amour me fait exister, dit l’un », « elle m’aime, je me sens plus fort et je crois en moi », confie un autre. L’amour a donc ce pouvoir extraordinaire de conforter celui qui vit cette expérience tout en l’aidant à sortir de lui même. On ne comprend donc pas pourquoi une aventure aussi merveilleuse s’inscrit si difficilement dans la durée.

Interviennent d’abord des mécanismes psychologiques. La relation amoureuse est parfois imprégnée d’illusions dans la mesure où l’être aimé est idéalisé. On risque alors d’aimer le partenaire, non pas tel qu’il est, mais tel que nous le rêvons. Et au fil des années, celui-ci se révèle sous son vrai jour, mélangé, limité, imparfait. La déception peut alors miner l’enthousiasme amoureux.

Savoir passer de la fusion à l’autonomie

Autre risque redoutable : quand il est fort, l’amour a la tentation d’être possessif et captatif. Or, s’ils apprécient d’être valorisés par l’amour de l’autre, les partenaires veulent aussi exister par eux-mêmes et ne pas être absorbés par une passion dévorante. Avec les années de vie commune, le besoin d’indépendance grandit et, pour durer, chaque couple doit  négocier au mieux le passage de la fusion à l’autonomie.

Les évolutions de la société jouent aussi un rôle dans la mesure où la relation homme-femme se transforme. Pendant des siècles, l’homme était valorisé par des fonctions nobles : il faisait la guerre, assurait des responsabilités sociales et son éducation lui donnait le pouvoir culturel : il savait… Aujourd’hui les femmes font des études, rivalisent avec les hommes dans la vie professionnelle et prennent des responsabilités.

Mais il y a plus : en prenant conscience des ruptures  qui se produisent dans les couples de la génération de leurs parents, de nombreuses jeunes femmes ont le sentiment qu’il est risqué de dépendre totalement d’un homme. Aussi préfèrent-elles assurer d’abord leur avenir et avoir des enfants seulement quand leur insertion dans la société paraît moins aléatoire. Dans ce contexte, certains hommes ont l’impression de perdre leur pouvoir familial et d’être réduits à un rôle subalterne. Or l’amour s’accommode mal de ce bouleversement des rôles.

Certaines évolutions culturelles contribuent aussi à affaiblir les liens amoureux. La culture moderne vulgarise un certain langage « psy » qui permet d’explorer le monde des sentiments. Les femmes l’utilisent souvent pour parler de leur « ressenti affectif » alors que les hommes sont mal à l’aise pour évoquer leurs états d’âme personnels. « Nous n’arrivons pas à avoir de vrais échanges avec mon mari, dit une femme, car il n’aime pas parler de lui. Aussi nous n’avons plus rien à nous dire.» Dans ce climat, l’envie de rester ensemble s’affadit.

L’amour a besoin d’inventions

Peut-on inverser la tendance actuelle qui conçoit le lien amoureux comme une expérience forte, mais à durée limitée ? Il n’existe pas de solution miracle mais deux précautions peuvent aider.

Un sain réalisme d’abord. Les couples ne doivent pas rester bloqués sur le souvenir euphorique des périodes fusionnelles initiales. L’amour n’est pas un sentiment  immobile, figé une fois pour toutes. Il évolue, se transforme et peut s’enrichir des événements (heureux et moins heureux) de l’existence commune. Comme tout organisme vivant, l’amour a besoin d’être nourri d’inventions, de surprises agréables, de projets élaborés ensemble. S’il reste enfermé dans la routine, il perd toute saveur et se dissout dans l’ennui. 

Mais pour s’inscrire dans la durée, la vie amoureuse doit aussi être stimulée par une exigence éthique : le respect profond du partenaire. Celui-ci doit à la fois se sentir réellement valorisé par l’amour tout en ayant la liberté de rester profondément lui-même. Un seul passage incontournable pour y parvenir : l’acceptation des différences. S’aimer ce n’est pas réduire l’autre à soi pour qu’il finisse par penser, réagir, sentir comme nous. C’est, au contraire, accepter l’originalité de l’autre, dont les émotions, les enthousiasmes et les blocages peuvent surprendre. À ce niveau, le langage joue un rôle essentiel car échanger aide ceux qui s’aiment à comprendre pourquoi ils ne réagissent pas toujours de la même manière. Si elle est vraie et respectueuse, la parole ouvre des espaces de liberté où chacun peut se sentir profondément valorisé par l’estime de l’autre sans être emprisonné par un désir maladroit d’abolir les différences.

Ceux qui se sentent réellement acceptés tels qu’ils sont par leur partenaire et profondément respectés dans leur dignité d’homme et de femme, voient sensiblement augmenter les chances d’un amour appelé à durer.

Yves de Gentil-Baichis
 

[1] Il y a aujourd’hui en France un divorce pour deux mariages, sans compter les nombreuses ruptures entre partenaires « pacsés ».
[2] La révolution de l’amour, Plon, p. 326
[3] Ibidem, p. 266
 
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