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Expérience de Dieu - Revue N°26 - Novembre 2013

Le clown mis à nu

Devenir clown ça s’apprend. C’est un chemin vers soi-même où l’on fait l’expérience de son être en vérité. Explications d’Agnès Penet, alias Cracotte.

L'habit ne fait pas le moine, dit-on. Il en va de même du clown. Il ne suffit pas de chausser le nez rouge, de mettre un chapeau et de se déguiser pour être un clown. C'est au fil de stages plus ou moins longs et d'ateliers réguliers que j'ai appris à faire confiance à l'imprévu, à laisser s'exprimer le ressenti, à oser jouer dans tous les registres. Je pratique le « clown-théâtre » basé sur l'expression du vécu intérieur, des émotions et de l'imaginaire, dans l'instant. Cela demande d'habiter son corps en étant davantage dans ses pieds que dans sa tête, mais je ne pratique ni acrobatie ni jonglage comme les clowns de cirque.
 
Les enfants disent souvent que le clown fait n'importe quoi, loin s’en faut. Ce qui leur donne cette impression, c'est que le clown (en général adulte) s'autorise à transgresser les règles et interdits que leurs parents tentent de leur inculquer. Le clown apprend à être libre face aux conventions sociales habituelles. Parce qu'il est clown, il a le droit de retrouver la spontanéité, la naïveté et l'émerveillement de l'enfant. « Si vous ne redevenez comme de petits enfants... » (Matthieu 18, 3). Mais derrière le clown, l’acteur garde sa conscience d'adulte qui lui permet de respecter des règles de base, à commencer par le respect du matériel et des personnes.
 
Retrouver sa liberté d'expression peut prendre du temps. Le travail de clown est un redoutable outil de développement personnel qui a vite fait de nous révéler nos failles, nos limites, notre petitesse mais aussi notre grandeur, le meilleur de nous-même. C'est un révélateur en particulier de notre relation à l'autre qui se joue avec l'autre-public et l'autre-partenaire. Comme pour les enfants qui apprivoisent la réalité à travers leurs jeux, le clown apprivoise ses émotions, ses limites, ses désirs dans un cadre protecteur aux règles de jeu précises.
 
Être vrai est ce que cherche la personne derrière le masque, tant dans les exercices d'approche que dans les improvisations en clown devant public. C'est cette authenticité qui touche le public. On n'y arrive pas toujours, souvent par peur de montrer ce qu'on vit intérieurement dans l'instant (peur, vide, tristesse, sentiment inavouable...). On essaie alors vainement de briller, de faire drôle et cela sonne horriblement faux. Le public sent bien que la totalité de la personne n'est pas en relation avec lui, qu'il y a un décalage entre le discours par exemple et ce que le corps et la voix manifestent.
 
« Adam, où es-tu ? - Je me suis caché car je suis nu. » (Genèse 3, 9-10) Le clown n'a que son nez pour se cacher. C'est quand il accepte d'être à nu devant le public, qu'il se donne vraiment. Oser être soi devant les autres suppose déjà de s'accepter soi-même tel que l'on est, non pas tel qu'on voudrait être. C'est une école d'humilité. Dans les ateliers et stages, on est tour à tour public et clown, aussi le « public » avec lequel on apprend est a priori bienveillant et soutenant.
 
On me demande parfois s'il y a des clowns ignatiens. Demande-t-on à sa dentiste ou son boulanger s'ils sont ignatiens ? Le travail de clown amène à développer des qualités humaines que la spiritualité ignatienne valorise mais qui ne lui sont pas réservées. Je dirais même que s'exercer au clown constitue d'excellents travaux pratiques de cette spiritualité. Apprendre à écouter ses émotions aide à reconnaître ses motions. Je pense aussi à l'écoute et le soutien de la proposition de l'autre dans un a priori positif. Dans l'improvisation en duo par exemple, le premier commence à raconter une aventure, qui est sensée être arrivée aux deux, et le deuxième renchérit. Il accepte la proposition de l'autre, y adhère généreusement et y contribue par ce qu'il apporte ensuite de lui-même. C'est pour moi un apprentissage du « Fiat » à la manière de Marie (Luc 1, 38), qui accepte la proposition de Dieu et y adhère de tout son être. Le clown cherche à avoir le cœur ouvert, disponible à l'imprévu. C'est avec ce cœur ouvert qu'il découvre ce qui l'entoure avec un regard neuf, décalé, qui-ne-sait-pas. Que ce soit à l'hôpital ou ailleurs, si l'autre accepte cette rencontre à cœur ouvert alors le clown a le privilège de croiser le regard d'enfant de la personne, quelque soit son âge.
 
Voilà en quelques mots comment je vois l'art du clown-théâtre. Un art où nous pouvons expérimenter la joie simple d'être dans notre humble vérité. Une voie d'enfance où (ré)apprendre, parfois non sans peine, à avoir le cœur ouvert et confiant.
 
Agnès Penet,
alias Cracotte

S'exercer au clown
 
Il existe de multiples propositions de « découverte (ou recherche) de son propre clown ».
 
Dans les sessions que je propose, en centre spirituel, les participants s'exercent au clown dans un travail d'écoute de soi et des autres, d'accueil et d'expression des émotions, dans un climat de confiance et de jeu. Après avoir ainsi fait un pas de plus dans l'ouverture du cœur, ils sont invités à entrer dans la prière et dans la Parole de diverses manières : prière avec un psaume, dialogue contemplatif sur un texte de l'Ancien Testament, bibliodrame (version soft, sans mise en scène) à partir d'un texte d'Évangile.


Voir sur agnes.cracotte.free.fr
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