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Air du temps - Revue N°46 - Mars 2017

Le célibat, un défi pour la société et pour l'Eglise

 
Qui sont les célibataires aujourd’hui ?
 
Depuis les années 1970, le nombre des célibataires en France
a considérablement augmenté : plus de 18 millions aujourd’hui
(Insee). Mais ce chiffre ne prend pas en compte les différentes
formes de célibat qui se définit toujours comme : « être en
âge d’être marié (18 ans), ne pas l’être et ne l’avoir jamais été ».
Cette définition administrative n’est donc plus pertinente à
une époque où l’on se marie beaucoup moins, et de plus en
plus tard. D’autre part, parce que ce terme de célibataire est
désormais utilisé à propos de personnes divorcées ou veuves
n’ayant pas (encore) « refait leur vie » en couple…
 
Il existe cependant de « vrais célibataires » qui ne sont ni divorcés
ni veufs : ils vivent seuls, ne sont pas engagés dans une relation
affective durable et n’ont pas d’enfants. C’est principalement
à ces vrais célibataires que sont destinées les sessions spirituelles
que j’anime depuis 2000, à la suite de mon ouvrage « Être
ou ne pas être célibataire » (éditions Saint-Paul, 1998), ayant
pris conscience de leur grand besoin de parler et d’échanger
sur leur état de vie.

 
La vision que porte la société sur les célibataires peut être difficile à endosser. Comment réagir ?
 
En effet, le célibat reste socialement vécu comme un échec
affectif. Et quand le discours social inconscient (« Si tu es
célibataire, c’est que tu n’es pas assez bien pour te marier »)
rejoint celui que le célibataire se tient à lui-même (« Si je suis
célibataire, c’est que je ne suis pas aimable »), la conjonction de
ces deux discours culpabilisants peut devenir douloureusement
enfermante. Il n’y a aucun déterminisme dans le fait de rester
célibataire : les personnes célibataires n’ont pas plus de
défauts ou de problèmes psychologiques que les personnes
mariées ! Ce qui ne doit pas empêcher, parfois, de se faire aider
pour prendre conscience d’éventuels blocages (image négative
du couple parental, éducation rigide, peur de l’autre sexe…)
ou blessures (abandon, traumatisme sexuel…). Des blocages
et blessures que le célibat, en se prolongeant, risque d’accentuer
(isolement affectif, timidité, dévalorisation de soi-même ou de l’autre…).

 
Quel rapport entretient l’Église avec ce célibat non choisi ? 
 
Le célibat est dans l’angle mort de l’Église. On ne parle quasiment
jamais de cet état de vie : aucune prière universelle à leur
intention ; aucune allusion au célibat non choisi et non consacré
pendant le Synode sur la famille (2014-2015) ni dans les actes des
synodes diocésains ; encore trop peu de temps forts ou de sessions
qui leur soient spécifiquement destinés… Sans parler des maladresses
de certains prêtres en confession pour aborder cette
question… Et ce, alors même que les célibataires chrétiens qui souhaitent
ardemment rencontrer un compagnon ou une compagne et
qui s’attristent de voir les années passer sans réussir à concrétiser
leur désir légitime sont en attente d’un réel soutien spirituel.


Que répondre à ceux qui s’interrogent sur leur vocation en étant célibataires ?
 
L’habituel discours ecclésial sur les « vocations » semble ne laisser
d’autre alternative aux baptisés qui veulent suivre le Christ
que le mariage (avec beaucoup d’enfants) et la consécration
(dans la vie sacerdotale ou la vie religieuse). Si bien que ceux qui
n’ont été choisis, jusqu’à présent, ni par un conjoint ni par Dieu, se
sentent doublement oubliés ! Il est donc urgent de rappeler que
la personne qui n’est engagée ni dans le mariage ni dans la vie
consacrée a une vocation et que l’état de vie n’est pas une fin mais
un moyen pour parvenir à cette vocation. Tous les fils et filles de
Dieu sont appelés (« vocare ») à être pleinement heureux avec le
Seigneur. D’une part, parce que « la sainteté s’adresse à tous ceux
qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur rang » (Lumen
Gentium). D’autre part, parce que l’Église étant fondée sur l’égalité
baptismale, tout célibataire doit y trouver pleinement sa place.
 
Comme l’a rappelé le théologien jésuite Christoph Théobald dans
sa contribution au Synode pour la famille : « Quel chemin de vie
pour qui n’est appelé ni au mariage ni à la vie religieuse ? »1,
en citant Lumen Gentium, « la sainteté s’adresse à tous ceux qui
croient au Christ, quel que soit leur état ou leur rang ». De plus,
comme l’Église est fondée sur l’égalité baptismale, « pour que
les célibataires y trouvent véritablement leur place, toute distinction
entre un ‘normal’ et un ‘a-normal’ devrait être bannie. »
 
Claire Lesegretain

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