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L’autographe

Après m’avoir subtilement poussé aux confidences - elle n’est pas à CVX, mais elle est très bien tout de même - l’amie Solange m’avait emmené manger un baba au rhum (deux, en fait) dans un lieu qui a toujours bercé mes fantasmes : au Train Bleu, le buffet de la Gare Paris-Lyon. Depuis plus d’un siècle, le rendez-vous des élégances voyageuses, l’oasis des gyrovagues fortunés…
 
à l’heure où nous nous sommes attablés, dans sa lumière toute de velours et d’or - qui imposait le baba comme une évidence - à part les ombres de Colette, de Dali, de Bardot que je croyais voir à tout instant se glisser aux banquettes proches de la nôtre, il n’y avait guère que nous trois. Trois, car, bien sûr, Paul était de la fête.
 
Paul est le neveu de Solange. Dix ans, tignasse rousse, la trisomie conquérante. Comment résister à son regard de sage oriental, à sa quête placide et tenace des visages qui sauront lui sourire ? Solange l’aidait à compter les angelots qui virevoltaient sous les voûtes. Il trouvait qu’ils trichaient, d’être en camouflage, dorés comme le plafond, lorsque, mais si je t’assure, c’est lui, Basou est entré. Basou, le chanteur ivoirien, dont Paul avait vu le spectacle L’enfant des forêts.
 
Il a fallu tout me raconter : Basou, le génie nocturne de la forêt, Balato, le petit orphelin que recueillent les baobabs rouges, le terrible Serako… Vous saviez, vous, que Serako est le roi-sorcier du village ? Moi pas. C’était la honte. Mais j’ai pris ma revanche en expliquant ce qu’est un autographe, « la preuve que vous vous êtes rencontrés ». Vite, une feuille, un stylo, et voilà notre Paul en route vers le colosse en alpaga blanc. Par discrétion, Solange et moi, nous regardions ailleurs, souriant aux anges protecteurs de la rencontre.
 
Paul est revenu, radieux. Les mains vides.
- Basou est très content. Dans son carnet en peau de serpent noir, j’ai vu.
C’est Paul qui avait donné un autographe !
Brin par brin, sans questionner son neveu, en lui faisant simplement raconter, Solange a dénoué l’écheveau d’une logique finalement imparable : de Basou ou de Paul, lequel avait besoin d’un papier pour noter le nom de l’autre jusqu’alors inconnu ?
Paul est déjà d’un monde où il n’y a plus ni grand Noir, ni petit rouquin, ni star-system, ni handicap mental. Là où, dans la rencontre, d’égal à égal, chacun peut se laisser doucement introduire au mystère de l’autre…
 
Pour rejoindre le quai où devaient s’impatienter fans et impresario, l’artiste est repassé devant notre banquette.
- Je me souviendrai. Tu es Paul.
De sa longue main baguée, il a désigné l’autographe soigneusement rangé. Ou le cœur.
 
 
Philippe Robert s.j.
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