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La violence des jeunes

 
Depuis des années, on explique la violence des jeunes en invoquant l’enfance difficile, l’échec scolaire, le chômage. Mais aujourd’hui s’y ajoutent des éléments nouveaux que pointe avec beaucoup de lucidité Jean-Marie Petitclerc.
 
Les images d’actualité nous saturent avec les règlements de compte entre jeunes dans les quartiers sensibles de Marseille ou d’ailleurs. Cependant n’avez-vous pas l’impression que les actes de violence physiques, et surtout verbale, sont en augmentation chez les jeunes de tous les milieux ?
La violence à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est un problème d’adultes. Ceux-ci doivent apprendre à l’enfant qui grandit à gérer ses frustrations et à maîtriser ses pulsions agressives car la violence est le moyen naturel premier de régler les conflits. Il revient donc à l’adulte d’initier les jeunes à d’autres modes de résolution des conflits que la parole ou l’action violente en leur apprenant la négociation, l’arbitrage, la médiation.
 
Certes, mais les parents trouvent cette éducation de plus en plus difficile aujourd’hui. Qu’est-ce qui a changé en une vingtaine d’années ?
D’abord le processus éducatif est difficile à mettre en œuvre dans une société moins sûre d’elle-même, incertaine sur son avenir et qui vit de profondes mutations. Ce qui a changé c’est la grande prégnance de ce que j’appelle la culture entre pairs, la culture entre jeunes qui s’est développée avec internet et les réseaux sociaux. Elle a forgé ses propres codes et envahi l’espace de l’école et de la famille. Ainsi de nombreux jeunes, physiquement présents le soir chez leurs parents, continuent de vivre affectivement et culturellement  dans la sphère de l’entre-jeunes. 
Dans ce contexte, les repères donnés autrefois en famille et qui souvent permettaient de réguler la violence, sont de plus en plus difficilement transmissibles.
 
Mais qu’est-ce qui provoque la sortie de route ?
Quand je communique par Facebook ou Twitter, l’autre n’est pas en face de moi et l’empathie ne peut pas fonctionner. Or c’est la proximité concrète de l’autre et l’empathie ainsi engendrée qui peuvent imposer une certaine limite aux paroles et aux actes violents. Quand l’autre n’est pas présent devant moi, les barrières disparaissent et la violence non canalisée peut se donner libre cours pour ironiser sur les défauts de l’un, se venger d’un autre ou accuser sans preuve. Ce harcèlement fonctionne et fait des victimes même dans les quartiers huppés. Je pense en particulier à ce lycéen qui mettait sur Facebook tout ce qu’il reprochait à un autre élève, ne craignant pas que le texte soit lu par soixante-dix personnes. Et quand Je lui ai demandé s’il serait capable de dire tout haut ce qu’il écrivait si son camarade était en face de lui, il a tout de suite répondu: « Non c’est impossible ».
Les nouveaux outils de communication peuvent donc être générateurs de violence dans la mesure où ils ne permettent pas de percevoir la peine et l’humiliation de l’autre.
 
N’est-ce pas aussi le danger de certains jeux vidéo et de certains films où la violence se déploie sans barrières ? 
La consommation de jeux et de spectacles violents a pour effet direct d’abolir la frontière entre le réel et le virtuel. Je pense à ces pratiques de jeunes qui filment avec leurs portables une scène où leur copain prend des coups. Ceux qui filment sont dans le virtuel et s’y maintiennent en ne revenant pas dans le réel pour défendre leur camarade. Or c’est la perception de la souffrance de l’autre qui permet d’établir des barrières entre le réel et le virtuel. Si celles-ci sont abolies, plus rien ne fait obstacle à l’expression de la violence.
 
Que peuvent faire les parents dans ce contexte ?
Au début, le bébé n’est attentif qu’à lui-même et on doit apprendre progressivement aux enfants à se mettre à la place de l’autre. La règle fondamentale de toute morale n’est-elle pas d’abord « Ne fais pas à l’autre ce que tu n’as pas envie qu’on te fasse » ? Or, cette capacité à se mettre à la place de l’autre est ce qui manque terriblement à beaucoup de jeunes que je rencontre. Il faut donc aider l’enfant à se structurer pour différencier le réel du virtuel.
 
Le christianisme peut il aider les familles dans leur tâche éducative ?
Certainement, mais à condition de ne pas vouloir ignorer l’existence de l’agressivité. Dans certains milieux cathos, où l’on veut éviter à tout prix la violence, on ne permet pas à l’enfant de prendre en compte son agressivité, qui est une réaction naturelle. Quand quelqu’un vient contrecarrer notre projet, nous pouvons être agressifs mais nous devons absolument respecter la personne à laquelle nous nous opposons. Or le contraire de la violence c’est le respect. Jésus manifeste un grand respect pour les personnes montrées du doigt, exclues, marginalisées. Il n’a jamais identifié ceux qu’il rencontre à leurs actes si répréhensibles soient-ils.
Et quand Jésus nous dit « Aimez vos ennemis », je traduis sa formule en « Respectez vos ennemis » car ce sont des personnes qui ont la même valeur que moi et la même dignité d’enfant de Dieu que moi. Le respect est le meilleur antidote contre la violence qui pénètre en force dans l’espace d’intimité d’autrui.
S’il est habité par le respect de l’autre, un jeune trouvera, quels que soient ses griefs, les mots pour parler à son camarade sans le démolir.
 
Propos recueillis par Yves de Gentil Baichis
 

 

Jean-Marie Petitclerc est prêtre salésien, polytechnicien, éducateur spécialisé et a fondé à Argenteuil l’association le Valdocco. Il a publié, entre autres, Mon combat contre la violence, entretiens avec Yves de Gentil-Baichis, Bayard, 2005.
 
 
 
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