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Faire communauté - Revue N°23 - Mai 2013

La richesse des Exercices

Michel a rejoint une communauté locale CVX après avoir fait l'expérience d'une retraite de huit jours selon les Exercices. Il a tiré de cette retraite une relecture très riche qu'il nous partage ici.

Quand Dieu m'appelle, s'opère dans mon âme un grand bouleversement.
J'avais le désir de faire le point sur ma vie, prendre du recul, vivre une expérience où je voulais me retrouver. Je suis donc parti pour une retraite de huit jours organisée par les Côteaux Païs de Toulouse.
 
Cette retraite était calquée sur les Exercices Spirituels de Saint-Ignace. Je ne savais rien de ces Exercices ni de la spiritualité ignatienne. C'était l'inconnu, mais je cherchais ce dépaysement, une expérience où je n'aurais aucun repère de lieu, de connaissance. Être seul avec moi même et avec Dieu, m'abandonner totalement. Je me suis plongé dans cette retraite avec un coeur ouvert en souhaitant des réponses pour des choix de vie, notamment professionnels et finalement je n'ai pas eu les réponses attendues mais des grâces. Dieu écrit droit avec des lignes courbes. Il m'attendait et il m'a parlé de tout autre chose. Il a posé sa main sur moi. Je voulais le rencontrer alors que c'est lui qui m'attendait.
 
C'est fou comme le silence est parlant et permet de mieux se connaître et de connaître ses frères et soeurs. En effet, à fur et à mesure que les jours passent, les quarante participants de tout âge, de toute origine sociale, laïcs, prêtres ou religieuses forment une communauté priante. Sans se parler car les repas se déroulent sur fond musical pour le soir et de lecture pour le midi, on se reconnaît comme des frères et soeurs. Les regards, les gestes quotidiens, les prières communes deviennent langage.
 
Huit jours en silence presque total, en retrait du monde, loin des préoccupations quotidiennes m'ont conduit sur l'autre rive. Et plus mon âme se sentait seule et plus elle se liait à Dieu.
 
C'est pourquoi, les trois derniers jours furent surprenants. La traversée fut ponctuée de quatre oraisons quotidiennes, des laudes chaque matin et une célébration eucharistique chaque soir. J'ai ainsi découvert la prière, une prière construite où la Parole s'adresse à moi pour aujourd'hui. Il fallait choisir son lieu et ne pas en changer. J'avais choisi l'oratoire où une magnifique croix en bois était présente ainsi que l'icône de la Vierge de Vladimir (qui me rappelait l'église paroissiale) et une photographie de la petite Thérèse. Il fallait déterminer son temps de prière entre 15 minutes et une heure. Commencer par une prière préparatoire, demander une grâce et se mettre sous le regard de Dieu. La prière est un rendez-vous d'amour et j'y suis rentré comme quand on monte un escalier marche après marche sans précipitation. Puis, se quitter comme on quitte un ami avec un colloque, adresser à Dieu une dernière demande ou une action de grâce ou autre mais ne pas le quitter sans lui dire au revoir.
 
Bien sûr, il y a eu la tempête mais au milieu de cette tempête, j'avais confiance et mon âme se réjouissait de ce que j'éprouvais. Des souvenirs douloureux enfouis dans ma mémoire ont fait surface, mais de façon apaisée, sereine. Dieu me consolait à sa façon dans la paix. Entre ces temps de prière, je pouvais m'aérer, sortir du cadre. J'ai ainsi découvert combien la nature était belle. Je me surpris à observer le travail des abeilles (des ruches étaient à proximité), le cours de l'Aveyron, les fleurs des champs et les papillons. Images bucoliques qui peuvent faire sourire mais où Dieu est présent. Sa création prenait sens pour moi et m'ouvrait à la compréhension de sa Parole.
 
Mais ce silence n'était pas absolu, une rencontre avec un accompagnateur permettait de faire le point. Cet accompagnateur qui pour moi était une soeur est une présence précieuse, une écoute, au service de l'Eglise mais surtout du Seigneur. Et ce fut une rencontre à trois car l'Esprit Saint y est présent. Parler permet de mettre les événements à distance. Je m'entends parler et cela permet de réaliser le sens de ma propre parole pour être confronté à la parole de Dieu. Ainsi, je prenais conscience de ce qui se produisait en moi.
 
D'accompagnement en accompagnement, un fil rouge s'établit. J'ai appris à relire mon histoire, ma propre alliance avec Dieu. L'accompagnatrice, ayant ma prière d'action de grâce, mon colloque et la relecture de ma prière, me guidait en me donnant pour la prochaine oraison une autre Parole.
 
Cette Parole, je l'ai découverte en utilisant mes sens qui vont au delà des images. Utiliser mes sens, ma mémoire pour finalement accueillir une aptitude réceptive est une façon de se laisser labourer par cette Parole. Faire miens les sentiments et les actes de la Parole, c'est la vivre en profondeur. Elle est devenue pour moi pleinement vivante et actuelle. Après le colloque, je pouvais dire une prière vocale, un Notre Père ou un Je vous salue. Là encore, je ne la rabâchais pas, je devais l'exprimer au rythme de la respiration en goûtant chaque mot.
 
Dieu m'a façonné comme un potier travaille son argile. Il m'a amené dans son projet tout en me donnant cette liberté d'amour. Je me suis donc ajusté progressivement à son projet, c'est pourquoi mon âme était joyeuse mais sans euphorie. J'ai pu recevoir ses grâces.
 
Pour la première fois peut-être, j'ai reconnu mon péché. Dieu m'aime si profondément que se réconcilier avec lui est aussi important pour lui que pour moi. J'étais cette « brebis perdue » et Dieu est venu me chercher.
 
J'avais, sans le vouloir, brisé le coeur de Dieu. J'avais blessé l'Amour et m'étais séparé du bonheur qu'il voulait pour moi. Je n'étais pas venu pour recevoir le sacrement de réconciliation qui était loin de mes préoccupations et je l'ai demandé puis reçu. J'ai pris conscience que ce qui intéresse le Seigneur ce n'est pas ce que j'ai fait mais ce que je ferai. Confesser ses péchés est un acte qui peut faire peur car il introduit notre culpabilité. Il peut apparaître d'un autre temps et pourtant... Nos expressions, nos images de la confession ne correspondent pas à cet élan d'amour de Dieu. C'est finalement une relation amoureuse qui s'établit.
 
Ce sacrement de la réconciliation s'est déroulé en trois temps : confession de louange ; je reconnais tout ce qu'il a fait pour moi, je le remercie des bienfaits qu'il m'a accordés. Confession de vie : Que voudrais-je ne pas avoir fait ? Qu'est-ce qui me dérange, qu'est-ce qui me pèse ? Et enfin, confession de foi, déposer mon coeur dans le coeur du Christ, acte personnel « Père, je le reconnais et voudrais ne jamais l'avoir fait... Père, j'ai compris que... ».
 
J'ai fait l'expérience pascale, authentique et réelle. J'ai eu la capacité d'ouvrir les yeux et de dire « c'est le Seigneur ! » Mon alliance avec Dieu a été renouvelée.
 
A travers cette grâce, j'ai pris conscience comment Dieu est plus fort que le Malin et qu'il soumet ses démons. Je n'y prêtais guère attention quand Jésus les chasse mais la méditation m'a permis de les découvrir. J'ai repéré comment l'ange mauvais, le Malin s'est introduit en moi en utilisant mon histoire personnelle, mes propres qualités et ma relation avec Dieu. Il a su les pervertir sans que je m'en rende compte. Les pensées négatives, les remises en doute, mon malaise venaient de là. Il me faut désormais être vigilant. Dans ma faiblesse je me suis senti plus fort car j'ai appris à mieux me connaître et à me rendre libre. Quel paradoxe ! il faut que j'apprenne à me sentir libre vis à vis de Dieu pour mieux répondre à ma vocation d'homme qui est de le louer, le respecter et le servir.
 
J'ai donc quitté ma retraite avec un esprit apaisé, heureux de retrouver les préoccupations quotidiennes. Je n'étais pas sur un nuage. Dieu m'a replacé dans ma réalité d'homme présent dans sa création. Mon esprit était désormais ordonné, Dieu en huit jours avait fait le ménage en moi sans porter atteinte à ma liberté mais en me rendant libre.
 
Michel Belaud
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