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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°54 - Juillet 2018

La lettre d'Ignace à François de Borgia

 
Pour Ignace, la liberté intérieure est une disposition nécessaire à un juste discernement. Dans la décision, elle se conjugue à deux, entre celui qui est concerné et Dieu lui-même. Elle suscite l'altérité véritable. Dans son article de la Revue de juillet/août 2018, Olivier de Framond s.j. nous en décrit la nature, les conditions et la finalité à partir de la lettre d'Ignace à François de Borgia.
Alors que l'empereur souhaite que François de Borgia soit fait cardinal, celui-ci demande conseil auprès d'Ignace.
Voici la lettre qu'Ignace lui adresse.




+
IHS
Rome, 5 juin 1552
La souveraine grâce et l'amour éternel du Christ notre Seigneur soient toujours en notre faveur et aide continuelles.

      Au sujet de chapeau de cardinal, il m'a paru bon de vous exposer, comme je le ferais pour moi-même, ce qui s'est passé en moi, pour la plus grande gloire de Dieu. Dès que j'ai été averti que certainement l'empereur vous avait proposé et que le Pape était content de vous faire cardinal, immédiatement j'éprouvai une inclination ou une motion pour y faire obstacle de tout mon pouvoir. Malgré tout, cependant, je n'étais pas certain de la volonté divine, par suite de nombreuses raisons pour et contre qui me venaient à l'esprit.
      J'ordonnai aux prêtres de la maison de célébrer une messe et à tous les frères de prier pendant trois jours, afin d'être guidé en tout pour la plus grande gloire de Dieu. Pendant cette période de trois jours, à certains moments, réfléchissant et retournant l'affaire en mon esprit, je ressentais en moi certaines craintes; je manquais de liberté d'esprit pour prendre position et empêcher la chose. Je me disais : est-ce que je sais ce que Dieu notre Seigneur veut faire ? et je ne trouvais pas en moi une assurance entière pour m'opposer. A d'autres moments, quand je reprenais ma prière habituelle, je sentais ces craintes disparaître. Je continuai ma demande à diverses reprises, tantôt avec cette crainte, tantôt avec le contraire.   
   
 
Enfin, le troisième jour, dans ma prière habituelle, et toujours depuis lors, je me sentis un jugement si décidé et
une volonté si suave et si libre pour m'opposer autant que je pouvais devant le Pape et les cardinaux que, si je ne le faisais pas, j'étais et je suis encore certain que je n'aurais pu valablement me justifier devant Dieu notre Seigneur; au contraire, mes raisons auraient été entièrement mauvaises.
      Cependant, j'ai pensé et je pense encore que ce fut la volonté de Dieu que j'adopte cette position, et d'autres une position contraire en vous conférant cette dignité, sans qu'il y ait la moindre contradiction. Le même esprit divin a pu me mouvoir à cela par certaines raisons, et mouvoir les autres au contraire par certaines autres pour qu'à la fin le dessein de l'empereur s'exécute.
     Que Dieu notre Seigneur agisse en tout pour que toujours se réalisent sa plus grande louange et sa plus grande gloire. Il serait opportun, je pense, que sur cette question vous répondiez à la lettre que vous a écrite de ma part Maître Polanco. Vous y déclareriez l'intention et la volonté que Dieu notre Seigneur vous a données ou vous donnera. Nous laisserons tout à Dieu notre Seigneur, pour qu'en toutes nos affaires s'accomplisse se très sainte volonté...
 
Ignace.
 
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