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Spiritualité ignatienne - Revue N°26 - Novembre 2013

La Fin et les moyens


La fin et les moyens selon saint- gnace

« Quelle que soit la chose que je choisisse, elle doit être de nature à m'aider en vue de la fin pour laquelle je suis créé, sans ordonner ni soumettre la fin au moyen, mais le moyen à la fin » (Exercices Spirituels, n° 169) : Ignace énonce ainsi une règle fondamentale, qui doit présider à toute décision et en vérifier la justesse, lorsque la référence à la Loi de Dieu et aux repères donnés par l’Eglise laissent ouvert le choix. Comment comprendre cette distinction entre fin et moyen et en saisir l’enjeu ? Comment nous est-elle utile pour prendre nos décisions ?


Le couple fin et moyen évoque sans doute pour nous deux proverbes : « Qui veut la fin veut les moyens » et « La fin justifie les moyens », deux règles de conduite qui peuvent donner lieu à bien des abus, en faisant passer pour acceptable voire nécessaire ce qui est en réalité injustifiable !
Signification des termes
Commençons donc par clarifier comment Ignace emploie ces termes. Dans le passage cité ici comme dans le Principe et Fondement, le terme « fin » est précisé : « la fin pour laquelle je suis créé ». Il prend ainsi le sens de finalité et désigne une orientation, mais au sein d’une relation : il n’y a de fin que parce qu’il y a un Créateur, dont le don originaire est porteur d’un désir et ouvre à l’homme un avenir. Cet objectif est le nôtre, mais nous le recevons du désir du Créateur.
La « fin » peut aussi s’employer dans le sens du terme d’un parcours : à la fin d’un exercice, vient le moment de parler au Seigneur (n°109) ; dans le discernement, il peut être utile de regarder le déroulement des pensées : si le début était bon, le milieu et la fin sont-ils de la même qualité ? (n°333) La fin, c’est encore le résultat que visent le bon ou le mauvais ange, leur intention (n°331). La fin désigne ainsi toujours l’aboutissement d’un mouvement.
Le « moyen » prend place aussi sur une trajectoire. Dans l’espagnol d’Ignace, le même mot, medio, signifie à la fois le milieu, au sens propre, qu’il soit temporel ou local (le milieu de la nuit, ce qui se place entre le début et la fin) ou au sens figuré (le milieu entre deux extrêmes), et le moyen que l’on va prendre.
Dans le Principe et Fondement, Ignace ne parle pas de moyen, mais de ce qui aide ou fait obstacle « dans la poursuite de la fin », ou de ce qui y « conduit davantage » (n°23) : l’accent est mis sur une trajectoire et sa réussite. Cette distinction entre fin et moyen est donc à comprendre comme une dynamique relationnelle et ordonnée. Quel en est l’enjeu ?
L’amour de Dieu, source de toute chose
A cette lumière, le choix juste est celui dans lequel nous exerçons notre liberté en accord avec notre vocation de créature. En effet, « la fin pour laquelle je suis créé » est la vocation fondamentale de l’homme, « créé pour louer, respecter, servir Dieu son Créateur et par là sauver son âme. » Notre horizon vital, c’est Dieu, non pas par quelque exigence tyrannique, mais parce que si la source de notre existence est en Lui, le fleuve de notre vie reçoit de Lui son mouvement et s’alimente en Lui. « Qui regarde vers Lui resplendira » dit le psaume 33. Et nous aimons chanter « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ».
Mais Dieu ne confisque pas l’homme. Il le met au monde, Il lui fait don d’autre chose que Lui-même : un temps, c’est-à-dire une vie, une histoire, une possibilité de croissance ; une liberté et des limites qui lui permettent d’exister ; une terre, vivante, peuplée d’êtres vivants et de semblables ; des capacités, des biens, des tâches, des relations… : « les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme ». La distinction entre fin et moyen traduit cette double réalité : Dieu seul nous fait vivre, mais Il ne nous enferme pas dans un face à face avec Lui qui nous priverait de tout ce qui n’est pas Lui. Notre liberté se déploie en s’orientant radicalement vers Lui, mais à travers des choix précis, limités, relatifs, à hauteur d’homme, qui ne portent pas sur Lui.
Distinguer la fin et les moyens est un rempart contre la confusion et l’idolâtrie : Dieu seul est le Créateur, tout ce qui n’est pas Lui est à remettre à sa place de créature ; Il est premier et unique, les créatures sont secondes et multiples. Parler de fin et de moyen, c’est retrouver un ordre qui fait la seule différence décisive, entre Dieu et tout le reste, et donne la première place à la relation à Lui.
Reconnaître l‘origine et la fin
Mais cet ordre vit d’une dynamique. Comment y aurait-il choix sans le mouvement du désir ? Le langage courant le dit bien : mon choix se porte sur une personne, un objet, une hypothèse, une possibilité, une solution. Ignace rend attentif à ce mouvement : d’où vient-il et où va-t-il ? Et il donne une autre règle : « Que cet amour qui me meut et me fait choisir telle chose descende d'en haut, de l'amour de Dieu, de sorte que celui qui choisit sente d'abord, en lui, que l'amour plus ou moins grand qu'il a pour la chose qu'il choisit est uniquement à cause de son Créateur et Seigneur. » (n° 184). C’est bien moi qui choisis. Mais la règle inscrit ce mouvement de mon désir dans une dynamique plus grande qui va de l’origine : l’amour Créateur, à la fin : aimer Dieu. L’amour pour ce que je choisis ne s’en trouve pas pour autant diminué. Mais il respecte la différence et l’ordre entre le Créateur et les créatures. C’est l’amour reçu de Dieu qui dynamise mon désir, et le choix que je fais ainsi renforce l’orientation de ma vie vers Dieu pour le louer, le respecter, le servir.
Pour prendre une image optique, sur la ligne du dynamisme qui me vient de Dieu et m’oriente vers lui comme ma fin, l’objet choisi ne fait pas écran, ne me cache pas le Dieu qui m’appelle à aller vers Lui ; il ne me fait pas loucher, un œil attiré par Dieu, un œil retenu par l’objet de mon choix, sans que le strabisme se corrige en une vision unifiée ; au contraire, ce que je choisis devient un « moyen », prend place entre mon regard et Dieu, au milieu, et, comme une lentille, accroit l’acuité de mon regard sur Dieu et l’intensité de ma focalisation sur Lui. Bien plus, le mouvement de mon désir est traversé, porté, dynamisé, orienté par le mouvement de l’amour du Créateur qui a suscité le monde et désire faire partager sa vie : je choisis poussé par l’amour que je reçois de Dieu et qui passe à travers moi vers les créatures, pour nous tourner davantage, elles et moi, vers Dieu et nous ouvrir davantage à la vie qu’Il désire donner.
Des attitudes à cultiver
Devant un choix à faire, notre regard est facilement myope : il se place face à l’objet du choix, oubliant la trajectoire bien plus vaste que dessine l’amour de Dieu. Le mouvement de notre désir risque de se rabougrir à l’attrait ou à la répulsion qu’exerce sur nous l’objet en question : nous ne prendrions alors en compte qu’un tout petit segment de la trajectoire d’ensemble ; notre désir perdrait le grand souffle de l’amour de Dieu qui lui donne son ampleur et son assurance. Ou bien il se stériliserait, atrophié par l’idée de ce qui serait mieux en soi, et nous choisirions en fonction d’un idéal de nous-mêmes ou d’une image faussée de Dieu, ou sous influence d’autrui.
Bien sûr, une vue précise de l’objet de la décision nous est nécessaire. Mais ce n’est pas cet objet qui est notre vis-à-vis, pas plus que ceux et celles qui nous donnent des conseils, même les meilleurs ! Nous n’avons qu’un seul vis-à-vis : le Seigneur, vers lequel marcher et qui seul nous donne la vie. C’est sur Lui qu’il s’agit de régler notre objectif. Notre regard ainsi ajusté, l’objet du choix devient relatif et ne prend plus tout le champ ; nous pourrons vérifier si, placé sur cet horizon, il brouille notre regard ou l’aiguise.
Comment choisir, sinon appuyés sur l’expérience que Dieu est la source de notre existence, que nous orienter vers Lui nous fait vivre et nous libère ? Il ne suffit pas pour cela de savoir par cœur le texte du Principe et Fondement, au risque d’en faire un slogan ! C’est cette expérience qui est à retrouver et à revivre, avant tout.
L’urgence est de travailler à accueillir l’amour du Seigneur comme fin de toutes choses et moteur de chacune de nos actions. Alors cet amour nous atteindra, passera par nous vers d’autres et orientera chacune de nos décisions.
Seules ces attitudes fondamentales nous permettront de choisir et décider de façon libre, juste et efficace. 
Sylvie Robert


Principe et fondement (Exercices n°23)
L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur, et par là, sauver son âme ; les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, pour l’aider à poursuivre la fin pour laquelle il a été créé.
Il s’ensuit que l’homme doit en user dans la mesure où elles lui sont une aide pour sa fin, et s’en dégager dans la mesure où elles lui sont un obstacle. Pour cela, il faut nous rendre indifférents à toutes les choses créées, en tout ce qui est permis à la liberté de notre libre arbitre et ne lui est pas défendu ; de telle manière que nous ne voulions pas, quant à nous, santé plus que maladie, richesse plus que pauvreté, honneur plus que déshonneur, vie longue plus que vie courte, et ainsi de tout le reste, mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés.

 
Voir sur www.jesuites.com/2011/09/le-principe-et-fondement/ le commentaire littéraire du père Adrien Demoustier.
 
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