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Spiritualité ignatienne - Revue N°43 - Septembre 2016

« la chose venait bien de dieu »: les 5 critères d’une confirmation de la décision

Comment savoir si la décision prise vient bien de Dieu ou bien si nous prenons nos désirs pour ceux de Dieu? Une piste proposée par le cardinal Carlo Martini s.j. est de s’appuyer sur les critères d’Ignace lui-même à Loyola lors de sa convalescence pour une authentique confirmation.

Lors d’une conférence en Floride, Carlo Martini tirait d’un passage de l’Autobiographie d’Ignace de Loyola cinq critères d’une bonne « confirmation », étape finale essentielle de la décision.

A Loyola, après avoir frôlé la mort et pendant que les os de la jambe se ressoudent suite à la seconde opération exigée pour raison esthétique, Ignace va éprouver, en lisant la vie du Christ et celle des saints, le désir de changer radicalement de vie.

Dans cette période, un événement marquant: une apparition de Marie, qu’Ignace relit après coup comme une « confirmation » de ses bons désirs.
 
« Et déjà s’en allaient à l’oubli les pensées d’autrefois grâce aux saints désirs qu’il avait,
lesquels lui furent confirmés par une visitation, de la manière suivante.
Étant éveillé une nuit, il vit clairement une image de Notre-Dame avec le saint Enfant Jésus:
de cette vue, qui dura un espace de temps notable, il reçut une excessive consolation
et il demeura avec un tel dégoût de toute sa vie passée, et très spécialement
des choses de la chair, qu’il lui semblait qu’on avait enlevé de son âme toutes les images
qui s’y étaient peintes auparavant. Ainsi depuis cette heure jusqu’en août 1553,
où ceci est écrit, il n’eut jamais plus même le plus petit consentement aux choses de la chair.
Et par cet effet on peut juger que la chose était de Dieu, bien que lui n’osât pas en décider
et ne dit rien de plus qu’affirmer ce qui vient d’être dit. Mais son frère et
toutes les autres personnes de la maison en vinrent à reconnaître par l’extérieur
le changement qui s’était fait dans son âme intérieurement. Lui, ne se souciant de rien,
persévérait dans sa lecture et ses bons désirs. Et le temps où il s’entretenait avec les gens de la maison,
il le passait tout entier aux choses de Dieu, grâce à quoi il faisait du bien à leurs âmes.
Et comme il goûtait beaucoup ses livres, la pensée lui vient d’en tirer, en résumé,
certaines choses plus essentielles de la vie du Christ et des saints […]
Il passait une partie du temps à écrire et une partie en oraison. Et la plus grande consolation
qu’il recevait était de regarder le ciel et les étoiles, ce qu’il faisait souvent et pendant
un bon espace de temps, parce qu’il en ressentait en lui un très grand élan pour servir
Dieu notre Seigneur. Il pensait souvent à son projet, désirant être déjà tout à fait guéri pour se mettre en route
»
(Autobiographie, n° 10 et 11).

Des désirs « confirmés » par une visitation : on sait l’importance pour Ignace de cette étape de la confirmation, aussi bien dans les Exercices («offrir cette élection [choix vital], afin que le Seigneur veuille bien la recevoir et la confirmer », n°183,2) que dans son Journal spirituel1 . Le processus de décision ne s’achève que dans la confirmation par Dieu que « la chose vient bien de lui ».

À partir des deux paragraphes 10 et 11 de l’Autobiographie relatant ce moment décisif de sa conversion, et la relecture qu’en fait Ignace trente-deux ans après, Martini propose de dégager cinq critères d’une authentique confirmation :

 
Clarté, car Dieu n’est pas opaque (il vit clairement une image).

Persistance, car Dieu n’est pas inconstant (il n’eut jamais plus même le plus petit consentement).

Manifestation extérieure (ils en vinrent à reconnaître par l’extérieur le changement qui s’était fait dans son âme intérieurement).

Profit pour les autres (il faisait du bien à leurs âmes).

Désir de servir (un très grand élan pour servir Dieu notre Seigneur).

 
Ces cinq traits d’une confirmation venue de Dieu constituent un outil de repérage pour évaluer nos décisions: pas forcément tous ensemble dans chaque cas, mais toujours l’un ou l’autre.

des décisions ne venant pas de Dieu
On peut les voir fonctionner dans deux épisodes de l’Autobiographie qui suivent: - Le désir d’Ignace d’aller à la Chartreuse : pas de persistance. Ignace comprend que cette idée venue de lui n’est pas de Dieu puisqu’elle s’éteint progressivement (le désir de la Chartreuse se refroidissait en lui » (Autobiographie, n° 12). - La rencontre avec le Maure sauvé par la mule d’Ignace… Ignace veut défendre l’honneur de Marie en trucidant le voyageur qui avait mal parlé d’elle, sans se rendre compte que la nature objective de son acte, sa manifestation exté- rieure, était contraire à la volonté de Dieu. Son manque de discernement à cette étape de sa vie le conduit, par manque de clarté, à s’en remettre au choix d’une mule comme étant celui de Dieu… (Autobiographie, n° 16).

Deux exemples de décisions qui manquent de la confirmation venue de Dieu.

L’auteur passe ensuite en revue plusieurs autres exemples de moments décisifs dans l’itinéraire d’Ignace (quitter la Terre sainte, s’orienter vers les études, les vœux de Montmartre, la vision de la Storta, Rome prenant la place de Jérusalem, etc.) pour montrer comment les cinq critères dégagés par Martini peuvent s’appliquer dans toute l’Autobiographie et aussi, ajoute-t-il en fin d’article, servir pour démêler vraie et fausse consolation (Règles du discernement des esprits de 2e semaine, Exercices n° 332-336)

 La fin de l’Autobiographie évoque brièvement la manière dont Ignace était constamment uni à Dieu, et dont il rédigeait les Constitutions en recevant dans la prière, à chaque étape, la confirmation venue de Dieu.

« Il croissait toujours en dévotion, c’est-à-dire dans la facilité à trouver Dieu, et maintenant plus que jamais durant toute sa vie. Toutes les fois et à toute heure où il voulait trouver Dieu, il le trouvait. Et il dit que, maintenant encore, il avait très souvent des visions, surtout de celles dont il est parlé plus haut: voir le Christ comme un soleil. Et cela lui arrivait souvent quand il était en train de parler de choses importantes; et cela le faisait venire in confirmatione [venir en confirmation]. Quand il disait la messe, il avait aussi beaucoup de visions ; et quand il faisait les Constitutions, il en avait aussi très souvent. Maintenant il peut l’affirmer plus facilement parce qu’il écrivait chaque jour ce qui se passait dans son âme et qu’il le trouvait maintenant par écrit. C’est ainsi qu’il me montra une assez grande liasse de manuscrits2 , dont il me lut une bonne partie. C’était en majorité des visions qu’il voyait en confirmation de quelque point des Constitutions, voyant parfois Dieu le Père, parfois les trois personnes de la Trinité, parfois la Madone, qui intercédait et parfois confirmait » (Récit, n° 99 et 100).

Le fait que le témoignage d’Ignace s’achève sur ce processus de la confirmation est sans doute un signe de l’importance qu’elle avait pour lui.

tirer profit pour nous

Pour nous, au terme de cette présentation du commentaire de Kevin Leidich relayant celui du cardinal Martini, la question utile pour en « tirer profit » pourrait être celle-ci:
Comment reconnaître les fruits d’une retraite par leur confirmation dans la vie ordinaire qui suit la retraite ?

Nous ne bénéficions probablement pas, pour la plupart, des visions dont Ignace a été gratifié; mais, pour lui comme pour nous, les événements qui sont « les maîtres que Dieu nous donne » (Pascal), l’écoute des autres, l’obéissance seront, entre autres « signes » que Dieu nous fait, des lieux où nous pourrons mettre en œuvre les cinq critères repérés par Martini: ils nous aideront à voir si « la chose vient bien de Dieu ».

Jacques Fédry s.j.
Directeur du centre spirituel de Douala, Cameroun
 
D’après un article de Kevin A. Leidich, s.j., « The thing has been of God » ; Ignatius’ Experience of God’s Confirmation in His Autobiography». The Way, avril 2016, p. 7-16.
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