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Spiritualité ignatienne - Revue N°69 - Janvier 2021

La « Contemplation pour parvenir à l’Amour » et son actualité

L’ad Amorem ou « Contemplation pour parvenir à l’Amour » est un texte tardivement ajouté aux Exercices par Ignace de Loyola et vient après la retraite de quatre semaines. C’est une oraison qui évoque et renouvelle le « Principe et fondement » en proposant de l’accomplir de tout son être... Olivier de Framond s.j. en donne quelques clefs.



Si vous ne connaissez pas l’ad Amorem (Exercices 230 à 237), le mieux est de le prier. L’oraison vient après quatre « semaines » de retraite. De fait elle ne se propose que dans une expérience intérieure des Exercices. Il arrive que la personne qui donne la retraite la propose au début. Mais si elle est placée après et hors des « quatre semaines », c’est qu’elle correspond plutôt à une oraison de fin de retraite.
 
C’est une méditation appelée « contemplation ». Il s’agit en effet de « contempler » Dieu, « en toutes choses », donc dans la vie. « Le Christ » n’est pas nommé, car le priant est « l’apôtre » dans l’épaisseur du monde. Mis dans les pas du Christ, il peut dire comme Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). Comme le « Principe et fondement » (n° 23), ce texte se serait ajouté aux Exercices sur le tard. Ignace a donc dû donner les Exercices avant sa rédaction.
 
Un tel « exercice », de style plus spéculatif, revêt un caractère universel, un peu comme les récits de la Genèse viennent donner une toile de fond, un sens, à toute la Bible, histoire sacrée de Dieu avec son peuple. Le « Principe et fondement » donne le sens de la Création de l’Homme : louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur. L’ad Amorem vient le renouveler : « Aimer et servir sa divine Majesté », comme Dieu Père, Fils, et Esprit, aime et sert tout le créé. Nous avons l’oraison d’un chercheur et trouveur de sens.
 
Entrer  dans un mouvement que Dieu initie : parvenir à l’Amour
 
Faut-il lire « obtenir l’amour » ou « parvenir à l’amour » dans le titre ? L’espagnol « alcanzar » fait pencher pour « parvenir ». Mais « parvenir », c’est « obtenir » si l’on entend obtenir la disposition à aimer. Il s’agit d’entrer et de de- meurer dans un mouvement, donné par un Dieu qui aime en actes et initie une réponse elle-même en actes, fruit d’une disposition en continuel cheminement où l’un donne de ce qu’il a à l’autre qui ne l’a pas, et réciproquement.
 
Le premier point rappelle le bon réflexe de l’exercice des trois facultés si je veux parvenir à l’Amour : faire mémoire du bien reçu, puis réfléchir pour en tirer du fruit, et de là, activer la volonté (le cœur). Par exemple comment traverser les vagues de la Covid ? Me limiter aux précautions à prendre ? Balancer ces gestes-barrières qui me gonflent ? Parvenir à l’Amour commence quand je contemple comment Dieu se donne dans cette épreuve, ici et aujourd’hui, faisant mémoire de Dieu à l’œuvre, réfléchissant pour en tirer quelque profit, laissant mouvoir mon cœur qui m’engage à une manière de traverser l’épreuve, écho de la manière de Dieu, « comment » Dieu habite, opère, peine, en tout.
 
Une particularité de cet amour est la dissymétrie de la relation. D’un côté il y a Dieu, l’Autre, qui initie le mouvement, de l’autre, moi/nous, qui l’accueille et le tient en éveil en y répondant. Même cette réponse limitée est don de Dieu. Éprouver l’écart, entre ma justice limitée et sa bonté infinie, me conduit à une gratitude pour cette ressemblance à laquelle Il m’appelle. Alors je suis dans le mouvement de l’Amour, le « Christ vit en moi ».
 
Nouveauté entraînée par l’ad Amorem
 
L’heureuse nouveauté que propose l’ad Amorem est cette « réciprocité » entre l’aimant et l’aimé, Dieu et l’homme, homme-et-femme. Elle invite à vivre « la ressem- blance » jusqu’à la prétention d’aimer Dieu. On sort d’un Dieu tout-puissant à sens unique. On est du côté du colloque, de la conversation. Le long cheminement à la suite du Christ, poussé par l’exercice des répétitions, de l’application des sens et des contemplations, a préparé à être ce fils, cette fille bien-aimé(e) du Père en tout. Une telle réciprocité nous met dans le mouvement d’une indissoluble altérité. La danse commence quand l’amour va dans les deux sens. Le troisième « Simon, m’aimes- tu ? » du Ressuscité va faire entrer Pierre dans l’Amour divin qui trouve enfin une terre où se donner, là même où tout semblait bloqué.
 
Dieu, la bonté infinie, me donnerait la prétention de lui offrir ce qu’il n’aurait pas ! Mais que n’as-tu pas, Seigneur, que je puis te donner ? « Toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence, toute ma volonté », ce que je suis. Et « ce que j’ai et possède », mais même ça, tu me l’as donné. Ma réponse au don qu’il me fait, ça, il ne l’a pas ; car Il est Amour. Quand le  Christ crie : « J’ai soif » sur la croix, c’est Dieu qui a soif de ce qu’Il n’a pas : ma réponse à son Amour.
 
« En toutes choses, trouver Dieu », voici l’autre pan de la nouveauté. C’est une grâce, pas une compétence. En tout, un lieu, une vie, un travail, un gémissement d’enfantement, en Ignace qui rédige et donne les Exercices, en l’artiste au travail, en cette école surgie pour des jeunes Cambodgiennes délaissées, etc., il peut donner d’aimer et reconnaître le seul « sacré » : Dieu qui se donne, habite, peine, opère, souffre. Il fait de moi son Temple ! De Lui descendent lumière, justice, eaux vives, tout. Le père prodigue engendré par le cadet, son pécheur lamentable de fils, ne le vois-je pas ? « Ce qui est à toi est à moi, ce qui est à moi est à toi ». Incroyable. C’est la vie trinitaire. Notre seul travail est de devenir contemplateur de Dieu.

L’ad Amorem et nous
 
Le n° 232 donne une piste pour avancer : me voir dans une communion des saints, pris dans une même aventure. Parvenir à l’Amour ne vient pas si je me vois comme des actes solitaires à exécuter, où j’aurais à me prouver aux autres. Au royaume de l’individualisme, je n’entre pas dans la danse de l’Amour, au travail, en entreprise, en politique, dans les couples, tant parentaux que conjugaux, dans les familles, en tout ! Si, comme le chante Linda Lemay, « J’veux pas de visites », boulot et souci en trop, je n’entre pas dans l’Amour !

L’exercice fait dans cet ordre des trois facultés, mémoire, intelligence, volonté, aiderait beaucoup ! En couple, en communauté, en Église, au travail et dans bien d’autres situations, poussé par la culture de l’émotionnel, je peux en rester à un « Il me pompe l’air, elle est pas drôle mon Église, etc. ». Je peux me dire que le Christ aurait pu se trouver mieux comme « épouse ». Mais Dieu, et même l’Église, sont plus que ce que j’en vois. Un conjoint peut être à la fois « horripilant et divin », si je suis tourné vers le bien reçu, qui ouvre mon esprit et m’aide à consentir au réel.
 
Me tourner vers le bon grain ! Le Mal semble ne pas exister dans l’ad Amorem. Et la Covid ? Les intentions des puissants à dominer et posséder ? Des lieux supposés pratiquer la charité, où le personnel est déconsidéré ? Les familles et couples éclatés, les violences ici
et là ?… Ignace dit seulement que parvenir à l’Amour ne peut venir si tout en moi ne cherche pas à « aimer et servir » un Dieu qui se donne et veut se donner, en tout. L’amour, la ressemblance à Dieu, commencent là. À Gethsémani ni le Père ni le Fils n’avaient rien à donner à l’Autre, l’un et l’autre manquaient de ce qu’ils n’avaient pas : notre réponse d’amour. C’est la Nuit de l’ad Amorem. Puis-je T’aimer et Te servir quand vient le manque, boulot introuvable, conjoint introuvable, enfant qui ne vient pas, santé qui se perd, etc. ? Ce n’est pas la science médicale au secours de mon rêve de toute-puissance qui le donnera. « Donne-moi seulement de t’aimer. »
 
Accomplir le colloque de l’ad Amorem. Ignace lui donne un nom : « Aider les âmes ». Être quelqu’un de bien, avoir toujours plus, faire toujours mieux, là n’est pas le sens, nous dit l’exercice. Une seule chose compte : aimer Celui qui initie le don d’aimer, L’aider à allumer le feu qu’Il lance, ici, aujourd’hui, en tout. Jésus n’a pas cherché à vivre longtemps. Il a « seulement » initié la danse de l’Amour et du Don. Un compagnon nous quitte, un autre s’éloigne du rivage de notre petite et pauvre Compagnie de Jésus, ça me touche. Ils m’apprennent, ces amis, l’Amour que tu as initié, Seigneur.
 
Olivier de Framond s.j.
agronome, il arrive
à Lalouvesc après sept ans passés
au centre spirituel du Châtelard,
et assure des accompagnements et services pastoraux.
 
 
Légendes et Crédits photos: 
Saint Ignace de Loyola, vitrail, cathédrale Saint-Joseph, Hanoï, Vietnam. /© Pascal Deloche / Godong
Le fils prodigue, icône d'Alain Chenal/ © Iconesalain.free.fr
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