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L'indispensable vérité à faire dans et hors de l'Eglise




Dans sa « Lettre au peuple de Dieu » du 20 août 2018, le pape François appelait à une prise de conscience de la gravité des scandales pédophiles dans l’Église et à une réforme profonde des mentalités, à tous les niveaux, pour éradiquer le cléricalisme. Claire Lesegretain propose sa lecture de cette Lettre.



Depuis plusieurs mois, les révélations successives sur l’ampleur des crimes pédophiles commis depuis 1950 par des prêtres et des religieux
en Pennsylvanie, au Chili, en Australie, en Allemagne ou en Irlande, plongent chacun dans un profond sentiment de sidération et de dégoût.
Ce n’est pas seulement l’importante proportion (5 à 7%) de ministres d’Église incriminés qui est choquante, mais aussi l’existence de systèmes opaques, mis en place par quelques personnalités déviantes bien placées dans la hiérarchie ecclésiale, et qui ont permis à des criminels d’échapper à toutes poursuites judiciaires, comme ce fut le cas au Chili. Choquant également ce grand nombre d’évêques dont dépendaient ces prêtres pédophiles qui ont choisi de déplacer discrètement leurs « brebis galeuses » vers d’autres paroisses ou diocèses, comme ce fut le cas aux États-Unis. Choquant encore ces nombreux « bons catholiques » qui savaient ou soupçonnaient tel père ou frère de comportements pédophiles, mais qui se sont tus pour ne pas « nuire à l’image de l’Église ». Choquant enfin certains parents qui, pendant des années, se sont révélés incapables d’entendre la plainte de leur enfant.

C’est donc à tous les échelons du peuple de Dieu qu’un travail de vérité et de repentance doit se faire, comme le demande le pape François, poursuivant en cela le travail entamé par Benoît XVI. Il faut, répète le pape dans sa « Lettre au peuple de Dieu », publiée le 20 août dernier, que tous et chacun sortent définitivement du déni et prennent la mesure de la souffrance des victimes, du fait des blessures psychologiques et spirituelles extrêmement profondes et durables, provoquées par un abus sexuel.

Cette souffrance spirituelle défigure l’image même de Dieu dans le coeur de l’enfant, au point que le pape François assimile la pédophilie à une   « messe noire », c’est-à dire à un inversement du message évangélique qui affirme : « Ce que vous ferez au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous le faites » (Matthieu 25, 40). « Je pensais que j’étais en phase avec le Christ (1) », me confiait ainsi un homme, aujourd’hui
sexagénaire, qui fut abusé sexuellement par un religieux enseignant entre ses 8 ans et ses 12 ans, quand il était interne dans un établissement privé de Bretagne. « Le Christ avait souffert ; je devais souffrir. Il avait été martyr ; je devais être martyr. Il avait été rejeté ; je serais rejeté… Tout était cohérent entre ce que ce prêtre me faisait et ce que je devais accepter. »

Une réaction globale et communautaire
C’est pour cela que le pape François parle « d’atrocités », de « culture de la mort et de l’abus », « de blessures qui ne connaissent jamais de prescription… » Face à l’ampleur et à la gravité de la situation, la réaction ne peut être que « globale et communautaire ». Ce qui oblige chaque
baptisé, membre à part entière du peuple de Dieu, à s’interroger en conscience sur sa part de responsabilité et sur ce qu’il peut faire pour éviter que de tels abus sexuels – et d’abus de pouvoir – ne se reproduisent au sein de l’Église.

Certes, ces dernières années, des procédures ont été mises en place par toutes les Conférences épiscopales et toutes les congrégations
religieuses, de même qu’un grand nombre de diocèses ont créé une cellule d’écoute pour les victimes. Mais l’on peut s’interroger sur ces
procédures : suffisent-elles vraiment, dans la mesure où, comme on l’a vu au Chili, certaines de celles édictées sous Benoît XVI, avec le contrôle de la Congrégation pour les évêques, ont été mises en échec ?

On peut se demander également si ces procédures, qui semblent parfois être davantage utilisées pour prémunir les responsables et les aider à se justifier, sont, en tant que telles, porteuses de vertus ?

Certes, des évêques ont été révoqués (comme ce fut le cas au Chili et aux États-Unis) pour avoir enterré des dossiers de victimes, fait obstacle aux procès ou à la réforme de la prescription des crimes « anciens ». Certes, des procès canoniques (à huis clos) et civils ont eu lieu et le recours
aux tribunaux civils reste bien entendu absolument nécessaire. Mais cela suffira-t-il à guérir les blessures causées ? Sur ce plan, ce que l’Église offre aujourd’hui comme accompagnement pour les victimes semble bien mince. Une solidarité profonde avec les personnes
abusées est à construire.

D’où l’urgente nécessité de rechercher en profondeur les structures (théologiques, ecclésiologiques, pastorales…) qui permettent à ces actes pédophiles de se produire et de se poursuivre. Pour cela, le pape François a convoqué les présidents de toutes les Conférences épiscopales du 21 au 24 février 2019, pour travailler sur « La protection des mineurs ». Reste à savoir si une telle assemblée d’évêques aura les capacités d’aller « aux racines et aux structures du mal répandu dans le corps de l’Église ». Ceux qui ont été atteints par des scandales pourront-ils en devenir les
juges ? Et ceux qui n’ont pas su s’y attaquer, auront-ils l’audace et la vigueur morales nécessaires pour proposer des changements radicaux ?

Dans son texte publié le mois dernier, l’ESCN(2) proposait à tous lesmembres de la Communauté de Vie Chrétienne (CVX) en France de s’interroger en vérité, sous le regard de Dieu : « Quelle est ma disponibilité intérieure, ma capacité d’écoute face à cette souffrance ? Quelle est ma bienveillance personnelle envers les personnes ayant subi des abus sexuels ? »… Car c’est aux laïcs engagés de notre génération de travailler à retisser la confiance là où elle a été pervertie. C’est aux adultes baptisés de ce début du XXIe siècle d’écouter l’Esprit Saint pour qu’Il leur inspire des gestes vrais d’amour, de repentance et de guérison.
Claire Lesegretain,
journaliste, CVX

 
(1) Claire Lesegretain n Les chrétiens et l’homosexualité, Presses de la Renaissance, 2004 (réédition Chemins de traverse, 2011).
(2) ESCN : Équipe service de la Communauté nationale
 
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