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L'Eglise et la Grande Guerre

Prêtres et religieux vont participer à la guerre de 14-18. En côtoyant plus largement
les hommes sur le front, l’Église va acquérir un nouveau regard sur la société et
inversement, analyse l'historien Xavier Boniface. Action catholique, prémices de
l’oecuménisme et condamnation de la guerre vont sortir des tranchées.

 

         Le centenaire de la Grande Guerre que l’Europe commémore cette année insiste, de manière originale,
sur l’entrée en guerre, alors qu’on célébrait surtout jusqu’à présent le souvenir de l’armistice
de 1918. Cette manière de voir est révélatrice du bouleversement profond et durable que
le conflit a entraîné, et dont on prend peut-être plus encore la mesure aujourd’hui.
Pour l’Église aussi, cette guerre a représenté, sinon un tournant, du moins des
manières autres de regarder le monde.



         En France, comme en Italie, le clergé est mobilisé : 32 000 prêtres, religieux – dont 800
jésuites – et séminaristes sont appelés sous l’uniforme, comme tous les hommes de leur génération.
Les plus âgés, environ la moitié, servent dans des formations sanitaires, ce qui leur
permet de ne pas faire verser le sang d’autrui, comme le demande le droit canonique. Les
plus jeunes sont affectés dans les troupes combattantes. Un millier de prêtres sont plus classiquement
aumôniers militaires. Cette présence des hommes de Dieu parmi les hommes de guerre,
confrontés aux mêmes épreuves et aux mêmes souffrances, est porteuse de changements.
Cette proximité vécue au front fait naître des solidarités et tomber des préjugés : après la guerre,
l’anticléricalisme ne fera plus recette.
En même temps, le prêtre découvre toute une frange de la société, jeune et masculine, qui
fréquentait peu les églises avant 1914. En partageant sa vie quotidienne, il expérimente, ou tout
au moins conforte, des intuitions pastorales nouvelles. Il s’agit désormais d’« aller au peuple »,
d’évangéliser, et non plus seulement d’être un ministre du culte.
La guerre entraîne de nouvelles perspectives d’apostolat qui se retrouveront par exemple dans
l’action catholique spécialisée. C’est aussi dans les tranchées que s’élaborent les prémices de
l’oecuménisme.

union sacrée :
relations améliorées entre l’Église et la République


           L’Église catholique soutient l’union sacrée, à laquelle le président de la République, Raymond
Poincaré, appelle les Français dès le 4 août 1914 : il s’agit de taire les divisions internes de la nation
pour s’unir contre l’adversaire.
Une décennie après les lois contre les congrégations (1901 et 1904) et la séparation des Églises et
de l’État (1905), les relations s’améliorent entre les catholiques et la République. Le gouvernement
suspend l’application des mesures visant les congrégations et sollicite le soutien des forces
religieuses. En 1915, le ministère des Affaires étrangères charge le recteur de l’Institut catholique de
Paris, Mgr Baudrillart, de former un Comité catholique de propagande française à l’étranger : il
a pour mission de montrer aux catholiques des pays neutres, comme ceux d’Espagne, qui
pourraient être séduits par les Empires centraux, que la France, loin d’être athée, respecte la religion.
En Belgique, c’est au nom de la foi que le cardinal Mercier, archevêque de Malines-Bruxelles,
appelle les fidèles à la résistance spirituelle dans sa lettre pastorale de Noël 1914, Patriotisme et endurance.

Foi en Dieu et Foi en la Patrie se rejoignent


 
             Les croyants s’engagent sur le terrain des œuvres, au profit des soldats, des prisonniers, des blessés et des réfugiés.
Mais cette charité ne s’exerce qu’à l’égard des compatriotes ou des alliés, presque jamais au profit de l’adversaire.
Les catholiques, comme l’ensemble de la société française d’ailleurs, font valoir la primauté de la patrie.
Défendre celle-ci par les armes ou par les œuvres, c’est en effet servir Dieu. La foi en Dieu et la foi en la patrie
tendent à se rejoindre et à se superposer. Le conflit devient alors guerre sainte, croisade,
mais aussi châtiment divin en vue de la rédemption du pays. Un tel discours fait barrage aux appels du pape Benoît XV à la paix.
Sa note du 1er août 1917 en faveur d’une paix blanche, sans vainqueurs, ni vaincus, est très mal accueillie
par des catholiques français qui rappellent que leur pays a été agressé et que le droit est dans leur camp.
La ligne de neutralité et d’impartialité suivie par le pape n’est pas comprise dans le contexte de la guerre totale,
alors que les catholiques sont présents par millions dans les deux camps.
            Enfin, l’Église offre sa consolation aux populations endeuillées par la mort de masse (la guerre a fait
près d’un million et demi de morts en France). La foi apparaît comme un refuge pour ceux qui recherchent
une protection, une espérance et des soutiens spirituels. Les fidèles se tournent vers la Vierge, vers Jeanne d’Arc aussi,
la future sainte qui associe le patriotisme et la foi, et vers Thérèse de Lisieux, que la guerre contribue à populariser.
            L’histoire de la Grande Guerre témoigne donc des ambivalences de l’Église dans les pays belligérants
à l’égard du conflit : porteuse de la foi et des espérances des peuples, elle s’associe également à leur patriotisme exacerbé.
Ce n’est finalement pas si nouveau, sauf que, désormais, le pape condamne la guerre.
Mais malgré ces compromissions, les catholiques s’ouvrent à de nouvelles voies d’apostolat et à un regard différent sur le monde.
 
Xavier Boniface

Xavier Boniface a enseigné pendant 20 ans à l'université du Littoral Côte d’Opale.
Il est l'auteur de "L'Histoire religieuse de la Grande Guerre"  ed. Fayard, 2014

 
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