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Jacob le « talonneur »

Comment nous engager dans la transformation du monde en souffrance ? A partir de la figure de Jacob dans l’Ancien Testament, Claire Le Poulichet nous invite à voir comment Dieu rejoint toujours l’homme pour lui faire connaître son dessein. Nous avons à recevoir de Dieu la manière dont Il nous appelle à construire ce Royaume avec Lui.
 

Jacob est le second fils d’Isaac et de Rébecca ...  Dès sa naissance, il apparaît comme celui qui cherche à supplanter son frère jumeau Esaü. Son nom peut être traduit par le « talonneur » : dès le sein maternel il aurait retenu le talon de son frère pour essayer de sortir le premier.
 
L’usurpateur
 
Plus tard, il va trouver les moyens de s’accaparer du droit d’aînesse de son frère ainé ! Mais cela ne lui suffit pas. Jacob veut être l’élu, celui qui va recevoir la bénédiction paternelle, cette bénédiction qui ne peut être donnée qu’une seule fois. Et Jacob le veut tellement fort, qu’il va, avec la complicité de sa mère Rébecca, tromper Isaac son père pour arriver à ses fins. Et voilà qu’il devient l’héritier de la promesse après avoir usurpé d’abord la place, puis la bénédiction qu’aurait dû recevoir son frère. D’où la rage d’Esaü : «  Est- ce parce qu’il s’appelle Jacob le talonneur, qu’il m’a supplanté et cela par deux fois. Mon droit d’aînesse, il l’a pris, et maintenant il prend ma bénédiction » (Genèse 27,36)
Voilà donc l’histoire d’une rivalité fraternelle, particulièrement dramatique qui oblige Jacob à fuir dans un pays voisin.
 
Là il va se mettre pendant vingt ans au service de Laban, son oncle (Genèse 29-31), dont il va épouser successivement les deux filles. Ce qui le fait devenir le père d’une famille nombreuse, avec Joseph et Benjamin, les deux fils qu’il a eu de sa femme bien-aimée Rachel. Pendant tout ce temps, Jacob fait preuve de métier et d’astuce et ses bêtes et ses troupeaux se multiplient. Pourtant vient le jour où ses relations se compliquent sérieusement avec son beau-père Laban. Alors, Jacob décide de rentrer en Canaan et part sans prévenir. Laban le poursuit, et ils finissent par conclure un pacte de non-agression entre leurs terres et leurs biens respectifs. La Bible précise le lieu où se signe ce pacte: à la frontière (Genèse 31)
 
A la frontière
 
Et c’est en ce lieu à la frontière qu’il se passe quelque chose d’inattendu : « Les messagers de Dieu survinrent » nous précise le texte de la Genèse au chapitre 32,2. Mais avant d’aller plus loin, réalisons bien qu’à deux reprises, Jacob a dû partir. Mais, qu’à la différence de celui d’Abraham, ces départs n’ont pas été motivés par un appel, mais par la fuite. Des fuites devant la peur des représailles… Car, nous l’avons vu, dès le début, l’itinéraire de Jacob est tortueux voire tordu et certains commentaires qualifient Jacob d’homme trompeur. Il a floué son frère et trompé son vieux père. Plus tard, à son tour,  il a été abusé par son oncle et beau-père, ce qui ne l’empêchera pas de s’enrichir sur le dos de celui-ci. Et lorsqu’il est rattrapé, il arrive encore à négocier un départ à l’amiable.

Mais le voilà à la frontière, de retour au pays qui l’a vu naître. Et il sait bien que ce retour ne peut se faire en évitant la rencontre avec son frère Esaü qu’il a fui 20 ans plus tôt.

Son frère qui s’avance accompagné de 400 hommes et dont on peut penser, qu’il est animé de ressentiment et d’hostilité.

Alors la peur et l’angoisse saisissent Jacob. Et comme d’habitude, il calcule. Il cherche comment renouer les liens de la fraternité qu’il a malmenée. Il commence par envoyer des émissaires chargés  de présents et de messages bienveillants destinés à amadouer son frère. Ensuite, il choisit de faire traverser le torrent à toute sa famille et à tous ses troupeaux. Comme des pare-chocs pour retarder l’échéance du vis-à-vis. !

Mais c’est là, étant resté seul, qu’un autre face-à-face lui est imposé. Au début de la nuit, dans l’obscurité, Dieu se présente à lui sous la forme d’un adversaire… qu’il ne peut pas fuir.

Je reviens au lieu où se déroule l’affrontement : le « Yabboq ». Le Yabboq est un affluent du Jourdain, à l’est de Canaan. C’est le passage obligé, la frontière pour pénétrer en terre promise. Traverser le « Yabboq »,  c’est donc se rapprocher de Dieu, de sa promesse. Ce lieu est également appelé peny’el : ce qui  littéralement veut dire «  Tourne-toi vers Dieu ».
 
La confrontation

 
Alors Jacob, cet homme divisé, qui a passé sa vie à chercher à s’en sortir par ses propres moyens, à prendre plutôt qu’à recevoir n’a plus d’échappatoire… Il lui faut saisir et se laisser saisir, à bras le corps, quitte à rouler dans la poussière avec cet adversaire... dans une étreinte sans concessions. Pour la première fois au lieu de tricher et de fuir, il est contraint d’affronter la face obscure, souterraine de sa vie. D’affronter cette identité d’emprunt qu’il s’est fabriqué en croyant qu’il pouvait vivre d’une bénédiction volée. Et Jacob se bat à découvert contre tout ce qui en lui résiste à ce dévoilement. Il consent, au cœur de ses résistances, à retrouver la source de ses angoisses, sa prétention à l’autosuffisance, cette entrave à sa liberté. A reconnaître comment il a bel et bien trompé autrui… Et c’est si difficile que ce combat dure toute la nuit.

Ce qui reste troublant dans ce combat, tel qu’il nous est décrit, c’est qu’il est difficile d’établir qui des deux adversaires réussit à avoir le dessus.

Au début, en effet, Jacob semble être le plus fort, et l’adversaire, dit  la Bible « ne le maîtrisait pas » (v 26) ; et pourtant, voilà que Jacob finit par recevoir un coup qui lui démet la hanche et qui le laissera boiteux. Mais quand Jacob est sur le point de succomber, c’est l’autre qui, au petit matin, semble demander grâce : « Laisse-moi partir » Jacob refuse en imposant ses conditions : « Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni » (v. 27)

Alors, après cette nuit d’empoignade où il affronté sa part de ténèbres et où il s’est laissé rejoindre au plus profond, par un Dieu qui veut la vérité mais qui ne condamne pas, par un Dieu qui sauve et qui pardonne, Jacob sait qu’il peut recevoir la bénédiction, sans plus avoir à la voler.
 
Condition de la rencontre en vérité
 
Et c’est là qu’un nouveau nom lui est donné : « Israël » (Genèse 32, 28-3)  Un nom difficile à traduire mais la dernière version de la TOB  nous propose : "Dieu se montre fort". Ce nom nouveau manifeste donc la nouvelle identité de Jacob, sa nouvelle naissance pourrait-on dire, qui va lui permettre, réunifié, de rencontrer son frère d’abord puis de s’engager ensuite, à recevoir de Dieu la mission de conduire le peuple.

Voilà donc Jacob qui s’avance, à découvert, ayant quitté tous ses masques. Quand Esaü et lui se retrouvent, ils tombent dans les bras l’un de l’autre et Jacob évoque ce qu’il vient de vivre (au ch. 33, 10) en disant «  j’ai affronté ta présence comme on affronte celle de Dieu ».

On peut entendre que la rencontre avec Dieu a été une "préparation", un passage nécessaire, indispensable pour que celle avec le frère puisse avoir lieu en vérité.  

Ainsi Jacob nous apprend que la bénédiction reçue, est toujours le fruit d’une rencontre personnelle et intime avec Dieu. Mais qu’elle ne peut s’épanouir pleinement que dans le partage et la fraternité restaurée avec l’autre alors même qu’il est considéré comme un ennemi.
 
Dans l’histoire de Jacob, c’est bien Dieu qui est à l‘initiative de la rencontre. Rencontre en vérité qui bouscule et renouvelle son identité. C’est à partir de là seulement, qu’il sera prêt à accueillir la Parole de Dieu qui l‘envoie en mission vers ses frères.
 
Ainsi en est-il de chacun de nous. Nous sommes tous invités à faire cette expérience de Dieu, d’un Dieu qui nous appelle personnellement et nous rejoint au plus profond de notre existence. Et c’est parce que nous pouvons nous appuyer sur cette assurance d’être aimés de manière unique et sauvés par Lui que nous pourrons répondre à son appel à nous engager au service de nos frères. Non plus, comme un devoir, une obligation morale à accomplir, mais comme un fruit. Un fruit né d’un désir débordant de partager l’amour et la miséricorde qui nous ont relevés et qui ont fait de nous des hommes et des femmes plus intensément humains et vivants. Puissions-nous, à partir de là, entendre différemment l’invitation qui nous est faite d’« Oser dire Oui aux appels du monde »…
 

Claire Le Poulichet
Extrait de son intervention lors de la Journée régionale CVX Lyon Sud le 25 Mars 2012.
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