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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°57 - Janvier 2019

Ignace de Loyola et Marie




Marie tient une place importante dans la vie d'Ignace. C’est en effet à la vue d’une image de Notre Dame avec l’enfant Jésus qu'il emprunta un chemin de conversion et de consolation. Dans ses Exercices spirituels, il invite le retraitant à se confier à l’intercession de Marie afin d’être conduit au Fils et au Père.




Au XVIe siècle, à la sortie du Moyen Âge, l’Espagne catholique dans laquelle vit Inigo de Loyola reste profondément mariale. À cette époque, celui qui rejette le culte marial, qu’il soit juif ou musulman, est considéré comme infidèle. Rien d’étonnant à ce que Marie tienne une place importante dans la vie et les écrits d’Ignace. Le titre qu’il utilise le plus fréquemment pour la désigner dans les Exercices est celui de « Notre Dame », vient ensuite celui de « Mère ». L’expression « la Vierge Marie » n’apparaît qu’une seule fois au n° 299. Que nous enseignent ces trois manières de nommer Marie ?

Notre Dame
Dans sa jeunesse, Inigo aimait beaucoup les romans de chevalerie, il rêvait de conquérir une dame de haut rang en réalisant de prodigieux exploits. Ce rêve occupait continuellement ses pensées. Immobilisé dans le château familial de Loyola, à cause d’une blessure à la jambe lors d’un combat contre les Français, une nuit « étant éveillé, il vit clairement une image de Notre Dame avec le saint Enfant Jésus : de cette vue, qui dura un espace de temps notable, il reçut une très excessive consolation » (Récit n° 10).

Ignace ne nous dit pas qu’il a eu une apparition, mais qu’il a vu une image de Notre Dame portant son fils dans les bras. Cette image de maternité a chassé toutes les images de conquête chevaleresque et de séduction qu’il cultivait en lui. Elle l’a introduit dans une vie de chasteté durable qui lui a conféré une grande joie.

Quelque temps plus tard, après avoir revêtu des habits de pèlerin, il suspendit son épée et son poignard à l’autel de Notre Dame dans l’église de Montserrat. Il y passa la nuit en prière. Le lendemain, il se rendit à Manrèse où il resta de longs mois.

Ce titre de « Notre Dame » souligne le respect qu’Ignace portait à Marie et la grandeur de cette dernière. En espagnol, le titre de Nuestra Señora se rapproche du titre habituellement donné au Christ, Señor Nuestro, « Notre Seigneur ». C’est dire la proximité entre les deux. Dans les Exercices spirituels, Notre Dame est mentionnée dans deux catégories de textes : les mystères de la vie cachée du Christ (nos 262-272) et les colloques de la première (n° 63) et de la deuxième semaines (n° 147). Les mystères font référence à plusieurs épisodes des évangiles : l’Annonciation, la Nativité, la Présentation de Jésus au Temple, la fuite en Égypte, la vie à Nazareth avec l’épisode du Temple à Jérusalem, la mort de Jésus. Ces épisodes nous parlent du consentement de Marie à la Parole de Dieu, de sa solitude et de sa joie.Marie y est toujours associée à la mission de son Fils et au mystère du salut qui s’accomplit dans le monde.

Dans le colloque de la première semaine (n° 63) et celui de la deuxième semaine (n° 147), Notre Dame joue un rôle d’accompagnement, d’intercession, de médiation. Chaque jour, le retraitant lui confie sa prière pour obtenir de vivre selon Dieu comme une créature nouvelle. Le retraitant prie Notre Dame avant de prier le Fils, et enfin le Père. La mission de Marie est de nous mettre avec son Fils, afin de nous offrir avec lui au Père, et de nous faire devenir pleinement enfants de Dieu.

Mère
Notre Dame est déjà une figure de la mère dans la mesure où elle est toujours associée à son Fils. Sa maternité biologique et spirituelle est le fruit de sa foi et de son espérance. Elle croit que Dieu peut accomplir des merveilles pour le monde et qu’il passe par des médiations humaines.

Elle est la mère du « Verbe éternel incarné ». Dans le colloque final de la contemplation de l’Incarnation (109,1), saint Ignace appelle Marie tout simplement « sa Mère » pour souligner son lien avec l’enfant qu’elle accueille. Avant de porter Jésus en son sein et de le mettre au monde, Marie témoigne de la puissance de l’action de l’Esprit Saint en elle, selon le message de l’ange lorsqu’elle demande comment cela pourra se faire :
« L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu » (Luc 1,35). En elle, le Verbe se fait chair. Mystère insondable d’une fécondation spirituelle dans sa chair à elle. Elle accueille Jésus pour le donner au monde. Elle mêle son sang au sien. Dans la scène de la Nativité et de la fuite en Égypte, Ignace signale que
la croix est déjà présente à l’horizon de sa vie. Cet acte de donation la conduit sur un rude chemin fait d’attention, de méditation et parfois d’incompréhension.

Unie à son Fils mort et ressuscité, elle devient la mère de tous les humains : « Femme, voici ton fils et fils, voici ta mère » (Jean 19,26-27). Aux numéros 199, 276 et 297, Marie devient « la Mère ». Celle qui a accepté de devenir la mère du « Seigneur universel » devient la mère de tous les êtres humains, la mère universelle.

La Vierge Marie, figure de l’Eglise
Ignace nous fait contempler l’apparition du Christ ressuscité à Marie sa mère. Son Fils la console. Dans cette scène, elle représente l’humanité entière. Figure de l’Église, elle reçoit l’Esprit promis au soir de la Cène. L’accueil du Ressuscité par Marie est non seulement la condition de possibilité de toutes les autres apparitions, mais il est constitutif de la gloire et de la joie du Ressuscité lui-même. De même qu’il n’a pu entrer dans le monde par son incarnation que par la médiation du oui de Marie, il ne peut apparaître dans toute sa gloire de Rédempteur que par
l’accueil virginal de Marie, elle qui est exempte de tout péché.

L’apparition du Christ ressuscité à la Vierge Marie constitue l’acte premier et fondamental de la fondation de son Église. Pour Ignace, le Christ ressuscité apparaît à Marie en tant qu’elle représente et récapitule en elle-même toute l’Église. Il peut lui communiquer la totalité du salut et de la grâce, de telle sorte qu’associée à son oeuvre de salut depuis l’Incarnation, elle puisse devenir, après avoir participé de la manière la plus étroite à sa passion, sa parfaite collaboratrice dans la diffusion même des fruits de la rédemption. En d’autres mots, le Christ la constitue figure personnelle de l’Églisemédiatrice de toute grâce.

 
Anne-Marie Aitken
Xavière
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