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Spiritualité ignatienne - Revue N°28 - Mars 2014

Ignace à la crypte du martyrium de saint Denis

 
Ignace à la crypte du martyrium de saint Denis

Comment une chapelle vénérée pour être le lieu du martyr de saint Denis est devenue également un lieu privilégié dans la spiritualité ignatienne ? Bénévole dans cette crypte où les premiers compagnons se sont engagés par des vœux, Dominique Gallet nous en trace l’histoire et nous invite à la visiter.


Représentons-nous la scène : à l’aube de ce 15 août 1534, Ignace de Loyola et six compagnons quittent d’un bon pas le collège Sainte-Barbe, dégringolent la rue (aujourd’hui rue des Carmes), se dirigeant vers la Cité, passent devant Notre-Dame, traversent la Seine, marchent vers Montmartre et atteignent enfin le sommet de la Butte. Là, en pleine campagne, à travers vignes et vergers où, ici et là, se détachent les silhouettes de grands moulins à blé ou à gypse, ils se rendent droit à l’abbaye des Bénédictines Blanches et demandent la clé de la chapelle des Martyrs. Ils l’obtiennent sans tarder des mains de la sœur sacristine.


 
Un an plus tôt, dès 1533, Simon Rodriguez, Francisco de Xavier, Diego Launez, Alfonso Salmeron, Nicolas de Bobadilla et Pierre Favre s’étaient ralliés à Ignace, étudiant à Paris depuis 1528. Ralliement des plus fermes : Pierre Favre retourne six mois en Savoie mettre ses affaires en ordre afin de se consacrer entièrement au projet construit par le petit groupe d’«amis dans le Christ». Le projet se décline en deux volets essentiels : vivre en prêtres pauvres et se rendre à Jérusalem sur « la terre de Notre-Seigneur ». Ce second point est ainsi complété : « et s’ils en reviennent ou s’ils sont empêchés de partir dans l’année qui suivra la fin de leurs études, d’aller à Rome se mettre à la disposition du « Vicaire du Christ » pour toute mission chez les fidèles ou les infidèles ».
Sur ce fond d’émulation apostolique et de vie spirituelle dense, la pratique des Exercices, ensemble ou en solitude, se généralise, sous la vigilance d’Ignace. Le 22 juillet 1534, Pierre Favre célèbre sa première Messe. C’est donc lui qui, en ce jour de l’Assomption de cette même année, officie, dans la crypte de la chapelle des Martyrs où les sept amis, une fois la clé en main, sont descendus, pour cette célébration de l’Eucharistie en l’honneur de Marie. Au cours de la messe, le projet se fait engagement solennel : un vœu est prononcé sous le regard du Seigneur. Chacun s’engage devant tous. Ce vœu, que la tradition ignatienne appellera le vœu de Montmartre, constitue bien les prémices de la fondation officielle de la Compagnie de Jésus, en 1539 à Rome. La scène du vœu est immortalisée par un tableau du XIXème offert au regard sur une paroi de la crypte.
Etoffé d’autres recrues, Claude Jay, Paschase Broët et Jean Codure, le groupe renouvelle ce vœu les 15 août 1535 et 1536, au même endroit. Ignace, lui, a dû regagner son pays natal le 25 mars 1535, sur prescription médicale. Le 8 janvier 1537, ils sont neuf à rejoindre, à Venise, Ignace, arrivé d’Espagne par la mer avec un onzième compagnon, Diego Hocez. La suite, nous la connaissons : de Venise, où Ignace fut ordonné prêtre en juin, il n’y eut pas de départ pour Jérusalem faute d’embarcation. Au début de 1538, c’est par petits groupes que les compagnons prennent la route de Rome, où la Compagnie sera officiellement approuvée par le Pape en septembre 1540.
Pourquoi ce lieu ?
Pourquoi ce choix de la chapelle des Martyrs, ce 15 août de 1534 ? Certes un martyr est un témoin et il s’agissait de témoigner au Seigneur d’un amour exclusif par un engagement de sa vie. Mais, de surcroît, Ignace aimait Paris, dont il arpentait les rues, et les martyrs honorés en ce lieu n’étaient autres que les premiers à avoir fait connaître le Seigneur à sa population. C’est en effet à cet emplacement, sur lequel est aujourd’hui érigé un collège public, au 11 rue Yvonne Le Tac (résistante ayant aussi connu le martyr), que l’on situe le martyr de Saint-Denis, évangélisateur et premier évêque de Paris, et de deux de ses compagnons, Saint Rustique et Saint Eleuthère. Un emplacement que la découverte fortuite d’un caveau, lors de travaux menés en juillet 1611 confirma (Marie de Médicis et la cour vinrent alors sur place). Saint-Denis subit le martyr en 258. L’endroit étant devenu, très vite, un lieu de dévotion, Sainte-Geneviève persuada les Parisiens d’y édifier une chapelle vers 475. Les pèlerins affluent de tout le royaume de France et au-delà, pendant des siècles… Jeanne d’Arc, Vincent de Paul, Thomas Beckett, entre autres, vinrent y prier. Les rois de France y passèrent en hommage à Saint-Denis et ne manquèrent jamais de s’y recueillir avant de se rendre à Reims pour le sacre. François 1er y aurait fait dire des messes pour la santé du Dauphin… Après Ignace de Loyola, d’autres viendront, de la même école spirituelle, y vivre des clairvoyances, des choix, des engagements : Pierre-Joseph de Clorivière, Madeleine Daniélou… La chapelle deviendra celle de l’abbaye d’en-bas (édifiée vers 1690 en complément de celle d’en-haut, sur ce qui est à présent la place des Abbesses), comme l’église Saint-Pierre, église aujourd’hui paroissiale au sommet de la butte, était celle de l’abbaye d’en haut. Une abbaye bénédictine ainsi qu’un couvent de Carmélites demeurent, aujourd’hui, derrière la basilique du Sacré-Cœur.
C’est tout cela, et d’autres éléments de contexte, qu’une poignée de bénévoles se chargent de raconter, témoignant à leur tour de ce qui fut un grain venu tomber en ce lieu, dont la fécondité fut souligné par Ignace de Loyola, pour la vie de l’Eglise et du monde.
Car si la chapelle est aujourd’hui le réfectoire du collège, la crypte est toujours là, simple et nette, donnant encore à sentir quelque chose d’une claire détermination. Propriété de la Ville de Paris depuis 1982, elle accueille aussi des chorales en répétition, des récitals de poésies, des représentations théâtrales, des concerts, sous la houlette de Zygmunt Blazinski, metteur en scène et comédien qui présente des auteurs d’inspiration spirituelle (Max Jacob, Rilke, Pessoa…). Cependant, la crypte reste un lieu liturgique : chaque année quatre eucharisties y sont célébrées par un membre de la Compagnie, les 31 juillet (fête de la saint-Ignace), 15 août (commémoration du vœu), 9 octobre (saint Denis) et le 3 décembre (saint François Xavier). Précisons, ici, qu’en outre tout Jésuite du monde entier, venant à passer, peut venir y célébrer quand il le souhaite, en se procurant la clé, tout comme Ignace l’avait fait au XVIème siècle, à la suite de milliers de pèlerins. Relevons, enfin, que, si Ignace de Loyola et François Xavier furent canonisés en 1622, c’est tout récemment que Pierre Favre – béatifié en 1872 - le fut à son tour, le 17 décembre 2013, par le Pape François. Sa fête sera célébrée le 2 août.
Lieu caché et matriciel, elle se visite, non pas sept jours sur sept mais à des moments précis, privilégiés serait-on tenté de dire : de 15h à 18h exclusivement, chaque vendredi après-midi de la semaine, et, de surcroît, chaque samedi et dimanche premiers de chaque mois. Son ouverture au public ne repose en effet que sur le bénévolat. Une association « des amis du Martyrium» veille sur elle, dont le conseil d’administration est composé d’instituts de spiritualité ignatienne : la Compagnie de Jésus, la Société du Cœur de Jésus, la Congrégation des Auxiliatrices des âmes du Purgatoire (dont le siège fut sur le lieu de mémoire pendant plus d’un siècle), de membres de droit, tels le recteur de la Basilique du Sacré Cœur, les curés des paroisses St-Jean-de-Montmartre et St-Pierre de Montmartre, d’un président, d’un trésorier, de quelques bénévoles et bienfaiteurs, peu nombreux au regard de l’importance du lieu.
Alors, si vous n’êtes jamais venu la découvrir, ne faut-il pas en prendre le chemin, avec ou sans bâton, à pied ou par tout autre moyen plus contemporain à disposition ?
Si vous demeurez aux alentours, compagnons de la CVX ou proches de cette communauté spirituelle, pourquoi ne pas venir à votre tour présenter la crypte aux passants, venus du coin de la rue comme du bout du monde, qui franchissent le seuil et descendent les marches, et faire le récit de la démarche fondatrice. Même s’il vous en coûte, à l’aller, lorsque ce sera par grand soleil que vous emprunterez la rue Yvonne Le Tac pour séjourner trois heures à l’ombre de la voûte, c’est joyeux du partage vécu avec les visiteurs que vous en repartirez, comme cela se passe à chaque fois, pour chacun des bénévoles. D’ores et déjà, grâce vous soit rendue pour ce discret service ad majorem Dei gloriam .

Dominique GALLET
CVX
 
 
Sur les traces d’Ignace à Paris
où loge-t-il ? Où prépare-t-il ses examens ? Pour approfondir la rencontre des sept premiers compagnons, les pélerinages du "pèlerin"… et découvrir le Paris du XVIème siècle , plongez-vous dans ce livre qui permet une connaissance plus réaliste, plus humaine d'Ignace de Loyola et en particulier de l'évolution de sa mentalité au cours de ses années parisiennes. L'ouvrage donne aussi un éclairage historique sur les lieux et monuments cités dans le Récit, ainsi qu'une carte de l'époque.
 
Ignace à Paris (1528-1535)
André RAVIER – édition Vie chretienne – 8 euros
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