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Signes des temps - Revue N°328 - Février 1989

Foi et idéologie

Le Père H. Madelin vient de faire paraître : « La menace idéologique » (Le Cerf, édit.) Il s'agit d'un livre qui nous a paru important à lire, extrêmement suggestif, en ces temps, où le « politique », en nos pays, paraît singulièrement démonétisé et où le « religieux » a parfois tendance à se durcir et à vouloir tout régenter. Nous en publions ci-dessous quelques extraits.


L’idéologie est un peu comme l'air que l'on respire ; sa tendance est de s'annexer tout le champ du savoir et de régenter tout le domaine de l'action : politique, social, culturel, religieux... Sa pente est de devenir globalisante, voire totalitaire. Il n'est pas jusqu'à la télévision qui fabrique jour après jour de nouvelles façons d'être et de penser. Elle retrouve un procédé familier aux idéologues qui consiste à voir le monde sur le modèles des westerns : bons et méchants, vainqueurs et vaincus, noir et blanc...

Mais la foi ne se développe pas sur le même plan que l'idéologie. La foi n'est pas solidification des raisons d'exister d'un groupe dans une société. Autrement, comment pourrait-on saisir ce qu'a d'original et d'unique la foi d'Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t'indiquerai. » (Gn 12,1)

A l'appel de Yahvé, qui n'est pas une figure de ce monde, Abraham laisse la sécurité d'une parenté, d'une terre, d'une famille pour répondre, de façon personnelle, à une ouverture vers l'inconnu qui n'est que promesse. C'est le contraire du mouvement idéologique qui s'appuie sur un collectif qui cherche à fonder sa propre existence dans le présent, en légitimant ses raisons d'être et qui n'annonce un avenir que balisé et fermé par rapport à d'autres groupes ou d'autres visions.

A la racine de la foi se trouve toujours une décision personnelle, destabilisante par rapport à la situation présente ; elle ouvre alors sur un futur dont la maîtrise est absente. La foi est antinomique de la vision puisque celle-ci cesse quand celle-là se réalise. La foi est tournée vers un avenir qu'elle ne possède pas. L'idéologie, au contraire, annonce « des réalisations collectives pour demain qui doivent apparaître dans un temps et un espace historique sous peine de n'être que pures chimères... »

Le rapport à Dieu, dans sa proximité miséricordieuse, ne le rend pas prisonnier du choix des hommes. Car il est à la fois assimilé par les hommes et radicalement différent d'eux, selon le mouvement même de la manducation eucharistique. La parole rapportée par saint Jean : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » est à entendre aussi fortement que la formule proclamée par Isaïe : « Vos pensées ne sont pas mes pensées et mes voies ne sont pas vos voies ».

La conséquence de cette perception du christianisme qui le tient à distance des processus idéologiques est le fait que, dans la vie courante, les options des chrétiens peuvent être légitimement diverses, sans mettre en péril la cohérence symphonique de l'ensemble. Les choix que l'on fait ne peuvent être purement et simplement déduits à partir de quelques grands principes. Le choix finalement fait est un choix parmi d'autres possibles. Il convient donc d'accepter la réalité du pluralisme entre chrétiens sur des comportements pratiques sans s'en effaroucher et sans chercher à fuir les affrontements qu'elle suppose. Et, de même, ce n'est pas parce que l'Église prend une position différente de celle que je prône qu'il faut cesser de lui être fidèle. Car l'Eglise n'est ni un parti ni un syndicat, elle est une communauté de communautés.

La référence à l'Écriture actualisée dans l'Église joue d'ailleurs au rebours des fonctionnements idéologiques habituels qui valorisent la lettre des textes fondateurs. Dans l'Écriture chrétienne, venue de Dieu, le croyant se sait questionné plus qu'il ne questionne le texte. Il se laisse interroger par ce qui lui est dit par Dieu même, plus qu'il ne demande des assurances et des légitimations sur ses manières de penser et ses conduites, toutes choses qui sont, au contraire, la pente naturelle des systèmes idéologiques...

Le ressort de la dynamique idéologique est de compter seulement, en dernière instance, sur ses propres forces. Vouloir se faire par soi-même, c'est idolâtrer ses propres conceptions. C'est se tromper de Dieu. La grâce est finalement le seul antidote à l'idéologie toujours prête à refaire surface. Car il y a opposition radicale entre la grâce au travail dans les cœurs et les institutions et les mécanismes idéologiques. La grâce conduit à s'en remettre finalement à un Autre.
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