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Expérience de Dieu - Revue N°47 - Mai 2017

En me formant à la gestion des conflits



Suite à des émeutes sur l’Île Maurice, une formation a été conçue pour transformer la société à partir du quotidien des personnes. Devenue formatrice, Georgina s’émerveille de voir les situations se débloquer, les personnes se libérer… et comprend mieux en quoi Jésus nous sauve.



En 2000, j’entends parler d’une formation « Apprendre à mieux gérer nos conflits par une communication vraie et une négociation efficace".
Intriguée, je décide de tenter l’aventure et m’inscris pour ce parcours.
 
Mes relations avec mon mari et mes enfants en sont tellement
transformées, que je suis volontaire quand Étienne Chomé propose
de former des Mauriciens à devenir animateurs "CommunicActions",
le nom que nous avons trouvé pour notre association
et qui dit bien ce qu’elle propose : agir pour mieux entrer en relation…
Notre objectif est de rendre la formation accessible
au plus grand nombre de Mauriciens de tous les milieux.

En tant qu’animatrice, je suis souvent impressionnée par la manière
dont les personnes font confiance aux outils que nous proposons
et les mettent tout de suite en pratique ; ils reviennent la semaine                                      Carnaval et Carême, par Pieter Brugel
suivante émerveillés que cela marche !…gestion des conflits par bruegel
 
En ce qui concerne mon parcours personnel, j’ai découvert
que j’étais une personne assez « conflictuelle » dans la mesure
où je ne savais pas me taire quand je n’étais pas d’accord et qu’une situation me révoltait. 
 
Éviter les « TU » accusateurs et les pièges des jugements, des reproches et des exigences, les remplacer
par des phrases dont le sujet est « JE », m’a permis d’aborder le dialogue de manière plus respectueuse et constructive.
 
Ce qui m’a vraiment mise en route et qui a été le début du changement
en moi, c’est lorsque j’ai compris que j’avais ma part de
responsabilité dans les situations de conflit. Réaliser que chacun
réagit par rapport à ses propres valeurs et vécus douloureux, m’a
encouragée à essayer de comprendre l’autre au lieu de le juger,
et à chercher un chemin pour avancer ensemble au lieu de me
couper. Si je reste accrochée à l’attitude de l’autre que je juge                                                                      
insupportable, je reste bloquée.
 
J’ai ainsi pris conscience de mes intransigeances qui ne faisaient
que cristalliser mes blocages et je me suis rendu compte de la violence
de telles attitudes, surtout face à mes ados !
 
Dans tout conflit,
ma première responsabilité est d’aller voir quelle blessure en moi a été réveillée par la situation.
Puis le second pas est ce que je décide d’en faire.
Là je retrouve ma liberté dans ce qui semblait bloqué, figé.


 
Les principaux obstacles à la réconciliation

 
En cas de grandes souffrances, je constate que les personnes souvent
s’enferment dans le rôle de victime. Pourtant, même dans
le cas de violences conjugales, j’ai vu des femmes se libérer, ne
plus rester sur « c’est sa faute à lui », mais s’épanouir et avoir
des projets. Elles sont redevenues responsables de leur propre vie.
En cas de fonctionnement violent, un cercle de violence s’installe. Il
est possible de le stopper en refusant de jouer ce jeu-là, en changeant
de registre et en apprenant à « purifier » ses propres paroles
des propos qui accusent, culpabilisent et humilient et qui portent
atteinte à la liberté de l’autre en exigeant.
 
Enfin, un autre obstacle, très courant chez nous, est d’avoir peur
de blesser l’autre en nommant les problèmes. Or en voulant éviter
la violence, on se fait violence à soi-même en se taisant. Parfois
cela peut mener à la maladie, à la dépression.
 
Ma place de formatrice me permet d’être témoin de nombreuses libérations.
 
Cela me stupéfie à chaque fois, et me donne beaucoup de joie et de confiance dans la vie.
Être témoin de telles transformations me permet aussi de comprendre
ce qui était longtemps resté mystérieux : que « Jésus est
sauveur ». Vraiment sauveur ! J’ai appris à voir les chaînes dont il
peut nous libérer : nos ressentiments, nos peurs… à voir qu’il peut également guérir nos corps par cette libération.

J’ai vu des personnes ne plus avoir mal au dos après avoir fait la paix. Moi-même
j’accumulais les tendinites tant que « je prenais sur moi » dans les
situations difficiles. Je suis témoin que d’oser parler, même avec nos
« ennemis », libère.
 
Se libérer Jusqu’à pardonner
 
Cependant, le seul chemin de vraie libération est d’arriver
jusqu’au pardon. Mais c’est un long processus. J’en suis encore
au début. Ce n’est pas juste en se disant : « il faut pardonner »
que l’on y arrive. Comme il est impossible de faire changer une
personne, la seule issue est de voir quel chemin, quelle conversion
est à faire soi-même. J’expérimente encore que si je change,
cela peut faire bouger l’autre.
 
Mais si je change pour qu’il change, si je lui dis, « j’ai fait un pas, c’est à toi maintenant », c’est presque de la manipulation
 
Seule la gratuité de « aimez vos ennemis » peut vraiment nous libérer.
 
C’est être capable de donner audelà de la blessure qui m’est faite,
c’est « par-donner ».
C’est faire le geste que l’on n’attendait pas…
Georgina Corson




 
Née à la suite d’émeutes : CommunicActions
 
L’aventure "CommunicActions" a commencé à l’île Maurice, en 1999, suite aux émeutes du
« février noir ». C’est dans ce contexte multiculturel et multi religieux qu’Étienne Chomé,
théologien et chercheur en résolution de conflits à l’université catholique de Louvain, a
mis au point son parcours de formation à la demande de l’évêque de Port-Louis. Pendant
6 ans, ce chercheur a donné la formation « Apprendre à mieux gérer nos conflits de tous
les jours » aux quatre coins de l’île et dans des milieux socio-économiques très divers.
Sa priorité a été de former des animateurs qui puissent à leur tour donner ce parcours
auprès de publics variés, jusque dans les cités défavorisées, les prisons, les écoles, les
entreprises…
Aujourd’hui "CommunicActions" est présente en Europe, en
Afrique et au Canada, avec une centaine de formateurs.
 

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