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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°41 - Mai 2016

Des échanges économiques aux échanges humains

Participer à des échanges économiques suppose d’accepter des contraintes :
fournir une prestation correspondant à la demande
dans les délais prévus et contre une rémunération sur laquelle
nous nous sommes accordés. Que la rémunération s’effectue sous
forme monétaire, en nature ou bien par le biais d’un service rendu
en contrepartie, il s’agit bien d’une rémunération. Il sera nécessaire de compter.

Sans doute n’y a-t-il pas de vie en société sans cela. Les
évangiles ne l’ignorent pas, eux qui parlent si souvent d’argent
(dans un contexte beaucoup moins monétisé que le nôtre). Les
comptes ont ceci de pratique qu’ils rendent possible la comparaison,
ouvrent la possibilité de mettre en compétition les acteurs selon les
services qu’ils rendent et le prix qu’ils demandent. Ils induisent
donc aussi des classifications et font parfois naître le sentiment
que tout pourrait y être soumis.
Les systèmes de comptabilité que nous nous sommes donnés – car
en réalité, il y en a plusieurs, qui privilégient des critères différents
– vont donc jouer un rôle très important, car ce sont des
repères sur lesquels nous pouvons facilement nous accorder pour
entrer en relation et échanger des prestations. Ils occupent des
positions stratégiques et l’on peut leur attribuer un pouvoir énorme
car d’eux dépend la place que nous allons tenir dans le jeu des échanges.
Nous pouvons regarder ces systèmes comme ce qui déclare
quelle est la valeur de notre existence et, poursuivant en ce sens,
nous rapporter à eux comme si c’étaient eux qui nous donnaient
la vie. Bien sûr nous ne formulerons jamais la chose en ces termes,
nous n’oserions pas, mais en réalité, en sommes-nous si loin ?
Un test : quelle valeur attribuerions nous à notre existence, si nous en
venions à échouer dans presque tous les domaines où nous intervenons ? Est-ce que ma vie vaut
encore quelque chose si j’ai de très mauvais résultats partout ?
 
Une autre logique que les échanges calculés
 
Des personnes obligent à se poser cette question, ce sont celles qui,
dans toutes les petites mises en compétition qui règlent notre
quotidien, sont à la peine : les enfants et ceux qui sont entrés
dans le très grand âge, les personnes marquées par le handicap,
la maladie ou par une histoire de misère, celles qui sont étrangères
à nos manières de compter. Dès que nous nous trouvons en face
d’elles, nous sommes conduits à reconnaître que nos systèmes
comptables habituels ne sont pas satisfaisants, parce qu’ils ne disent
rien de leur valeur ni du bonheur que nous trouvons à les côtoyer.
 
Nous sommes alors amenés à redécouvrir tout un pan de notre
existence sociale, qui est mû par une autre logique que celle des
échanges calculés. Ce sont les relations qui ont comme premier
motif, non pas une prestation à fournir mais la joie de retrouver
l’autre, d’être avec lui et de le savoir heureux. Leur seul « pourquoi
» est « parce que c’est toi ». 
 
Or, c’est ce versant de notre existence qui nous fait vivre.
Car tous ceux qui chaque jour nous adressent des signes qu’ils
tiennent à nous, simplement « parce que c’est toi », appellent
en nous ce qui est singulier, incomparable et ne peut être placé
sur une échelle de grandeur.
Ils m’appellent comme pour une naissance qui a déjà commencé mais
n’est pas terminée. Et ces liens sont de puissants points d’appui
car nous pressentons bien que, même si nous décevons ces amis,
ils ne jetteront pas l’éponge mais reprendront leur petite musique
qui dit : « Nous t’attendons », « Tu as du prix à nos yeux ».

 
L’alliance : un rapport de vie
 
Ce type de rapport rappelle très fortement celui qui est thématisé
dans la Bible à travers l’alliance : Dieu s’adresse à son peuple, non
pas à cause de prestations que celui-ci devrait lui fournir, ni
pour réussir quelque chose, ni non plus à cause de telle ou telle
qualité qu’il y aurait trouvée, mais simplement « parce que c’est
toi, mon peuple ». La formule de l’alliance « je serai votre Dieu, tu
seras mon peuple » ne dit pas plus que cela1. Or c’est ce type de rapport
qui a permis à ce peuple de trouver consistance, de se frayer
un chemin dans l’histoire et d’y apporter une contribution incomparable.
 
L’alliance met en genèse, elle fait grandir, elle fait faire
l’expérience du pardon (car nous ne sommes qu’exceptionnellement
accordés à elle), elle invite à considérer ce qui est faible, elle
interdit de s’enclore dans une relation exclusive avec Dieu mais au
contraire ne cesse d’être rouverte par des nouveaux venus. C’est
elle qui donne véritablement la vie. Face à cette relation au Dieu
vivant, toutes nos compétitions font piètre figure et les comptes
sont remis à leur juste place, celle d’auxiliaires qui certes facilitent
les échanges mais ne sont pas la source de la vie.
 
Quand nous accueillons ceux que nous côtoyons en nous réjouissant
de ce qu’ils sont, nous faisons écho à cette logique
d’alliance, nous y répondons et, ce faisant, nous contribuons à
lui donner consistance. Il y a quelque chose de la vie divine,
alors, qui circule entre nous. 
 
Bien sûr, nous ne sommes jamais entièrement dans l’alliance ;
peut-être parce que nous ne sommes pas – encore – en Dieu, tout entiers.
Mais chaque relation, chaque contact, même s’il
a comme objectif l’échange de prestations, peut être irrigué
par la logique de l’alliance. Cela commence dès qu’on se souvient
que nous avons affaire non à des fonctions, mais à des personnes.
Et cela peut aller jusqu’à modifier profondément les règles du jeu,
pour que chaque acteur s’y sente bienvenu, et cela, non à cause de
la prestation qu’il fournit, mais « parce que c’est lui ».
 
Étienne Grieu s.j.
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