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Contrechamp - Revue N°65 - Mai 2020

Demandes de baptême : quels enseignements ?

Le premier fait est massif : en moins de quarante ans, le total des baptêmes dans l’Église catholique en France a baissé de plus de la moitié¹. De 400 327 en 2000, nous pouvons estimer qu’ils seront autour de 200 000 en 2020. On peut aussi faire référence à deux sondages, l’un de 1961 et l’autre de 2012². En 1961, à la question : « Êtes-vous baptisé(e) dans la religion catholique ? », 92% de l’échantillon de la population française interrogée répondaient oui ; ils n’étaient plus que 80 % en 2012 (65 % des 18-24 ans et 88 % des 65 ans et plus). Et lorsqu’on demandait à ceux qui étaient baptisés : « Avez-vous fait ou ferez-vous baptiser vos enfants ? », en 1961, 4% seulement répondaient non, mais, en 2012, 25 % répondaient non.

Mettons de côté les interprétations extrêmes : d’une part la prédiction d’une extinction totale du catholicisme à terme, et à l’opposé le diagnostic de la fin d’une religion imposée et grégaire, remplacée par des adhésions personnelles de qualité, portées par des convictions fortes. Reste que les réactions peuvent être différentes face à cette situation.

Quelles motivations pour demander le baptême ?

En effet, cette situation peut être analysée comme un effet de ce que Jérôme Fourquet a appelé « la dislocation de la matrice catholique³ ». On remarquera alors qu’il n’y a pas adéquation entre la proposition du sacrement de baptême par l’Église et la demande d’un rite d’entrée de la part des parents de jeunes enfants, loin de l’Église. Ce sont deux cultures différentes qui entrent en contact, puisqu’on assiste, selon Danièle Hervieu-Léger, à une « exculturation » du catholicisme dans la société française contemporaine.

Si nous sommes situés dans des univers culturels différents, si nos visions du monde sont pour une part étrangères les unes aux autres, alors il faudra creuser longtemps pour trouver éventuellement un socle commun. Ou, pour prendre une autre comparaison : si nous sommes bien en train de regarder le même paysage, nos regards sont différents, et il faudra du temps pour repérer ce qui est central, ce qui est significatif pour chacun. À moins de s’en tenir rapidement à des valeurs partagées, parfois bien floues, voire ambiguës, par exemple la tolérance. Mais ce langage des valeurs est parfois le seul disponible et il peut être alors un premier pas.

On évoque parfois un malentendu qu’il conviendrait de dissiper lors des demandes de baptême. Mais le malentendu n’a-t-il pas toujours existé ? On a parlé par exemple, des personnes qui demandaient le baptême comme une fête de la naissance, pour marquer l’entrée d’un nouveau-né dans la famille. Pensons aux « trois cloches » qui sonnaient dans les grands moments de la vie de quelqu’un : pour son baptême, son mariage et son enterrement. On a pu dire ainsi que ces personnes venaient à l’église « quand la cloche sonnait pour eux ». Mais on pourrait évoquer bien d’autres motivations possibles… On peut donc estimer que les demandes d’aujourd’hui, avec leurs limites, sont des portes d’entrée dans le catholicisme, qui pourraient être comme le début d’un parcours à poursuivre. Mais il est sans doute illusoire d’essayer de transformer la préparation au baptême en un parcours complet préalable dans le but de dissiper ce qui ne serait que de simples malentendus.



Des demandes de baptême d’adultes en progression

En face de ce premier constat, on pourra noter l’augmentation des demandes de baptême d’adultes. Le site de la conférence des évêques de France recensait 2 557 baptisés adultes en 2008 et 4 069 en 2019, en métropole (4 251 avec cinq diocèses d’Outre-Mer). Augmentation constante jusqu’en 2017 et légère stagnation depuis. Là encore, on pourra se contenter de noter que cela ne compense pas, loin de là, la baisse du nombre des baptêmes d’enfants.

Mais il vaut la peine de regarder de plus près et de voir s’il ne s’agit pas d’autre chose que d’un rattrapage. Car si beaucoup de celles et ceux qui demandent le baptême pouvaient être déjà proches de l’Église catholique, bien qu’ils n’aient pas été baptisés à la naissance (la moitié environ sont d’origine chrétienne), d’autres viennent d’espaces culturels et/ou religieux beaucoup plus divers.

Les âges aussi sont divers : la moitié d’entre eux ont entre 26 et 40 ans, ce qui n’est pas l’âge moyen des catholiques pratiquants. Ainsi, on voit arriver dans l’Église une population différente de celle qui fréquente régulièrement les églises. On peut donc logiquement prévoir des difficultés de compréhension, des différences liées à la culture des uns et des autres. Là encore, faut-il parler seulement de malentendus ?

Il semble au contraire, lorsqu’on observe les cheminements divers des catéchumènes et la façon dont ils sont accueillis dans les groupes chrétiens, qu’il s’agit plutôt d’un travail d’acculturation mutuelle. On n’est pas d’emblée sur la même longueur d’onde et chacun a tout un chemin à faire.

Là aussi, la comparaison des portes d’entrée, qui ne sont pas les mêmes pour chacun, peut être stimulante, parce qu’évoquant un long chemin de découvertes mutuelles qui n’est jamais terminé. Les catéchumènes adultes qui se préparent au baptême peuvent ordinairement faire part d’expériences personnelles très riches de rencontre avec Jésus le Christ, et le long temps de préparation peut être précieux, s’il sait articuler l’enseignement, l’initiation et l’apprentissage, qui constituent une entrée dans la vie chrétienne.

C’est donc à partir de leur expérience personnelle que les catéchumènes découvrent peu à peu les différentes dimensions de la foi et de l’appartenance ecclésiale. Et de leur côté, leurs accompagnateurs et les groupes d’Église qui les accueillent ont à découvrir en eux de nouvelles richesses. Et leur faire une place, reconnaître qu’ils ont leur place, c’est beaucoup plus que de leur dire : « Venez nous rejoindre. »

Jean Joncheray prêtre du diocèse d’Angers, a été directeur de l’Institut supérieur de pastorale catéchétique de Paris, et est actuellement membre de l’équipe diocésaine de catéchuménat à Angers.

© Choja / iStock

1. Pour être précis, les statistiques de l’Église catholique en France comptabilisent un nombre total de 400 327 baptêmes en 2000 et 231 165 en 2017 (Site de la Conférence des évêques). Ils étaient environ 560 000 en 1980.

2. Sondage Ifop/ La Croix octobre 2012, « Les Français et le catholicisme, 50 ans après  Vatican II ».

3. Jérôme Fourquet, L’archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée, Seuil, 2019.

4. Danièle HervieuLéger, Catholicisme, la fin d’un monde, Bayard, 2003.

 

 

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