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De l’expérience sensorielle au goût spirituel



En s’appuyant sur des expériences sensorielles transparaissant dans des films, Geneviève Roux, Xavière, nous aide à percevoir que nous avons besoin de notre corps pour exprimer notre vie intérieure. Et c’est dans notre réalité corporelle que Dieu nous parle.

Sans doute avez-vous vu un jour ou l’autre le film du réalisateur
danois Gabriel Axel : « Le festin de Babette ». Ce film, date de
1987, mais il se trouve en DVD.
Babette, la servante française de deux vieilles dames protestantes
austères, prépare un « vrai repas français » grâce à l’argent qu’elle a gagné à la loterie.
Sur cette photo, Babette, qui a fini de servir le repas prend le
temps de savourer un verre de « Clos Vougeot ».
L’image, savamment composée et éclairée, nous montre Babette les
yeux mi-clos dans la contemplation du verre. Elle va y faire tourner
le vin avant de le mettre en bouche. Et son visage va s’éclairer
d’un fin sourire. Quelques plans auparavant le Général de Lowenheim
a fait le même geste avec le même émerveillement.
 
Le film de Gabriel Axel fait appel à tous nos sens : plaisir des yeux
devant la table dressée, odeur du vin, du rhum qui flambe, chaleur
de la cuisine, toucher des verres, douceur des couverts patinés, de
la nappe soigneusement repassée, arrondis des visages et des
fruits, son argentin des verres de cristal… Il nous immerge dans
des sensations par une construction méticuleuse de l’éclairage,
par un choix de couleurs rouges/ orangées qui créent une ambiance
chaleureuse et intime, par des gros plans sur les objets, les
mains, les visages. Et nous voyons combien cette ambiance agit sur les convives.
 
Ceux qui ont vu ce film en son entier ont ressenti combien dans
la première partie le décor austère des réunions de la congrégation
et la soupe de poisson au pain dur et à la bière qui les
accompagne semble attrister et rétrécir chaque personnage. Ils
se divisent et s’accusent entre eux, l’unité se défait. Le repas
de Babette opère une véritable conversion en chacun, il les ouvre
à un bonheur de vivre. Les visages s’éclairent, des sourires apparaissent,
des paroles de pardon s’échangent. La bienveillance est
palpable et l’on se surprend à être heureux avec les convives.
Au milieu du repas, le général évoque le chef féminin
du Café anglais de Paris. Il dit « Cette femme était capable de
transformer un dîner en une sorte d’histoire d’amour. Un amour qui
ne faisait pas de distinction entre l’appétit physique et l’appétit spirituel. »
Babette est ce chef.
 
« Le surnaturel est lui-même charnel »
 
En quelque sorte, ce repas crée un instant d’éternité. Cela peut nous
évoquer ces vers de Péguy dans le poème « Ève » :
« Car le surnaturel est lui-même charnel…
Et l’éternité même est dans le temporel
Et l’arbre de la grâce et l’arbre de nature
Ont lié leurs deux troncs de noeuds si solennels,
Ils ont tant confondu leurs destins fraternels
Que c’est la même essence et la même stature".1

 
Il faut un corps pour l’esprit. Pour les chrétiens, c’est une vérité fondamentale et cela se nomme Incarnation.
 
Comment dire l’amour sous toutes ses manifestations sinon à travers
notre corps qui nous permet d’entrer en relation ?
Aimer, donner, créer, voilà des maîtres mots de la vie spirituelle.
Pour nous chrétiens, ce festin de Babeth est une parabole de l’eucharistie,
où le don sans retour qui est fait rend la paix et la joie aux convives.


delices de tokyo
Dans le film de la japonaise Naomi Kawaseve : « Les délices de Tokyo »
un passage semblable se joue. « À travers le personnage de Tokue, spécialiste
des dorayakis (gâteaux fourrés d’haricots rouges) elle exprime
sa foi en des forces invisibles présentes dans notre monde quotidien.
Elle n’a pas son pareil pour recommander d’écouter ce que racontent
les haricots rouges ou les feuilles de cerisier. Elle ouvre un chemin vers
la grâce et la possibilité de surmonter les épreuves. Et Naomi Kawase
nous fait, avec ferveur, passer d’une recette de cuisine à une leçon de
vie. » – écrit Frédéric Strauss dans Télérama.

 
Nous pourrions aussi évoquer « Les brodeuses » d’Éléonore
Faucher, Grand prix de la Semaine de la critique à Cannes en 2004.
Enceinte de cinq mois, Claire, 17 ans, décide d’accoucher sous
X. Mme Melikian, brodeuse à façon pour la haute couture, qui
vient de perdre son fils unique avec lequel elle travaillait, accepte
de l’embaucher pour terminer une commande. Jour après
jour, point après point, se tisse entre elles plus que l’art de la
broderie. Celui de la filiation et du courage d’accueillir la vie. Nous
pouvons dire qu’elles se donnent la vie l’une à l’autre. Et cela à travers
la somptuosité des broderies, l’habileté des mains, le chatoiement
des couleurs et la passion de création qui les animent.

 
Sentir et goûter intérieurement
 
Dès le début du livret de ses Exercices spirituels, Ignace de Loyola
écrit : « Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait
l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement. »2

Et Ignace nous invite à devenir des metteurs en scène. Il a perçu, sans doute,
que nos yeux ont la capacité de nous renvoyer à nos autres sens.
Contempler c’est voir, mais aussi écouter, toucher, goûter et sentir.
Ce faisant il nous permet de donner chair aux récits de l’Évangile,
de les voir en 3D. Je me mets en condition de faire une expérience
sensible qui m’introduit à « la connaissance intérieure du Seigneur
qui pour moi s’est fait homme afin de mieux l’aimer et le suivre. » Ce
n’est pas un hasard que ce langage des sens puisse évoquer la réalité
que Dieu nous touche vraiment et nous atteint dans la prière. C’est
bien dans notre réalité, corporelle, affective, intelligente et non
dans l’imaginaire, que Dieu parle, se communique à nous.
Et c’est par cette réalité-là que j’en prends conscience. Ce que je sens et goûte
n’est pas Dieu, mais une indication, un signal que sa parole travaille,
me touche. En intériorisant tel passage, en l’assimilant, la Parole me
nourrit, «s’incarne» et m’enseigne.
 
Dans ce monde d’images qui est le nôtre, nous nous plaignons parfois de saturation et de perte d’intériorité.
 
Et si, au contraire, en développant notre capacité sensorielle les images enrichissaient notre capacité à goûter et sentir intérieurement ?
 
Geneviève Roux
Xavière

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