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De la colère

Il faudrait tout reprendre autrement. Froisser des pages et faire place nette. De la colère et de son déchiffrement. Oui, regarder la colère, la sienne, celle des autres, oser affronter ces effleurements où une voix muselée et inarticulée vient percuter la paroi de nos existences. Aux petits enfants on répète à l’envi, pas de cris, pas de pleurs, pas de colère. La colère est vilaine, elle a le visage crispé et disgracieux ; nous le savons, elle fait partie des sept péchés capitaux. On la mate. Quitte à briser en soi le ressort du désir ? Et si l’on considérait autrement la colère ?
 
Il faudrait par exemple regarder avec des yeux vraiment novices cette scène
[1] où Jésus chasse les marchands du temple. Le Christ en très en colère. Ça étonne, forcément. Mais si on écoute le texte, ce qui frappe, c’est qu’il n’y a aucune parole, pas un cri. Comme une colère froide ? Comme une colère sans cri ?  J’ai interrogé des spécialistes, ils disent que le Christ se maîtrise jusque dans cette colère, et que c’est pour cela qu’il s’agit d’une sainte colère. Cela me laisse songeuse. Pas de cris, juste des gestes d’une extrême violence, tables renversées, fouet de cordes qui chasse bêtes et gens, monnaie répandue. Ces mêmes spécialistes font des distinctions entre les différents types de colères et nous expliquent qu’ici l'injustice en est le mobile. La colère serait alors un formidable contre-pouvoir et se justifierait.
 
Je voudrais aller plus loin et écouter dans les replis de cette émotion les mots tus. Dans toute forme de colère, que se passe-t-il vraiment derrière le tohu-bohu de la passion ? Comment comprendre la colère de l’autre ? On peut s’en sentir la cause et culpabiliser ou au contraire la juger du haut de la morale, et condamner. Mais peut-être faut-il dépasser cette dualité. Juste écouter en nous les sentiments qui font écho et sortir du jeu en acceptant de laisser à l’autre l’entière responsabilité de son courroux. Ou encore, avec empathie, essayer de poser des mots et faire parler la colère, en termes intelligibles : ni condamnable, ni condamnée, juste la façon la plus dramatique d’exprimer un besoin qui n’arrive pas à être verbalisé. La colère, un désir de parler qui se heurte au barrage de nos lèvres.
 
Le Christ au temple, chassant les marchands, que me dit cette scène aujourd’hui ? Quelle trahison de l’émotion le pousse à agir de la sorte, pour la première fois ? Si je me fais spectateur de la scène, que fait-elle naître en moi ? Vais-je accepter de me laisser déplacer par cette colère, vais-je la saisir comme une chance d’aller lever mon impuissance à dire mon désir ? La colère comme une joie en devenir.
 
 
Corine ROBET
 

[1] Matthieu 21, 12-17; Jean 2, 13-22
 
 
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