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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°60 - Juillet 2019

De l'avantage à entrer en solitude



Au début de ses Exercices spirituels (ES), Ignace donne vingt conseils pédagogiques, fruits de son expérience de priant et d’accompagnateur. Ce sont les annotations. La vingtième (ES 20) invite le retraitant à se mettre à l’écart et à se disposer pour choisir Dieu. Monique Sauvaige la commente et en tire les leçons pour ressourcer notre vie quotidienne.



Les annotations disent ce que sont les Exercices spirituels, à qui ils s’adressent et comment les utiliser. Seize concernent celui qui les donne, et quatre le retraitant. La vingtième (ES 20) propose des séparations pour être dans les dispositions requises pour chercher et trouver la volonté
de Dieu et y « ordonner sa vie » (ES 21). Elle parle du désir du retraitant, du choix nécessaire de la solitude, du silence et des fruits assurés de l’ascèse.

« À celui qui est le plus libre et désire progresser le plus possible, on donnera tous les Exercices spirituels, dans l’ordre même où ils se présentent.
Il progressera, normalement, d’autant plus qu’il se séparera davantage de tout ami, de toute personne connue et de toute préoccupation terrestre.
Ainsi il quittera la maison où il habite et ira dans une autre maison ou dans une autre pièce pour y vivre dans le plus grand secret possible, de façon qu’il lui soit loisible d’aller à la messe et aux vêpres sans avoir à craindre que les personnes qu’il connaît ne lui soient un obstacle.
Cette séparation entraînera trois avantages principaux, parmi beaucoup d’autres.

Le premier : en se séparant de la foule des amis, des personnes connues, ainsi que des affaires qui ne sont pas bien ordonnées, afin de servir et louer Dieu notre Seigneur, on ne gagne pas peu de mérite devant sa divine Majesté.

Le second : dans une séparation, l’esprit n’est pas divisé par de multiples choses, mais il porte tout son effort sur une seule : le service de son Créateur et le progrès de son âme. On use alors plus librement de ses puissances naturelles, pour chercher avec soin ce que l’on désire tant.

Le troisième : plus notre âme se trouve seule et séparée, plus elle se rend capable de s’approcher de son Créateur et Seigneur et de l’atteindre. Et plus elle l’atteint, plus elle se dispose à recevoir les grâces et les dons de sa divine et souveraine Bonté
». (ES 20)

Le désir du retraitant
Il s’agit de « désir », de « progrès », de « servir et louer Dieu », de l’âme qui « se dispose à recevoir ».

Les Exercices s’adressent à des hommes et des femmes de désir, des personnes libres qui cherchent « le progrès de leur âme », qui aiment et qui veulent aimer « le plus possible » et attendent tout de la grâce de Dieu. On est dans les superlatifs : « le plus », c’est déjà le « davantage » qui va rythmer toutes les étapes des Exercices.

Les retraitants doivent donc être prêts à prendre tous les moyens de ce progrès, à se disposer, à se mettre en condition, comme des athlètes, pour « rechercher avec soin » et recevoir tout ce que la Bonté de Dieu voudra leur donner.
Les Exercices s’adressent à des personnes habitées par un feu.

Choisir la solitude et le silence
Il s’agit de s’éloigner du monde, et les actes posés pour s’en séparer vont confirmer le désir du retraitant. Le silence et la solitude sont les conditions nécessaires pour s’occuper avec soin du « progrès de son âme » et chercher Dieu. Si l’on veut que la quête soit fructueuse, il est indispensable de se séparer de tout ce qui peut y faire obstacle. La séparation est radicale. Il s’agit de quitter sa maison, d’éviter tout ami et toutes relations habituelles, ainsi que toutes les préoccupations quotidiennes qui pourraient détourner de l’écoute de Dieu. On pense à Abraham qui reçoit l’ordre de quitter son pays, sa famille et la maison de son père pour aller vers le pays que Dieu lui indiquera, à Jésus qui choisit de vivre 40 jours au désert pour se préparer à sa mission dans la prière et le jeûne. Il ne s’agit pas d’une fuite d’un monde qui serait mauvais, mais d’une séparation, pour un temps, de la vie ordinaire pour que rien ne fasse obstacle entre l’âme et son Créateur.

Décider de vivre la solitude totale et le silence total, c’est « désirer et choisir uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés ». Créer du vide, tel est le premier pas à faire avant de commencer les Exercices.

Les avantages assurés
Il s’agit de « progresser davantage », de « mérite », d’esprit « pas divisé », d’user « librement », de se rendre « capable d’atteindre Dieu » et de « recevoir les grâces de sa divine et souveraine Bonté ».

Accepter de se séparer et de vivre seul pour quatre semaines est possible, car on le fait appuyé sur la promesse que la privation produira des fruits.

Ignace parle de trois avantages : mérite aux yeux de Dieu, liberté pour user de ses puissances naturelles et se concentrer sur ce que l’on cherche, abondance de grâces et de dons de la part de Dieu dont la Bonté veut nous combler.

Le retraitant accepte de faire le vide pour « se rendre capable » de trouver ce qu’il désire le plus : se rapprocher de Dieu et l’atteindre en toute liberté. On entend en filigrane la phrase de Jésus « Qui perd sa vie à cause de moi et de l’Évangile la trouvera » (Marc 8,35) ou celle que Jésus disait à sainte Catherine de Sienne : « Fais-toi capacité et je me ferai torrent ».

Dans les Exercices, on ne choisit pas l’ascèse pour elle-même, mais par souci d’efficacité et de liberté pour accéder à plus de vie. On accepte de jouer à « qui perd gagne » c’est-à-dire d'expérimenter quelque chose du mystère pascal du Christ qui est au coeur des Exercices.

Quelles leçons pour notre vie ?
La vingtième annotation est une invitation à retrouver la liberté de s’arrêter de courir, de décider de couper le portable, de s’isoler et de faire silence pour reprendre souffle, retrouver notre âme enfouie au milieu de tant de sollicitations contradictoires. Dans une vie de zapping, de consommation, de course contre la montre, de contraintes multiples, où naît souvent un sentiment de vide et d’étouffement à la fois, elle nous
pose la question : « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? » (titre d’un livre de Christiane Singer chez Albin Michel, 2001), comme une invitation à se refaire une santé physique, psychique et spirituelle.

Elle nous lance le défi d’accepter de faire du vide pour recevoir la vie de Dieu. Elle nous appelle à mettre en place une discipline journalière pour l’oraison et la relecture. Décider d’y être fidèle peut être source de joie de vivre et de force pour témoigner. Osons nous y risquer pendant ce  temps d’été.
Monique Sauvaige,
accompagnatrice
dans la Communauté de Vie Chrétienne
et théologienne moraliste
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