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Comprendre la signification du conflit

Nous n’aimons pas les affrontements et nous préférons tous le confort des relations humaines harmonieuses. Mais nous rêvons si nous pensons pouvoir traverser l’existence en évitant toujours les conflits avec les autres car les heurts, qu’ils soient feutrés ou violents, sont inévitables.


Le conflit n’est pas une anomalie pathologique des relations humaines, il en est la texture normale entre des hommes et des femmes qui exercent leur liberté. Parfois, même, il surgit entre des personnes douces et généreuses qui ne veulent pas faire de la peine aux autres mais qui réagissent avec violence quand leur espace d’expression semble ignoré.

On peut même s’inquiéter s’il n’y a aucun conflit dans une famille ou dans un groupe. N’est-ce pas le signe que l’un des membres domine au point de bloquer la libre parole des autres ?

Mais s’il fait partie de l’expérience humaine, le conflit qui s’éternise devient destructeur, aussi est-il souhaitable que l’on comprenne son mécanisme afin de tout tenter pour le résoudre. Non pas en l’ignorant, sinon il devient une plaie qui ne cicatrise pas, mais en essayant d’en comprendre la signification car le conflit est d’abord un langage. Mais que veut-il dire ?javascript:void(0)javascript:void(0)

Le besoin d’être reconnu

On se trompe souvent en pensant que le conflit est lié à la volonté d’avoir, comme si les humains devenaient agressifs quand on menace leurs biens, un peu à la manière de l’animal qui attaque pour défendre son territoire et protéger sa nourriture. Les hommes et les femmes, eux, sont capables  d’une violence beaucoup plus subtile et sophistiquée quand ils se sentent menacés dans leur être. Et ils font cette expérience pénible quand ils ne sont pas reconnus. 

C’est ce que signifient la plupart des conflits qui expriment une frustration et la souffrance d’une personne qui essaye de crier de façon plus ou moins bruyante : « j’existe », « je compte aussi », « je ne suis pas seulement un objet dans votre paysage ». Ce genre de réaction, individuelle ou collective, peut se produire au sein du couple, entre parents et enfants, dans la vie professionnelle, dans les associations caritatives  et même dans l’Eglise.

Ceux qui provoquent le conflit ont en général l’impression qu’ils ne comptent pour rien aux yeux des autres et que leur liberté, et même leur dignité, sont ignorées et bafouées. On ne peut donc résoudre un conflit sans avoir décrypté ce qu’il révèle dans chaque cas.

La fécondité du conflit

Mais une saine lucidité ne doit pas diaboliser le conflit car, quand il ne s’incruste pas en profondeur dans le non-dit, il peut avoir une réelle fécondité : il casse les routines et oblige à ne pas rester dans le carcan des habitudes et des rigidités. Par exemple dans une équipe chargée de réaliser un projet, si tout le monde est trop vite d’accord, on risque de ne pas oser sortir des sentiers battus pour envisager des solutions originales et inédites. S’ils ne dégénèrent pas, les conflits peuvent permettre de dépasser les évidences faciles et ils obligent à se confronter réellement à la complexité des situations humaines. Dans l’Histoire passée, de nombreuses réformes sont nées à la suite de conflits surmontés.

Il est vrai cependant que s’ils n’aboutissent pas à des solutions, les conflits engendrent désenchantement, chaos, non-sens et ils peuvent détruire aussi bien les personnes que les sociétés.

Dans les relations individuelles, le dépassement du conflit peut se révéler plus difficile que prévu si le malaise de celui qui souffre s’enracine dans une frustration ancienne qui réactive des difficultés vécues dans l’enfance. L’apaisement exigera peut-être l’intervention d’un thérapeute, d’une tierce personne.

La foi comme antidote ?

La foi chrétienne peut-elle être un antidote pour désamorcer les conflits ? Elle peut permettre de les surmonter mais on se trompe si on lui demande de nous aider à les fuir. On doit se méfier, en particulier, des incantations plus ou moins spirituelles qui entretiennent l’illusion d’un monde fraternel idéal où l’on pourrait s’aimer sans jamais s’affronter. Cette vision est vouée à l’échec car elle dispense trop facilement de l’effort de lucidité nécessaire pour déchiffrer ce qu’exprime un conflit et comprendre de quelles frustrations il est porteur.

La foi chrétienne ne peut, non plus, nous apprendre à fuir les tensions inhérentes aux relations humaines. Non seulement le Christ chassait les marchands du Temple mais il ne fuyait pas les Pharisiens auxquels il s’opposait, tout en sachant que chaque affrontement leur fournissait des raisons supplémentaires de le faire mourir. Non, la peur du conflit ne doit pas empêcher le croyant de rester fidèle à ses convictions profondes. Mais il ne doit pas pour autant les brandir comme des armes destinées à pourfendre celui auquel il se heurte.

Les valeurs évangéliques doivent d’abord inspirer le chrétien pour qu’il accueille celui qui s’oppose à lui et qu’il sache le reconnaitre dans sa différence. Si la foi ne donne pas de recettes pour résoudre magiquement les conflits, elle nous demande de ne pas enfermer l’autre dans ses blocages et son caractère difficile. Elle nous incite aussi à redoubler de patience et de sérénité pour trouver une voie d’apaisement. Il faut parfois accepter qu’un conflit ne puisse être résolu dans l’immédiat ou même jamais. On parvient néanmoins souvent à l’apaisement si la solution envisagée ne désigne pas un vainqueur et un vaincu. Si un conflit est surmonté dans une démarche évangélique, il y a en réalité deux vainqueurs.


Yves de Gentil-Baichis
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