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C’est quoi, le mariage ?

Samedi dernier, jour de chance : j’ai raté le tram de 15h15, justification toute trouvée pour aller flâner au square voisin, entre la mairie de quartier et l’église Saint-L***. Il faut savoir que, le samedi, à la belle saison, c’est LE square, le décor idéal pour les photos de mariage, tout entier livré - allées fleuries, pelouses vallonnées, kiosque pseudo chinois - aux cousines branchées numérique comme aux tontons restés résolument Kodak. Pleins feux, tous azimuts, sur le ballet des beaux-parents, la cavalcade des petites demoiselles d’honneur, le charivari des collègues - toute cette chorégraphie fiévreuse qui exhibe les mariés de groupe en groupe. Eux s’exécutent, bien sûr, mais j'ai souvent trouvé leur pas de deux timide et retenu, comme si leur bonheur s’effarouchait (oh, un court instant) d’avoir convié tant de monde à sa fête.
 
15h19 : Un cortège nuptial quitte la mairie, se recompose dans le square. Salves enthousiastes des cousines et des tontons. On entre dans l’église - tradition oblige : la mariée en dernier. Et je pense à ce faux mot d’enfant : le mariage, c’est une fille qui entre à l’église au bras d’un vieux pour en ressortir au bras d’un jeune. La robe à grandes volutes affole les numériques. Le costume du vieux - le grand-père, semble-t-il… - ferait plutôt « prix Kodak 47 » (Doisneau, pour les intimes).
 
15h 50 (et alors ? je prendrai le 16h 08) : Sortie du cortège. Le jeune à lavallière grenat est gentiment conventionnel - incontournable, comme Maman, vêtue de rouge, chapeautée d’un nid de colibris géants (et son bouquet garni). Tiens, le vieux s’éloigne. Il passe devant moi, et je le vois rejoindre une infirme âgée en fauteuil roulant qu’on avait mise à l’ombre. Rêvons un peu : c’est son épouse ; ils se sont mariés à Saint-L*** ; en 47 ; officiellement, elle n’a plus de mémoire, mais tout à l’heure, à l’église, tout lui est revenu ; et maintenant, sous le grand cèdre, ils égrènent leurs souvenirs…
Là, je ne rêve plus : il lui caresse doucement le visage, et je crois bien qu’elle lui sourit.
 
Loin de l'agitation où tout se mêle, kodaks à volutes et lavallières numériques, cousines grenat et colibris tontons, sous l’ombre amicale, j’en viens à penser (en véritable adulte ?) que le mariage, c’est aussi un homme qui conduit une jeune à l’église pour rejoindre une vieille. Et c’est la même. Et leur bonheur est là.
 

Philippe ROBERT sj
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